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L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v1.c5.s4: § IV. Critique des documents

L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v1.c5.s4

Language
French

§ IV. Critique des documents

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Pour nous résumer, l'étudiant de l'art gréco-bouddhique a tout au plus à sa disposition la valeur de 120 ou 130 planches in-4°, d'un usage difficile, et environ 3,500 morceaux de sculptures pour la plupart restés dans l'Inde et, par suite, d'un accès plus difficile encore. Répétons que ces fragments proviennent de vingt endroits divers, sans que le plus souvent aucune mention ait été conservée, non seulement de la disposition spéciale, mais du nom même des lieux où ils ont été retrouvés. La question est de savoir quel usage il est possible de faire d'un nombre relativement aussi restreint de documents aussi disparates. Sera-t-il même permis de fonder sur ces débris en quelque sorte dépareillés aucune conception d'ensemble? Il ne suffit pas de le croire : il faut encore dire pourquoi nous le croyons.

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LEUR ORIGINE. — Il est trop vrai que la provenance de ces sculptures, en gros suffisamment connue, est incertaine dans le détail. Par suite, à défaut d'un classement chronologique qui se heurte, comme nous verrons, à bien des obstacles, nous n'avons même pas la ressource de les grouper par localités. Cela est assurément fort regrettable : mais il ne faut pas non plus s'exagérer le bénéfice

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c. Lahore, 13-14; d. British Museum, 3, 10, 30; e. Cambridge, 28; f. Collections privées, 2, 15-16, 24, 33; g. Les figures 17 à 21 sont des reproductions de motifs d'Ajanṭā.

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[Figure: FIG. 5. — STATUES PROVENANT DE LORIYÂN-TANGAY (cf. fig. 3). Vue du dépôt des fouilles dans le camp retranché, au pied du fort de Chakdarra. D'après une phot. de M. A.-E. CADOT, au Musée de Calcutta. — Gravure extraite du Tour du Monde, 1899.]

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qu'on pourrait retirer de cette distribution purement géographique, au moins dans l'état actuel de nos connaissances. N'oublions pas que l'interprétation de ces monuments n'est pas encore achevée : or il n'est pas, à notre avis, de tâche plus urgente; et, pour la mener à bien, la comparaison des éléments constituants de cet art, indépendamment de toute localisation spéciale, nous paraît seule de mise. Là même où les groupes locaux existent, notre premier soin va être de n'en pas tenir compte, pour nous occuper avant tout de rapprocher les spécimens qui présentent des caractères communs. Ce principe de classification, analogue à celui qui prévaut dans les sciences naturelles, est celui auquel nous devons d'abord avoir recours pour mettre un peu d'ordre au milieu de toute cette confusion anonyme. Durant cette phase provisoire de nos recherches, les ressemblances essentielles, portant sur les sujets et les formes, créent un lien assurément plus fort entre deux monuments qu'un simple rapprochement dans l'espace. Plus tard seulement, nous verrons à renouer les faisceaux épars et à reconstituer, dans la mesure du possible, quelques zones distinctes avec leur physionomie particulière, si tant est qu'elles en aient une.

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Il est en effet permis de douter — et cette raison encore peut servir à diminuer nos platoniques regrets — de l'existence de nuances locales. Quand Cunningham veut nous donner une idée des sculptures de Kharkai, il écrit en toute ingénuité « qu'elles sont semblables à celles que l'on a trouvées partout ailleurs »(1). C'est là le fait vulgaire sur lequel il serait prématuré de raffiner. Entre tous les fragments gréco-bouddhiques qui remplissent le Musée de Lahore, nous avons constaté de très grands écarts d'exécution, mais non de véritables distinctions de style. La contre-épreuve est aisée; même quand nous connaissons l'origine des sculptures, nous ne voyons rien de plus pareil aux bas-reliefs de Sanghao que ceux de Nathou, à moins que ce ne soient ceux de Miyân-Khân. Aussi n’a-t-on jamais prétendu jusqu’ici relever entre ces œuvres d’art autre chose que des différences dues au temps et non au lieu où travaillait l’artiste. La même réserve se recommande à tous ceux qui voudront bien se rappeler — et c’est ici que nous voulions en venir — que les divers sites fouillés, pour indépendants qu’ils soient, sont tous voisins les uns des autres, au point qu’on ne compte pas vingt lieues entre les plus éloignés. Le monotone aspect de ces œuvres s’explique, par suite, de lui-même : à quelques milles de distance, on ne peut s’attendre à trouver aux mêmes époques des procédés bien différents. Si l’on songe que toutes nos sculptures, à deux ou trois exceptions près, proviennent du district de Pêshawar ou de ses confins immédiats, on ne nous contestera plus le droit d’en tirer des conclusions valables pour ce qui est justement le Gandhâra.

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¹ *Arch. Survey Rep.*, V, p. 54.

