La formation de la langue marathe c6.s2.t2: Cas
La formation de la langue marathe c6.s2.t2
- Language
- French
Cas
c6.s2.t2.1
neutre singulier. Cette forme précède immédiatement le substantif, qui seul possède l'affixe ou la postposition caractéristique réclamée par le sens. Ex. : *mag miṃ halkyā lokāṃ ćiṃ bolṇār nāhīṃ* « alors je ne parlerai plus avec de petites gens » ; *dusryā divćāṃ* « le lendemain » ; *āplyā mitrās, āplyā mitrāṃs* « à son ami, à ses amis », *yā imārtī lā don koṭ rupayāṃvar kharc jhālā* « on a dépensé pour cet édifice plus de deux crores de roupies » (v. Navalkar, § 515).
c6.s2.t2.2
Que l'oblique de l'adjectif soit employé seul, cela est normal puisque l'oblique d'un nom est une forme déclinée de ce nom et un mot indépendant. Mais que l'oblique masculin neutre singulier soit seul employé dans tous les cas, c'est ce dont il est plus difficile de rendre compte. On reconnaît ici la trace de la tendance générale à la simplification des adjectifs épithètes que Beames a bien notée, mais en donnant des raisons de psychologie chimérique justement critiquées par Miklosich (v. Beames, II, p. 240-243 ; Miklosich, XI, p. 35). Le détail de l'évolution est fort obscur. Voici comment on pourrait l'imaginer : la confusion de l'oblique masc.-neut. du pluriel avec celui du singulier peut se concevoir, étant donné le caractère instable de la nasalité dans les voyelles ; d'autre part le transport de la désinence d'oblique masc.-neut. singulier au féminin peut être dû à l'analogie du pluriel, où les trois genres n'ont normalement qu'une forme d'oblique.
c6.s2.t2.3
Les hypothèses qu'on peut faire sur ce point sont indémontrables, car les autres langues ne fournissent aucune indication utilisable. Dans le groupe occidental — guzrati (abstraction faite de l'affixe *-o* du pluriel), rajasthani (avec quelques hésitations aux cas indirects autres que l'oblique, v. *L. S. I.*, Raj., p. 7, 22, 37), penjabi, sindhi, kaçmiri — l'accord se fait à tous les cas. Dans tout le groupe oriental, l'adjectif est invariable ou ne varie qu'en genre (cf. *L. S. I.*, *East. hindi*, p. 16, 22, 28 ; *Bih.*, p. 26, 38, 50, 380) ; en singhalais il est absolument invariable (v. Geiger, § 43). Restent l'hindi et le tsigane qui, comme le marathe, simplifient la déclinaison de l'épithète, mais de manières divergentes.
c6.s2.t2.4
L'hindi décline ainsi les groupes : *kālā ghoṛā* « cheval noir », *kālī billī* « chat noir » (Kellogg, § 199) :
c6.s2.t2.5
| Sing. | Dir. | *kālā ghoṛā* | *kālī billī* |
| | Obl. | *kāle ghoṛe* | *kālī billī* |
c6.s2.t2.6
| Plur. | Dir. *kāle ghoṛe* | *kāli billiyām.* |
| | Obl. *kāle ghoṛoṃ* | *kāli billiyoṃ.* |
c6.s2.t2.7
Les divers dialectes tsiganes déclinent ainsi les groupes *kalo manuš* « homme noir », *kali manušni* « femme noire » (Miklosich, XI p. 33, 35) :
c6.s2.t2.8
| Sing. | Nom. *kalo manuš* | *kali manuši* |
| | Obl. *kale manušes* | *kalya manušña* (ts. grec : *kalì m°*). |
| Plur. | Nom. *kale manuš* | *kale manušña* |
| | Obl. *kale manušen* | *kale manušñen* |
c6.s2.t2.9
Si l'on admet avec Miklosich que les formes d'oblique du masculin sont dues à la chute des consonnes finales et tiennent la place de *kales* *kalen*, on est obligé de séparer le tsigane du marathe et de l'hindi sur le seul point où l'on pourrait imaginer un accord dans les trois langues. Chacune d'elles semble avoir simplifié la déclinaison des adjectifs épithètes d'une manière indépendante.