La formation de la langue marathe c4.s3.t5: Cérébrales
La formation de la langue marathe c4.s3.t5
- Language
- French
Cérébrales
c4.s3.t5.1
§ 108. On sait que la cérébralisation des anciennes occlusives dentales est une innovation propre à l'Inde (v. Wackernagel, § 144). Cette cérébralisation ne s'est pas faite en une fois et dépend de conditions diverses. En sanskrit elle a eu lieu dans deux cas :
c4.s3.t5.2
1° Au contact d'une sifflante cérébrale : l'assimilation est constante et se maintient en moyen-indien et dans les langues modernes. C'est le cas de *ḍ* dans *niḍ* (*niḍa-*, i.-e. *ni-zdo-*), de *ṭh* dans *āṭh* (*aṣṭa-*), etc.
c4.s3.t5.3
2° Au contact de *r* (voyelle ou consonne) tombé en cérébralisant la dentale : au contraire de la précédente, cette altération semble d'origine dialectale. En effet d'une part elle n'atteint pas tous les mots placés dans des conditions phonétiques semblables, de l'autre elle devient plus fréquente avec le temps en sanskrit (v. Wackernagel, § 146-147) et en prākrit (v. Pischel, § 289-294) Se fondant sur l'examen des inscriptions d'Açoka, M. T. Michelson considère la cérébralisation du moyen-indien comme un phénomène oriental (v. *Am. J. Phil.*, XXX, p. 240, 294, 416, 418) ; le témoignage de Vararuci corrobore sur un point celui des inscriptions : selon ce grammairien, les participes en *-ḍa-* des racines en *-r* (*kaṭa-*, *maḍa-*) appartiennent à la māgadhī (X. 15) ; et tandis que le pali a *kaṭa-*, *maṭa-*, et le singhalais à sa suite *kaḷa*, *maḷa* (en regard de *giya* < *gata-*), la plupart des prākrits occidentaux ont *kaa-* *maa-* comme *gaa-* (Pischel, § 219, 12 ; cf. mar. *ke-lā* *me-lā* comme *ge-lā*) : *maḍa-* n'est attesté que tard et comme un provincialisme (*Deçīnāmamālā*, p. 233-9 *maḍo kaṇṭho mṛṭaç ca* ; cf. peut-être 226, 5 et 223, 9) et le marathe ne le conserve qu'avec des sens spéciaux (*maḍ* « homme haïssable, peste, ennui », *maḍem* « cadavre »). Par contre le bengali et l'oriya sont les seuls qui aient une cérébrale dans *cauṭh* < skr. *caturtha-* : tous les autres dialectes ont *cauth-* (Beames I, 333).
c4.s3.t5.4
Pour déterminer la position propre au marathe parmi les autres dialectes, il faut éliminer tout d'abord les cas où les cérébrales marathes sont héritées du sanskrit ou du moyen-indien. Cette manière de procéder a l'inconvénient de dissimuler la continuité réelle des phénomènes et d'ailleurs de confondre des phénomènes de nature diverse, puisqu'on rangera ensemble les cérébrales dues au voisinage d'une sifflante cérébrale et celles dues au voisinage de *r*. Mais, outre que dans un très grand nombre de cas, l'origine réelle des cérébrales est indiscernable, cette méthode convient lorsqu'il s'agit, non de rendre compte de toutes les cérébrales du marathe, mais de voir comment il traite les dentales cérébralisées par lui à date récente.