Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v1.c2.s2: Les cartes
Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v1.c2.s2
- Language
- French
Les cartes
v1.c2.s2.1
Je n'ai pas pu songer à donner ici une carte originale du Népal. Les conditions du séjour et du travail dans le pays interdisent la plus modeste entreprise de topographie locale. Minayeff rapporte à ce sujet une anecdote significative qu'il a évidemment recueillie à la résidence. « Il y a quelques années on a voulu dans l'Inde publier une carte du Népal ; pour la préparer on envoya au Népal un topographe ; c'était un Hindou, un Bengali, paraît-il ; on comptait qu'à ce titre il pourrait circuler dans le pays sans restriction et observer à son aise. Mais il n'eut pas le temps de voir beaucoup. Arrivé à Katmandou, il se présenta chez le résident. L'affaire était gâtée. Le gouvernement népalais apprit la visite que l'Hindou avait rendue au résident ; il soupçonna qu'il ne s'agissait pas d'un Hindou quelconque, ni d'un simple pèlerin. On le surveilla, et bientôt après on le renvoya dans l'Inde. Le topographe rentra chez lui sans avoir rempli sa tâche. Les Anglais n'en éditèrent pas moins une carte du Népal ; reste à savoir ce qu'elle vaut. » (*Voyage*, p. 254). La carte en question est probablement la feuille IX des Transfrontier Maps publiée par le Service Trigonométrique ; elle est datée de Dehra Dun 1873, et antérieure de quelques années seulement au voyage de Minayeff. Il en a paru une seconde édition, datée de Dehra Dun, mars 1882. La légende qui l'accompagne la déclare « compilée d'après les relevés de route et les observations astronomiques émanant d'explorateurs anglais et asiatiques du côté de l'Inde, et basée sur le grand Relevé du Service Trigonométrique ». J'ai déjà signalé le caractère franchement hypothétique de cette carte où les données positives se réduisent aux altitudes mesurées par le calcul en deçà de la frontière, aux régions du Téraï visitées par le résident, à la grande route transversale qui va de Darjiling à Pitoragarh en passant par Katmandou, enfin à la vallée centrale. Mais l'échelle étant au 1/1 013 760, la vallée n'y tient que peu de place et manque de détails.
v1.c2.s2.2
MAP OF NEPAUL, WITH THE ROUTES, &c. (By Kirkpatrick)
v1.c2.s2.3
Explanation
v1.c2.s2.4
Carte du Népal (1793) jointe à la Relation de Kirkpatrick.
v1.c2.s2.5
M. Markham a donné dans son « Tibet » une liste des cartes du Népal qu'il peut être utile de reproduire en partie ici. La première, manuscrite, est conservée au Service géographique de l'India Office ; elle est datée de 1793 et représente (4' au pouce) l'itinéraire de la mission Kirkpatrick. Elle est accompagnée d'un mémoire manuscrit « illustrant l'esquisse géographique du Népal et des pays voisins » par Kirkpatrick, en 400 pages. C'est sur ces matériaux qu'est basée la carte publiée dans la Relation de Kirkpatrick et que je reproduis. Le major Crawford a laissé diverses cartes manuscrites qui ont trait au Népal : l'une, de la vallée de Népal (3' au pouce) ; une autre de la route qui conduit au Népal, y compris la vallée ; une des territoires népalais, avec les sources du Gange ; une autre du territoire népalais avec un grand nombre de cimes (7 1/3 milles au pouce), datée 1811. La campagne du Népal (1814-1816) a produit la carte du lieutenant Lindesay, donnant la marche du général Ochterlony sur Makwanpur. Les travaux de délimitation ont naturellement abouti à des cartes assez nombreuses de la frontière, dues à Garden, Boileau, J.-A. Hodgson, Pickersgill et Anderson (1861). La carte de Hamilton (1819) jointe à sa Relation est fondée en partie sur ses observations personnelles, en partie sur des matériaux et des informations indigènes. Hodgson a donné une carte physique du Népal, illustrant son mémoire sur l'hydrographie, dans les Selections from the Records of the Government of Bengal, n° 27 (1857). Enfin le Bureau du Surveyor General de l'Inde a publié, en 1856, une « Esquisse préliminaire du Népal et des pays voisins » datée d'octobre 1855.
