L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v1.c6.s3.t1: § I. Les sanghârâma des plaines
L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v1.c6.s3.t1
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- French
§ I. Les sanghârâma des plaines
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Nous avons déjà cru rencontrer plus haut (p. 83), dans la banlieue immédiate de Pêshawar, les misérables restes de la pieuse fondation de Kanişka. Elle se composait, nous dit Hiuan-tsang, outre le fameux stûpa, d'un grand sanghârâma qui lui attenait du côté de l'Ouest, et, « quoique ce monument soit fort délabré, on peut encore dire que c'était jadis une construction admirable »¹. De même que l'édifice contigu, ce n'est plus aujourd'hui qu'un tertre poudreux et ravagé, pareil, en la saison où nous l'avons visité, à une sorte d'îlot grisâtre émergeant au-dessus des vertes cultures qui le rongent de toutes parts (fig. 58-59). Si bouleversé qu'il soit en tout sens par des excavations désordonnées, il continue à affecter une forme à peu près carrée et ne mesure pas moins de deux cents mètres de côté. Au milieu se creuse une dépression rectangulaire qui marque la cour intérieure, tandis que les côtés surélevés et les coins fortement bastionnés — celui du Nord-Ouest a bien pu être détaché, mais non pas nivelé par l'envahissement des champs — rappellent ce que le pèlerin chinois nous dit des bâtiments à double étage et des hautes tours d'angle du vieux couvent. Ainsi qu'on aurait pu d'avance le prévoir, les fouilles qui ont été pratiquées à l'aveuglette dans cette vaste ruine n'ont pas été fécondes en objets d'art, et c'est tout juste si quelques sculptures sont venues démontrer son caractère bouddhique. Les trouvailles d'ustensiles et de pots de farine qu'elle a encore fournies confirment en revanche son rôle domiciliaire; et les tunnels creusés par les sapeurs ont eu cet avantage de mettre au jour ses substructions de briques et de pierres (1). Enfin les mouchetures de charbon qui constellent leurs parois attestent un ancien incendie, et ceci nous donne une première explication de l'état actuel du monument. Les « galeries couvertes » qui régnaient comme un cloître tout autour des cours, les chambranles et les vantaux des portes à guichet, les châssis et les écrans ajourés des fenêtres, les solives et les poutres aux abouts « élégamment sculptés », les « balcons » et les « belvédères élevés » dont nous entretiennent les textes ou que nous montrent les figures, tout cela était en bois, et de tout cela le feu a eu vite raison. Leur destruction aura naturellement provoqué l'écroulement général de l'édifice; mais, outre le bois, en quels matériaux cet édifice était-il construit? C'est ici qu'intervient la nécessité, toujours présente dans la région, d'économiser la brique qu'il faut prendre la peine de cuire, et surtout la pierre qu'il faut amener à grands frais des collines; les murs intérieurs sinon extérieurs, les cloisons, les toits en terrasse, tout cela était fait, comme aujourd'hui, de glaise ou de pisé, qui, s'émiettant et fondant à la pluie et au soleil, a donné à l'énorme masse son empâtement écrasé et sa couleur terreuse. Quant à son aspect tourmenté, les causes en sont toujours opérantes : c'est sous nos yeux qu'elle continue à être mise en exploitation réglée par les entrepreneurs de bâtisses de la ville voisine comme par les cultivateurs d'alentour; car les uns et les autres y trouvent leur compte. Les pierres de taille qu'elle recèle encore et les larges briques anciennes, qui se vendent au bazâr plus cher que les briques neuves, prennent, sur le dos des ânes ou des bœufs de charge, le chemin de Pêshawar; pendant ce temps, la fine poussière que laisse après elle la terre battue et qui constitue, paraît-il, une excellente fumure, se transporte et s'éparpille sur tous les champs environnants. Sous l'effort diligent de ces fourmis industrieuses, nous voyons les débris considérables de ces bâtiments qui abritaient plusieurs centaines de moines¹ se creuser, se désagréger et, petit à petit, tendre à disparaître. Si loin qu'il soient encore de cet ultime destin, la merveille est plutôt qu'il en subsiste assez pour modeler en relief sur la place le plan accoutumé des vieux saṅgháráma.
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¹ HIUAN-TSANG, Mém., I, p. 112-113, ou Rec., I, p. 103.
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¹ Cf. p. 18, n. 1, et DEANE, dans J. R. A. S., 1896, p. 666.
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¹ Fa-hien donne le chiffre de plus de 700 moines pour un autre monastère voisin de Pêshawar (p. 35). Dans les couvents de l'Inde centrale et de Ceylan, le nombre des religieux montait fréquemment à plusieurs milliers; il en est encore ainsi au Tibet.
