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Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v2.c7.s4: Royaume de Patan

Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v2.c7.s4

Language
French

Royaume de Patan

v2.c7.s4.1

Le fondateur de la dynastie de Patan est Hari hara simha Malla, fils de Çiva simha Malla, roi de Katmandou ; Hari hara simha, du vivant de son père, occupa le trône de Patan ; il y était installé dès 1603. Il affecta de devoir son élévation à la protection du Bhairava Pañča linga.

v2.c7.s4.2

Son fils Siddhi Nara simha (ou Nṛ simha) Malla régna à peu près quarante ans (d'environ 1620 à 1657). Sa personne et son règne sont enveloppés par la tradition d'un nuage de mystère mélancolique et divin. On disait qu'il avait été conçu tandis que son père vivait dans une pieuse retraite à Paçupati, et qu'il était né à une heure propice. Son père, pour fêter sa naissance, avait dédié le village de Bhulu et avait fait graver en commémoration une inscription sur cuivre. Siddhi Nara simha s'était voué au culte de Kṛṣṇa ; mais pour honorer ce dieu de grâce et d'amour, il s'imposait les plus formidables austérités. Il dormait sur la pierre, passait ses journées à prier, et s'astreignait à la diète du čândrâyaṇa, réglée sur le cours de la lune ; au jour de la nouvelle lune, il ne prenait comme aliment qu'une poignée de riz, augmentait graduellement jusqu'à la pleine lune, puis diminuait par degrés sa portion. En 1652, il confia les affaires publiques à un régent et partit en pèlerinage, mais les événements le rappelèrent bientôt. Dès lors les présages inquiétants se multiplient ; la procession du char de Matsyendra Nâtha en 1654 est restée célèbre par les accidents qui la retardèrent ; le trajet se prolongea près de trois mois et il fallut renoncer à l'achever régulièrement. A la même époque, la sueur coula quinze jours sur le visage de Gaṇeça ; en 1656, la foudre tomba sur le temple de Matsyendra Nâtha ; quelque temps après, pendant la procession de la divinité, un enfant de six mois s'assit sur le char et prononça ces mots : « Viens, roi Siddhi Nara simha ! Je ne suis pas content de te voir construire un temple si haut! » Le roi ne vint pas à l'appel. « C'est bien, ajouta l'enfant, je ne parlerai plus! » En 1657, Siddhi Nara simha disparut ; on crut qu'il était parti à Bénarès en religieux errant. Les brahmanes célèbrent sa mémoire par ces vers :

v2.c7.s4.3

« Siddhi Nara simha, l'omniscient, est parvenu vivant à la délivrance, car il avait triomphé des sens ; il était l'ami de Mâdhava (Kṛṣṇa), le dévot de Çrî (Râdhâ), le prince des yogis, le prince des poètes ; libéral et désintéressé, ce fils de Hari simha. Qui récite cet éloge est libéré de tout péché¹. »

v2.c7.s4.4

¹ Je reproduis ces vers, conservés dans les Vamçâvalis (W. V.), et

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Ce prince mystique ne négligea pas pourtant l'administration des affaires publiques. Il paraît avoir employé une bonne part de ses efforts à introduire l'ordre dans l'anarchie dangereuse des couvents bouddhiques. Pour faire échec à leurs prétentions rivales, il leur distribua des rangs de préséance ; il leur imposa une organisation centrale, une représentation commune, des règles de discipline civile. Comme les relations avec le Tibet se multipliaient, il se préoccupa d'instituer des rites de purification pour les marchands qui revenaient de Lhasa. La population de Patan avait décru ; il y attira de nouveaux habitants. Il ouvrit aux banras des professions nouvelles.

v2.c7.s4.6

Les brahmanes éprouvèrent à maintes reprises la ferveur profitable de sa dévotion : en 1637, pour l'inauguration du temple de Kṛṣṇa et Rādhā à Patan, il offrit aux prêtres deux cents mohars d'or par jour pendant quarante jours, aux brahmanes « une montagne de riz », un « arbre-à-souhait », de la nourriture et d'autres dons. En 1647, à l'occasion d'une restauration du temps de Degutale, il distribua à chaque brahmane un mohar ; et dans la même année, à propos d'une autre cérémonie, il renouvela cette largesse. En 1649, il distribua 250 000 livres de riz aux brahmanes Névars et aux mendiants venus de partout à l'aubaine.

v2.c7.s4.7

Il eut à lutter contre ses voisins de Bhatgaon et de Katmandou ; en 1637, il remporta un succès sur ses ennemis le jour même où il dédiait à Kṛṣṇa et Rādhā un temple ; en 1652 les hostilités s'étaient encore rallumées.

