Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v2.c8.34
Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v2.c8.34
- Language
- French
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*Katmandou, 18 janvier.* — Çàkyamuni, par toi j'ai vaincu! Toutes les portes des vihâras se sont grandes ouvertes, et pour en profiter je m'empresse d'en faire le tour, la brosse à la main, avant de visiter les temples hindous dont j'ai dressé l'inventaire. J'ai engagé comme auxiliaire Mitrânanda, et maintenant c'est tous les jours une procession solennelle qui défile à travers les vastes boulevards de Katmandou. Le mukhya ouvre la marche, bâton à la main, bousculant comme il sied la foule pacifique, mais compacte; puis, mon poney, un poney du mahârâja, s'il vous plaît, une bête trapue et lourde, race du Tibet, forte et sûre du pied, qualité précieuse sur ce sol raboteux; sur le poney, moi, casque en tête, saluant du geste les rares indigènes qui saluent; le plus grand nombre vous regardent d'un air de mépris et de soupçon. A la tête du cheval, un saïs; en arrière, mon beau et bon cipaye, ma bonne d'enfant, aux petits soins tendres et délicats; puis le petit pandit, petit, petit, drapé dans ses vêtements blancs; et enfin le coulie portant sur l'épaule, suspendues aux deux bouts d'une perche comme les plateaux d'une balance, les deux corbeilles qui contiennent papier, brosse, etc. Je dois dire que tout semble réussir, je me sens devenir populaire grâce à quelques saluts, et surtout aux quelques païs distribués aux gamins et aux mendiants. Les petits bonshommes me font des salams de grand style et même hier l'un d'eux est venu dévotement toucher le bord de mon chapeau.
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Le premier vihâra où j'ai tenté d'entrer hier, le Tyekam-bahal, à l'entrée de la ville en arrivant par l'Est, était plutôt réservé; il a fallu discuter, puis se débrouiller sans aide, et enfin faire étalage, sans la moindre modestie, des plus vastes connaissances (ils sont d'une ignorance navrante); et alors toute la population du Vihâra, hommes, femmes, enfants, sort de ses chambres infectes, m'entoure, me guide, m'aide, nettoie les pierres, cherche l'eau, et le pûjârî du Vihâra qui est un Udas (la seconde caste des Bouddhistes Névars) va jusqu'à m'apporter son livre de mantras, une compilation bien anodine de stances en l'honneur du Bouddha. On ouvre la chapelle et on m'exhibe les statues, Çâkyamuni entre Lokeçvara et Maitreya ; au-dessus de la porte un superbe panneau de bois sculpté porte au centre Mahâ-Vairoçana qui tient en ses mains multiples la japamâlâ (rosaire), le khaḍga (épée), le khaṭvâṅga (massue), un pustaka (livre), plus deux mains réunies en prières au-dessus de la tête ; au-dessus de lui, en un petit cadre également sculpté en plein bois, Nâma Saṃgîti portant un livre et — je crois — un rosaire ; enfin un petit triptyque de bois figure le Triratna : le Bouddha au centre, Dharma et Saṃgha à ses côtés. Les vihâras sont simplement les bâtiments élevés autour d'une cour rectangulaire où vivent en famille et dans la pourriture les Bouddhistes Népalais ;
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au centre de la cour est un ćaitya, décoré des quatre images d'Amoghasiddhi, Akṣobhya, Ratnasaṃbhava et Padmapâṇi sur les quatre faces du bloc carré qui porte la coupole, chacun dans sa niche ; plusieurs de ces ćaityas, même les plus modernes, sont entourés d'une balustrade, un « railing » qui reproduit exactement en ses dispositions les railings d'Açoka, à Mahâbodhi, à Sanchi ; mais je n'en ai pas vu qui porte des médaillons sculptés. Souvent des ćaityas de moindre taille sont éparpillés autour du ćaitya central, et parfois aussi, comme à Matsyendra Nâtha, à Lagan-bahal, des piliers sont dressés, des lâṭs quadrangulaires, où sont gravées des inscriptions. J'en ai estampé de splendides du règne de Nṛpendramalla, chefs-d'œuvre d'épigraphie lapidaire. Enfin, face à la porte d'entrée, s'ouvre aux fidèles une chapelle où la statue de Çâkyamuni reçoit les hommages et les hymnes. La vue intérieure de ces cours est un ravissement ; toutes les fenêtres sont des panneaux sculptés qui offrent une étonnante variété de décors. L'art de sculpter le bois qui fit la gloire du Népal y disparaît vite ; mais il se conserve encore dans les vihâras. On m'a montré aujourd'hui au Çriṇaka-bahal un panneau représentant Çâkyamuni au centre avec un éventail de dieux, de déesses, d'animaux et de fleurs développé autour de lui, qui doit être expédié ces jours-ci en guise d'hommage au temple de Mahâbodhi ; le musée des Arts décoratifs le couvrirait d'or.