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Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v1.c2.s3.t1.38

Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v1.c2.s3.t1.38

Language
French

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« Le royaume de *Boutan* (Tibet) est de fort grande étendue, mais nous n'avons pu encore en avoir une exacte connaissance. Voicy ce que j'en ay pu apprendre dans plusieurs voyages que j'ay faits aux Indes de quelques gens du païs qui en sortent pour trafiquer ; mais je m'en suis mieux instruit cette dernière fois que je n'avais fait auparavant, m'étant trouvé à *Patna*, la plus grande ville de *Bengala* et la plus fameuse pour le négoce, dans le temps que les marchands de *Boutan* y viennent pour vendre leur musc. Pendant les deux mois que j'y demeuray, je leur en achetay pour vingt-six mille roupies... et n'était les douanes qu'il faut payer des Indes jusqu'en Europe, il y aurait un grand profit sur le musc... Pour ce qui est du musc, pendant les chaleurs le marchand n'y trouve pas son compte parce qu'il devient trop sec et qu'il perd de son poids. Comme cette marchandise paye d'ordinaire vingt-cinq pour cent de douane à *Gorrochepour* (Gorakhpur), dernière ville des estats du Grand-Mogol du côté du royaume de *Boutan*, bien qu'il s'étende encore cinq ou six lieues plus loin, quand les marchands indiens sont en cette ville, ils vont trouver d'abord le douanier et lui disent qu'ils vont au royaume de *Boutan*, l'un pour acheter du musc, l'autre de la rhubarbe, chacun déclarant la somme qu'il veut employer, ce que le douanier met sur son registre avec le nom du marchand.

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Alors les marchands au lieu de vingt-cinq pour cent que l'on devrait donner accordent à sept ou huit et prennent un certificat du douanier ou du cadi afin qu'à leur retour on ne leur demande pas davantage. S'il arrive qu'ils ne puissent obtenir du douanier une honneste composition ils prennent un autre chemin qui est véritablement bien long et bien incommode, à cause des montagnes qui sont presque toujours couvertes de neiges, et que dans le païs plat il y a de grands déserts à traverser. Il faut qu'ils aillent jusqu'à la hauteur de soixante degrez, puis qu'ils tournent vers le couchant jusques à *Caboul* qui est au quarantième, et c'est en cette ville-là que la caravane se sépare, une partie allant à *Balch*, et l'autre dans la grande *Tartarie*. C'est où ceux qui viennent de *Boutan* troquent leurs marchandises contre des chevaux, des mulets et des chameaux ; car il y a peu d'argent en ces païs-là. Puis ces Tartares apportent ces marchandises dans la Perse jusqu'à *Ardeuil* et à *Tauris*... Une partie des marchands qui viennent de *Boutan* et de *Caboul* va à *Candahar* et de là à *Ispahan*, et ceux-cy d'ordinaire remportent du corail en grains, de l'ambre jaune et du lapis travaillé en grains quand ils en peuvent trouver. Les autres marchands qui vont du côté de *Multan*, de *Lahor* et d'*Agra* remportent des toiles, de l'indigo et quantité de grains de cornaline et de crystal.

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Enfin ceux qui retournent par *Gorrochepour* et qui sont d'accord avec le douanier remportent de *Patna* et de *Daca* du corail, de l'ambre jaune, des brasselets d'écaille de tortue et d'autres de coquilles de mer, avec quantité de pièces rondes et carrées de la grandeur de nos pièces de quinze sols qui sont aussi d'écaille de tortue et de ces mêmes coquilles. Comme j'estois à *Patna*, quatre Arméniens qui avaient déjà fait un voyage au Royaume de *Boutan* venaient de Dantzic où ils avaient fait faire quantité de figures d'ambre jaune qui représentaient toutes sortes d'animaux et de monstres qu'ils allaient porter au Roy de Boutan, qui de mesme que son peuple est grandement idolâtre, pour mettre dans ses pagodes. Où les Arméniens trouvent quelque chose à gagner, ils ne font point de scrupule de fournir de matière à l'idolâtrie et ils me dirent que s'ils avaient pu faire l'idole que le Roy leur avait recommandé ils se seraient enrichis. C'était faire faire une teste en forme de monstre qui eût six cornes, quatre oreilles, et quatre bras avec six doigts à chaque main, le tout d'ambre jaune, mais qu'ils n'avaient pas trouvé des pièces assez grosses pour cela¹. Je crus plutôt que l'argent leur avait manqué, car il ne paraissait pas qu'ils en eussent beaucoup, et d'ailleurs c'est un infâme commerce de fournir des instruments d'idolâtrie à ce pauvre peuple.