Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v2.c8.69
Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v2.c8.69
- Language
- French
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Lundi soir 31 janvier. — Le Commandant-en-chef m'a adressé ce matin des informations précises sur l'inscription qu'il me demande d'étudier. C'est bien l'inscription tracée sur le mur du Darbar par le bon pédant Pratàpa ma'la, collectionneur d'alphabets. Je me suis donc rendu en ville, mais l'inscription est si énorme (elle couvre au moins 4 mètres de muraille) que j'ai renoncé à prendre l'estampage, le papier à estamper étant ici rare et fort coûteux. Tout ce qui n'est pas produit indigène subit un renchérissement énorme, car le transport à dos d'homme de Segowlie ici se paie 3 roupies les 25 kilogrammes. Pour le coup, à me voir photographier la mystérieuse inscription, la foule s'est précipitée, attendant l'apparition du trésor. Le plus cocasse, c'est que les soldats du Darbar, également convaincus du sens caché de l'inscription, se sont mis à repousser la foule à coups de poing comme si c'eût été une bande de voleurs. La fin de la journée me réservait au reste un commentaire plus vivant de la scène. J'ai passé deux heures à la bibliothèque du Darbar School et j'ai eu communication du catalogue provisoire de la section Tantra. On ne trouverait certainement nulle part dans l'Inde une collection aussi riche ; plus de 500 numéros et la moitié me sont inconnus. Quand le tour des études tantriques viendra, il faudra s'adresser au Népal. Je rentrais au petit galop de mon poney quand j'entends un cyclone qui se déchaîne derrière moi ;
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dans un flot de poussière une centaine de brutes, au pas de course, dessinent un arc de cercle, refoulent violemment les malheureux passants ; coups de poings, hurlements. Le Népal se civilise, il sait se servir de la police. Une voiture encadrée de gardes à cheval, et, derrière, une autre vague humaine. C'est le Commandant en chef, Mahârâja intérimaire, qui fait un petit tour de promenade. Je me range pour le saluer. Il m'envoie un « good evening » et m'invite à caracoler près de sa voiture. La troupe des sbires s'ouvre, non sans méfiance. Où a-t-on pu ramasser une si belle collection de bêtes humaines? En ce charmant pays, le Mahârâja ne donne audience à ses frères que bien entouré de gardes tenant l'épée nue à la main. Ce bon petit Deb Sham Sher, si aimable, qui se pique de bonnes manières, qui m'envoie le journal, des oranges et autres menus présents, Deb Sham Sher a, en compagnie de ses deux aînés, tué de sa petite main son vieux bonhomme d'oncle qui avait le tort de montrer une bienveillance excessive en faveur des fils de Sir Jang Bahâdur. Puis la même petite main sans le moindre scrupule a occis autant qu'elle a pu de la trop nombreuse postérité laissée par le même Jang. Et l'aîné des Sham Sher s'est attribué la fonction de Mahârâja et le reste des Sham Sher (ils sont une quinzaine de frères) s'est distribué par rang de primogéniture tous les hauts emplois. Khadga Sham Sher, le second de la famille, semblait disposé à se donner de l'avancement. Le coup fut vite paré.
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Khadga alors commandant en chef vient au palais du Mahârâja faire son rapport ; quatre hommes se jettent sur lui, le prennent aux poignets, et le Mahârâja annonce à son puîné que par excès d'affection il le crée gouverneur de Tansen, le district Ouest du Népal. Voilà une jolie variante de la fameuse scène : Eh bien, seyez-vous donc, marquis de Castellane, etc... Un palanquin est tout prêt ; donnez-vous donc la peine... — Et mes femmes ? Et mes enfants ? — On y pourvoira. Et sous bonne escorte, à travers cols et défilés, on conduit à Palpa le gouverneur malgré lui. La caravane des épouses avec les petits Sham Sher suivit à quelques jours de distance. Et le jour viendra, demain, dans un mois, dans un an, où une autre petite main abattra d'un bon coup le Mahârâja et ce ne sera qu'un changement de ministère. Le pauvre Dhirâj, comme on dit ici, le Mahârâjâdhirâja au nom duquel tout se passe, vit étroitement confiné en son palais, parmi les femmes et les fleurs, sans autre distraction que de quitter un pavillon peint en bleu pour s’installer dans un pavillon peint en jaune, marionnette sacrée toujours prête à faire les gestes sans demander qui tire la ficelle.