v2.c7.s4.8

Le fils de Siddhi Nara siṃha, Çrī Nivāsa Malla continua à

v2.c7.s4.9

qui montrent sur quel genre de documents se fondaient les auteurs de ces chroniques :

v2.c7.s4.10

Siddhi Narasimhaḥ sarvajño jīvanmukto jitendriyaḥ |
mādhavapriyaḥ çrībhakto yogīçvaraḥ kavīçvaraḥ ||
virakto bhavati tyāgī Harisiṃhasya nandanaḥ |
ity ākhyānaṃ paṭhan nityaṃ sarvaiḥ pāpaiḥ pramucyate ||

v2.c7.s4.11

guerroyer, d'abord (1658) en qualité d'allié du roi de Bhatgaon Jagat prakâça Malla contre le roi de Katmandou, Pratâpa Malla ; puis, par un revirement brusque, Pratâpa Malla et son adversaire de la veille Çrî Nivâsa se réconcilièrent ; ils échangèrent un serment d'amitié sur le Harivamça, sur le Kâlî purâna, sur un couteau népalais (Kukhri). En décembre 1659, Jagat prakâça surprit un poste ennemi au pied de Changu, décapita huit hommes, emmena vingt et un prisonniers, et le lendemain il les sacrifia aux divinités. Les troupes de Katmandou et de Patan réunies vengèrent ce désastre ; elles prirent Bundegram, Champa, Chorpuri, Nadesgaon ; le 19 janvier 1662, Timi fut occupé. Les PP. Grueber et Dorville étaient alors au camp de Çrî Nivâsa « qui était un jeune prince bien fait » ; ils le prirent pour un frère de Pratâpa Malla. Le 20 janvier, Çrî Nivâsa rentra en vainqueur dans sa capitale. En 1667 il bâtit plusieurs temples dans l'intérieur du darbar ; en 1681, il bâtit le grand temple de Bhîma sena et répara le temple de Matsyendra nâtha.

v2.c7.s4.12

La piété exaltée et triste de Yoga narendra Malla (1680? — 1700 ?) et aussi sa fin mystérieuse rappellent son grand-père Siddhi Nara simha. Il témoigna beaucoup de zèle à Matsyendra Nâtha, éleva en son honneur le Maṇi maṇḍapa, lui donna des terres. Mais il eut l'imprudence d'autoriser le roi de Bhatgaon Bhûpatîndra Malla, cet infatigable constructeur, à élever un temple dans Patan, au Sud du darbar ; c'était une ruse perfide du roi de Bhatgaon, qui comptait par ce moyen détruire la postérité de son voisin. Il y réussit. Siddhi Nara simha, l'héritier présomptif du trône de Patan, mourut en bas-âge, et Yoga narendra, accablé de chagrin, quitta le monde. Avant de disparaître, il donna ses instructions suprêmes à son ministre : tant que le visage de sa statue resterait clair et brillant, tant que l'oiseau sur sa tête ne se serait pas envolé, on connaîtrait à ces signes qu'il était encore vivant ; aussi tous les soirs on continue à placer un matelas dans une salle sur la façade du darbar, et on laisse la fenêtre ouverte, dans l'attente du retour de Yoga narendra. Mais une inscription de Yoga-matî, fille de Yoganarendra (Bhagv. 22), datée de 1723, fait tort à la légende ; d'après ce témoignage digne de foi, Yoga narendra s'était retiré au temple de Changu Narayan où il mourut, suivi sur le bûcher par ses vingt et une femmes.

v2.c7.s4.13

La Vamçâvalî bouddhique place à sa suite Mahîpatîndra ou Mahîndra simha Malla, roi de Katmandou, qui aurait réuni les deux couronnes jusqu'à sa mort, en 1722. La Vamçâvalî brahmanique ne le nomme pas. Une monnaie datée de 1709 porte, en fait, le nom de Jaya Vîra Mahîndra ; deux pièces de 1711 et 1715 sont frappées au nom de Mahîndra simha deva. Mais Mahîndra Malla de Katmandou était mort en 1694, et Jagaj jaya Malla de Katmandou, qui prit le titre de Mahîpatîndra, meurt en 1732. Mahîpatîndra est suivi (dans la Vamçâvalî bouddhique seulement) par Jaya Yoga prakâça, dont le nom se lit sur une monnaie de date douteuse, peut-être de 1722. En 1723 Jaya Yoga prakâça fit l'offrande des dix mille oblations.

v2.c7.s4.14

Ensuite Viṣṇu Malla, fils d'une fille de Yoga narendra, fut élu roi. Son règne dura 19 ans, selon la Vamçâvalî brahmanique (1723-1742 ?) Il construisit un nouveau darbar, écarta une sécheresse menaçante par les rites que Çânti kara avait enseignés jadis à Guṇa kâma deva, offrit en 1737 une grande cloche à la déesse Tulajâ, adopta des brahmanes pour ses fils, leur distribua des terres, et désigna comme son successeur Râjya prakâça, fils de Jagaj jaya Malla roi de Katmandou.

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