v1.c2.s2.6
Carte du Népal (1819) jointe à la Relation de Hamilton.
v1.c2.s2.7
Je me suis contenté de reproduire la carte de Kirkpatrick et celle de Hamilton, comme des documents historiques et aussi parce qu'elles suffisent encore à donner une idée sommaire de la vallée et du royaume. Pour une représentation plus détaillée de la vallée, j'ai reproduit une carte indigène, acquise par Minayeff, et dont je dois la communication à l'obligeante amitié de M. Serge d'Oldenbourg. Cette carte pose le problème, intéressant, mais obscur, des origines de la cartographie indigène. Wilford décrit dans les Asiatic Researches (j'emprunte cette citation à l'excellent ouvrage de M. Pullé : Disegno della cartografia antica dell' India, Firenze, 1901 ; p. 13) une carte du royaume de « Napal » qui avait été présentée à Hastings (donc entre 1772 et 1785). « C'est, dit-il, la meilleure carte d'origine hindoue que j'aie jamais vue ; ces cartes ont pour caractères communs qu'elles négligent latitude et longitude, et qu'elles n'emploient pas d'échelle régulière ; les côtes, les rivières, les montagnes sont représentées en général par des lignes étroites. La carte du « Napal » avait à peu près 4 pieds de long sur 2 et demi de large, en carton ; les montagnes faisaient un relief d'un pouce environ, avec des arbres peints tout autour. Les routes étaient représentées par une ligne rouge, et les rivières par une ligne bleue. Les diverses chaînes étaient nettement distinctes, avec les passes étroites qui les traversent; il n'y manquait que l'échelle. La vallée de Napal était soigneusement tracée; mais vers les bords de la carte tout était embarrassé et confus. » Hamilton, pendant son séjour à Katmandou (1802-1803) s'était procuré cinq cartes indigènes du Népal et du Sikkim qu'il déposa plus tard à la bibliothèque de l'East India Company. Malheureusement, elles se sont perdues.
v1.c2.s2.8
नक्शाह हाना आरा सहर नेपाल के
v1.c2.s2.9
CARTE INDIGÈNE DU NÉPAL (voir volume I, page 72).
v1.c2.s2.10
Les Népalais avaient-ils appris cet art des missionnaires européens ? Les Capucins ne semblent guère avoir contribué à développer les connaissances des Népalais. Les modèles sont-ils venus des Jésuites qui levaient la carte officielle de l'Empire chinois ? Dès 1704, le pape Clément XI se faisait montrer la route de l'Inde à Lhasa sur des cartes conservées au Vatican. ( « At PP. Capuccini Lhassam profecti sunt per Indorum terras ea plane via quam nos hucusque descripsimus quamque ex Tabulis Geographicis in Vaticanis ædibus asservatis sibi ostenderat an. 1704 Pontifex SS. Clemens XI ». GEORGI, Alph. Tibet., p. 455). Les Musulmans de l'Inde ont-ils été les intermédiaires, et les cartes népalaises dérivent-elles de la cartographie arabe et persane ? ou nous trouvons-nous en présence d'une tradition plus ancienne encore, sinon autochtone ? Dès l'année 648, le roi du Kâmarûpa, voisin oriental du Népal, offrait en présent à l'empereur de Chine, par l'entremise de Wang Hiuen-ts'e, « une carte du pays ». L'art de dresser des cartes avait donc pénétré dès cette époque dans les régions indiennes de l'Himalaya. S'agit-il d'une création nationale ? Les Hindous avaient aussi pu recevoir l'impulsion soit des Grecs, à qui ils avaient emprunté le système astronomique de Ptolémée, soit des Chinois, qui pratiquaient depuis longtemps la cartographie (cf. CHAVANNES, Bulletin de l'École Française d'Extrême-Orient, III, 236 sqq.). Il ne me paraît pas inadmissible, en tout cas, que les longues listes du Mahâ-Bhârata, celles des Purâṇas et des Çâstras astronomiques dérivent en principe de tables géographiques qui accompagnaient des cartes, comme c'est le cas chez Ptolémée. — Je signale ici, comme un élément utile à la solution, l'emploi sur la carte indigène d'une main avec l'index étendu pour marquer la direction des cours d'eau.
Linked texts (3)
- Mahābhārata — Vyāsa, Sanskrit
- Purāṇa — Sanskrit
- Śāstra