La formation de la langue marathe c5.s1: Généralités
La formation de la langue marathe c5.s1
- Language
- French
Généralités
c5.s1.1
§ 176. L'Inde a été un terrain particulièrement favorable aux tendances générales qui ont abouti dans la plupart des langues indo-européennes à la réduction et à la normalisation des formes grammaticales (cf. Meillet, *Introduction*, p. 410 et suiv.).
c5.s1.2
§ 177. La catégorie grammaticale commune au nom et au verbe, celle du nombre, a subi une atteinte d'ailleurs conforme à la marche générale des dialectes indo-européens (Meillet, *ibid.*, p. 412) : le duel a disparu très tôt. Sans doute le sanskrit classique conserve ce nombre tel qu'il l'a reçu du védique et semble même en développer l'emploi (v. Guny, *Le nombre duel en grec*, p. 68) ; mais tous les textes écrits dans des dialectes proches des parlers réels l'ignorent. Dès l'époque d'Açoka, le nom de nombre « deux » a une forme de duel figée au nominatif, mais il a aux cas obliques des désinences de pluriel (p. ex. instr. *duvehi*) et le nom auquel il se rapporte est au pluriel (p. ex. *duve morā* « deux paons », Girnar, I, 4). Il en est exactement de même en pali (v.
c5.s1.3
Le système préhistorique des sonantes, très altéré déjà à l'époque védique, est ruiné complètement du jour où *ṛ* se perd ; plus tard, la quantité et même le timbre des voyelles dépendent de leur place dans le mot et perdent toute valeur grammaticale : dès lors le jeu des anciennes alternances vocaliques est rendu impossible. Rien ne vient le remplacer : car s'il a existé à une période quelconque un accent d'intensité, en tout cas il n'a pas provoqué dans les thèmes d'alternances nouvelles du type français *sire : sieur, seigneur* ou *meurs : mourons*. En ce qui concerne la flexion, la chute des consonnes finales, puis l'effacement des voyelles finales et la disparition des consonnes intervocaliques ruinent l'opposition entre le thème et la désinence, et nécessitent l'établissement d'un système flexionnel nouveau, à thèmes uniques et à désinences de types peu nombreux (cf. Meillet, *ibid.*, p. 413-419).
c5.s1.4
Müller, *Pali gram.*, 61-62) et en prākrit (Pischel, § 360). Il est donc certain que dès le IIIe siècle avant J.-C. l'indo-aryen avait perdu le nombre duel dans l'usage vivant.
c5.s1.5
Au contraire les deux nombres subsistants, singulier et pluriel, sont encore nettement distingués en marathe. En un seul cas, celui des nominatifs masculins du type *dev*, le singulier est semblable au pluriel : m. *dev* représente à la fois skr. *devaḥ* et *devāḥ*. Toutes les autres formes nominales ou verbales sont restées distinctes au singulier et au pluriel.