Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v3.c10.s7: VII. — Inscription de Ganadeva à Kisipidi
Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v3.c10.s7
- Language
- French
VII. — Inscription de Ganadeva à Kisipidi
v3.c10.s7.1
An 4..
v3.c10.s7.2
La stèle qui porte cette inscription se trouve dans le voisinage immédiat de la stèle datée 449 à Kisipiḍi. Elle est décorée d'un fronton très analogue à celui de la stèle de Vasantadeva an 435 (Bhag. n° 3) et tout à fait identique à celui de la stèle de Tsapaligaon an 489 : un cakra (jante, rayons, moyeu) représenté de trois quarts en tracé oblong, et deux coquillages (çaṅkha) disposés l'un à droite, l'autre à gauche. L'inscription proprement dite couvre 0m,50 en hauteur, 0m,35 en largeur; le corps des caractères a une hauteur moyenne de 0m,011 ; l'écartement des lignes est de 0m,02. La gauche de la pierre est en bon état ; la moitié droite est presque complètement effritée.
v3.c10.s7.3
La graphie est exactement celle de Vasantasena ; le tracé des lettres est large, net, élégamment arrondi ; l'angle ne s'est pas encore substitué à la courbe : témoin la boucle du na, l'ovale du tha, etc. Le ha continue à présenter l'ouverture de sa concavité à la gauche du scribe. Le redoublement de la muette après r est constant. L'exécution est excellente ; à la dernière ligne, l'akṣara final du mot çrāvaṇa, omis d'abord par le graveur, a été ajouté au-dessous de la ligne.
v3.c10.s7.4
L'objet de la charte est une faveur octroyée aux villageois de Kicapricin ; c'est manifestement la forme ancienne du nom prononcé aujourd'hui Kisipiḍi (tel que l'ai recueilli de vive voix ; j'ignore la graphie en usage). La persistance des noms anciens au Népal se trouve ainsi attestée par un nouvel exemple. La nature de la faveur concédée reste énigmatique ; il semble que le roi se contente de renouveler un privilège accordé par ses prédécesseurs.
v3.c10.s7.5
Le nom du roi est Gaṇadeva. Ce nom manque à toutes les listes. J'ai déjà eu l'occasion de proposer une explication à ce sujet (II, 121). De la date il ne subsiste que le chiffre des centaines, nettement reconnaissable sur l'estampage et sur la photographie que j'ai prise directement de la pierre ; les signes des dizaines et des unités, placés à l'extrémité de la ligne, ont complètement disparu. L'inscription appartient donc avec assurance au vᵉ siècle de l'ère népalaise. Je viens de signaler l'étroite ressemblance de sa graphie avec celle de Vasantadeva, qui règne dans le second quart du vᵉ siècle népalais. La même parenté se manifeste dans le protocole employé de part et d'autre. Gaṇadeva, comme Vasantadeva, réside au palais de Mânagṛha ; il porte le titre assez modeste de (*bhaṭṭāraka?*-) *mahārāja*; il emploie comme délégué royal Prasâdagupta, comme Vasantadeva emploie Ravigupta ; son favori, sans doute son premier ministre, sur le rapport duquel il agit, exerce les fonctions cumulées de *sarvadaṇḍanāyaka* et de *mahāpratihāra*, comme fait Ravigupta sous Vasantadeva. Enfin le nom du délégué royal est accompagné d'une mention qui se retrouve chez Vasantadeva et ne se retrouve que chez lui : ... *te vyavaharatīti*, « Il est en exercice à... ».
v3.c10.s7.6
De part et d'autre se retrouvent aussi des fragments d'une formule analogue, que des parallèles épigraphiques permettent de compléter :
v3.c10.s7.7
. . . *tya yūyam adyāgrena ҫe(ṣa)samucitakaraṃ dadan-*. *taḥ sarvakṛtyeṣv ājñāvidheyā. . . . manaso loke sukham prativa. . . (Kisipiḍi, an 449).*
v3.c10.s7.8
tad yūyam. . . . . . çravaṇavidheyās tathaiva. . . . sukham prativa(tsya)tha. (Gaṇadeva, I, 10-11.)
v3.c10.s7.9
Cette formule n’a pas réussi au Népal; elle est toujours remplacée plus tard par une formule de caractère plus impérieux et plus menaçant. Dans l’Inde, au contraire, des rédactions diverses s’en rencontrent. Au VIIIe siècle, Tīvara deva de Kosala (Gupta inscr., p. 294, l. 25) écrit :
v3.c10.s7.10
ity avagamya bhavadbhir yathocitam asmai bhogabhāgam upanayadbhiḥ sukham prativastavyam iti.
v3.c10.s7.11
Mahâ Sudevarâja (ib., 197, l. 13), Mahâ Jayarâja (p. 193, l. 11) :
v3.c10.s7.12
te yūyam evam upalabhyāsyājñāçravaṇavidheyā bhūtvā yathocitām bhogabhāgam upanayantaḥ sukham prativatsyatha.