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LEUR VALEUR DOCUMENTAIRE. — Si l’aire restreinte des fouilles a en un sens ses avantages, il faut reconnaître que, d’autre part, son étroitesse même prête le flanc à la critique. De quel droit en effet pouvons-nous appliquer à l’ensemble de l’école ce que nous aura appris l’examen hâtif et décousu de la région que les circonstances politiques ont rendue la première accessible? Cette objection s’aggrave encore si l’on se rappelle que, dans cette région même, tous les monuments jadis ruinés par la violence n’ont pas été explorés, du moins à fond; que, par suite, une grande partie des productions artistiques du Gandhâra dort encore sous la terre; et qu’enfin, de celles qui ont été remises au jour, une part seulement est à la disposition du public : en sorte que le dénombrement des documents sur lesquels doivent s’appuyer nos conclusions futures est, à n’en pas douter, imparfait.

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C’est là un fait qu’il sera bon d’avoir toujours présent à l’esprit dans la suite de ce travail. Toutefois nous ne pensons pas qu’il soit pour cela à propos de le suspendre jusqu’à l’épuisement et la publication également problématiques des réserves de sculptures que recèlent les tumuli de l'Afghanistan et les maisons de campagne d'Angleterre. La raison en est dans le caractère même de cet art qui semble, si l'on peut dire, n'être fait que de répliques. Nous verrons bientôt les statues se répartir entre deux types principaux, indéfiniment reproduits. Pour les bas-reliefs, nous dresserons de même une liste de sujets qui reparaissent perpétuellement et appartiennent tous soit à un cycle défini de légendes, soit à un répertoire décoratif borné. Le même caractère d'uniformité que nous avons déjà noté dans le style de l'école se retrouve ainsi dans le choix des motifs traités par elle. Aussi n'est-il pas téméraire de croire que les découvertes futures ne nous apprendront à ce point de vue rien qui soit tout à fait inattendu. C'est du moins ce que confirme l'expérience des dernières fouilles; celles de Loriyân-Tangai, par exemple, ne nous ont guère fourni que des variations plus ou moins heureuses sur des thèmes déjà connus. Ajoutons que la monotonie de ces répétitions se marque déjà dans le petit nombre des monuments édités. Si l'on feuillette les recueils énumérés plus haut¹ de Cole et de Burgess, on y voit revenir de page en page les mêmes figures et les mêmes scènes : encore s'agit-il là d'un choix de sculptures présentant un intérêt particulier. Que ceux qui redouteraient une disette de documents se rassurent donc : dans cette apparente pénurie, il y a place à bien du superflu, et un grand nombre de pièces ne sont que quantité négligeable. Il n'y aurait aucune exagération à prétendre qu'une centaine de reproductions bien classées peut donner une idée assez complète de l'art du Gandhâra.

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¹ Voir p. 31, n. 1 et 2.

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LEUR « MISE EN PLACE ». — Si nos spécimens sont après tout dûment « représentatifs » et localisés avec une approximation suffisante, il reste un point sur lequel le hasard de leur origine continue à faire un tort grave à nos études : nous voulons parler de l’absence presque complète de notions sur leur emploi architectural et leur rôle décoratif dans l’ensemble. En fait, on n’a presque rien publié au sujet des édifices qu’ils ornaient. C’est à peine si nous trouvons là-dessus quelques données dans les rapports et les plans du lieutenant Crompton et du sergent Wilcher¹. D’autre part, en dehors de la frise de Sikri et des deux petits stûpa de Loriyân-Tangai et de Gandhairi (fig. 71-73), nous ne possédons plus dans les musées que pièces et morceaux détachés. Çà et là un rapport précis de mesures, venant s’ajouter à des ressemblances techniques, peut servir à réunir deux ou trois fragments séparés sans merci, malgré l’écart de leurs numéros ou même l’éloignement de leurs musées respectifs². Mais toute restauration théorique devient bientôt impossible devant ces débris épars, que le plus entier dédain pour les besoins de la recherche scientifique semble avoir pris plaisir à éparpiller ou à mélanger.

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¹ Voir les plans donnés fig. 64 et 65. Ce sont toujours ces mêmes plans qui ont déjà été empruntés et utilisés par Cunningham et Fergusson.

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² Voir sur la figure 208 des spécimens de bases de petits stûpa ingénieusement reconstitués par M. F.-H. Andrews. Faisaient encore partie d’une même frise les figures 287 (Lahore) et 296 (Berlin), etc. Cf. p. 27, n. 2.

v1.c5.s4.14

A cela nous ne savons pas de remède, si ce n’est, après avoir terminé la tournée des musées, d’entreprendre le pèlerinage des ruines et d’aller chercher sur les lieux mêmes des fouilles les renseignements que l’on n’a pas songé à nous donner ou que l’on nous a mesurés avec trop de parcimonie. C’est ce que, pour notre part, la mission dont nous avons été chargé nous a donné l’occasion de faire, et c’est par le résultat de cette enquête que nous commencerons notre contribution à l’étude de l’art du Gandhâra.

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