v3.c10.s7.13
Bhojadeva, en l’an 100 du Harṣa saṃvat (Ep. Ind., V, 211, l. 15) :
v3.c10.s7.14
prativāsibhir apy ājñāçravaṇavidheyair bhbhūtvā sarvvāyā eṣāṃ samupaneyāḥ.
v3.c10.s7.15
Harṣa vardhana (Çilāditya) (Ep. Ind., VII, 157, l. 15) :
v3.c10.s7.16
prativāsijanapadair apy ājñāçravaṇavidheyair bhūtvā yathāsamucitatulyameyabhāgabhogakarahiraṇyādipratyayāḥ anayor evopaneyāḥ.
v3.c10.s7.17
Jayanâtha et Çarvanâtha, dont le protocole rappelle si souvent celui du Népal, dans la série de leurs inscriptions espacées entre 177 et 214 Gupta (Gupta Inscr., 118-136, avec quelques variantes) :
v3.c10.s7.18
te yūyam evopalabhyājñāçravaṇavidheyā bhūtvā samucitabhāgabhogakarahiraṇyādipratyayān upaneṣyatha.
v3.c10.s7.19
Enfin le mahârâja Lakṣmaṇa, dans sa charte de saṃvat 158, si voisine du formulaire népalais (*Ep. Ind.*, II, 364, l. 6) :
v3.c10.s7.20
*tad yuṣmābhir asyājñācravaṇavidheyair bbhavitavyam samucitāc ca pratyayāḥ meyahiraṇyādayo deyāḥ.*
v3.c10.s7.21
La chancellerie du Népal est donc, au temps de Vasantadeva et Ġaṇadeva, sous l'influence d'une chancellerie hindoue qui, bientôt après, cesse d'exercer son action. Un autre mot de la charte de Ġaṇadeva fournit un indice analogue. L'envoi adressé aux intéressés ne se termine pas par le mot usuel : *samājñāpayati*, mais (à la suite d'une phrase mutilée), par *mānayati* qui correspond assez bien à notre expression : « avoir l'honneur de... » et qui décèle une autorité plus courtoise ou plus timide. J'ai retrouvé la même expression dans la formule d'envoi d'une charte datée de l'an 300 Gupta, sous le règne de Çaçaṅka râja, et sortie d'une chancellerie voisine du Sud des bouches du Gange (*Ep. Ind.*, VI, 144, l. 20) :
v3.c10.s7.22
*grāme vartamānabhaviṣyatkumārāmātyoparikatadāyuktakān anyāmç ca yathārham pūjayati mānayati ca | viditam astu. . .*
v3.c10.s7.23
TEXTE.
v3.c10.s7.24
1. (svasti) Mānagṛhād bappapādānuddhyāta. . . . . . . .
2. . . mahārājaçrīĠaṇadevaḥ kuçalī. . . . . . . . .
3. . . . kicapriciṅgrāme yathā. . . . . . . . . . .
4. (puraśsaram) sarvvān eva kuṭum(bi). . . . . . . . .
5. mānayati pūrvvarājabhir yy.ṣ. . . . . . . . . .
6. ṇabhyān na praveṣṭavyam ity anu.. . . . . . . . .
7. sarvvadaṇḍanāyakamahāpratihā(ra). . . . . . . . .
8. pitena (liṅga)pāñca. . . . dhi. . . . . . . . . .
9. reṇa ca tuṣ. . yadhikaraṇe. . . . . . . . . . .
v3.c10.s7.25
10. (le)na prasādaḥ kṛtas tad yūya. . . . . . . . .
11. śravaṇavidheyās tathaiva. . . . . . . . .
12. sukham prativatsyatha ye cā. . . . . . . . .
13. r api dharmmagurubhir gguru(kṛ)ta. . . . . . . .
14. jñā pratipālanīyeti dūtakaç cātra. . . . . . . .
15. Prasādagupta . . (rtte) vyavaharatīti ][ saṃvat 400.
16. śrāvaṇa çuklaprati(padi).. . . . . . . . .
v3.c10.s7.26
TRADUCTION.
v3.c10.s7.27
(1-5.) Salut de Mânagṛha. Son père adoré le suit de sa pensée ; le (souverain) le grand roi Gaṇadeva en bonne santé à l'honneur de (s'adresser), en suivant (l'ordre) à commencer par . . . , à tous les maîtres de maison dans le village de Kicapriciṅ.
v3.c10.s7.28
(5-9.) Les rois avant moi avaient . . . disant : ni . . . ni . . . ne devront y pénétrer. Et (sur le rapport ?) du généralissime, grand-huissier . . . la province . . .
v3.c10.s7.29
(10-15.) Voilà la faveur que je vous fais. Et vous donc. . . dociles à écouter mes ordres et aussi . . . vous resterez à demeurer là heureusement. Et ceux qui . . . respectueux de la loi, respectant. . . . , ils maintiendront ma prescription.
v3.c10.s7.30
Le délégué royal est ici . . Prasâdagupta ; il exerce à. . .
v3.c10.s7.31
(15-16.) Année 4 . . , çrâvaṇa, quinzaine claire, le 1er.