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FIG. 58. — COIN NORD-EST DU TUMULUS OCCIDENTAL DE SHÂH-JÎ-KÎ-DHÊRÎ. Vue prise du Sud-Est.
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PLAN DE Shâh-jî-kî-Dhêrî
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FIG. 59. — STÛPA AVEC SANGHÂRÂMA ADJACENT. Plan général et vue du tumulus oriental de Shâh-jî-kî-Dhêrî (= Kaniṣka-caitya?). Croquis de M. H. PARMENTIER d'après un levé et une photographie. Cf. B. E. F. E.-O., I, p. 331.
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La même histoire lamentable est écrite sur la face grise et couturée de toutes les ḍhérí qui parsèment la basse vallée des rivières de Kâboul et du Swât et la plaine des Yoûsoufzaïs. Le fait qui la domine est l'absence, dans ces terrains de formation alluviale, de toute pierre propre à bâtir. Il en résulte que les anciennes habitations, tout comme les villes et les villages modernes², étaient presque entièrement construites en pisé, ce qui revient à dire avec de la boue; et cette circonstance, à son tour, explique aussi bien l'âpreté des chercheurs de matériaux que la composition actuelle des ruines. Au milieu de cette destruction à peu près complète, seules les dimensions et la configuration générale de ces tertres peuvent nous renseigner sur la sorte d'édifice qu'ils recouvrent. Nous venons de dire à quoi nous avons appris à reconnaître, à Shâh-jì-kî-Ḍhérì ou ailleurs, avec ou sans mention des textes, et sous la seule réserve d'une vérification expérimentale par les fouilles, les vestiges d'un saṅgháráma. Mais, au lieu de multiplier les exemples de ce qui pourrait n'être qu'un entêtement de notre part, mieux vaut constater, comme nous l'avons fait depuis, que W. Simpson avait déjà fort nettement résumé la même expérience : « Les tas laissés par les topes et les couvents sont, écrit-il, passablement distincts : l'un est une butte arrondie, et l'autre un carré creux. » D'une façon générale, rien n'est plus juste, encore qu'il faille compter avec la forme oblongue de certains monastères et même de certains *stûpa* (cf. fig. 59 et p. 83). Écoutons enfin Masson (¹) parler, en dehors de toute théorie préconçue : « A beaucoup de ces topes (nous dit-il, toujours à propos de ceux de la vallée de Kâboul) attiennent de grandes aires rectangulaires, enfermées entre d'énormes monticules de terre, qui semblent à première vue avoir été des réservoirs d'eau, sauf qu'en certaines situations il est difficile de conjecturer comment elles pourraient avoir été remplies... » L'hypothèse est si naturelle, que nous la verrons reprendre tout à l'heure (p. 156); mais Masson a trop de bon sens pour s'y arrêter : « Ces aires, continue-t-il, peuvent avoir quelque autre destination encore incomprise; car il est à remarquer que la terre dont les monticules environnants sont composés a été tamisée avec le plus grand soin, de telle sorte qu'on n'y peut découvrir aucune pierre ni aucune substance étrangère. » Après tout ce qui précède, nous ne saurions hésiter plus longtemps à « comprendre » qu'il s'agit de monastères : étant donnés les matériaux dont on disposait pour les construire, quel autre aspect pourraient, en effet, présenter aujourd'hui les restes, déjà ruinés au VIIe siècle, de ces grands quadrilatères de bâtisses, sinon justement celui de vastes bassins encaissés entre des remblais de terre battue? Masson a d'ailleurs bien vu leur étroite relation avec les *stûpa*, tout en faisant observer que leur position réciproque est trop variable pour « autoriser aucune déduction » : mais lui-même ne soupçonnait pas toute la portée de sa remarque. Elle pose, en effet, la question de savoir quelles combinaisons ont été mises en œuvre à seule fin de grouper en un ensemble architectural les deux éléments essentiels de la fondation religieuse, *stûpa* et *sanghârâma*.
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² Voir Front. indo-afghane, fig. 5 et 41.
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¹ Cf. B. E. F. E.-O., I, p. 336, 343, 1879-1880, p. 44; MASSON, dans *Ar.* etc.; W. SIMPSON, dans *Trans. R. I. B. A.*, *ant.*, p. 57.
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LES TROIS MODES DE GROUPEMENT. — Le système le plus fréquemment employé dans les plaines du Gandhāra et la vallée de Kàboul consistait, comme nous venons de le voir, dans la simple juxtaposition des deux édifices. D’une façon générale, nous savons que, partout où l’observation de cet usage traditionnel était possible, l’escalier du stūpa, si celui-ci n’en avait qu’un, et la porte principale du saṅghārāma étaient orientés vers l’Est; mais il ne semble pas qu’il y ait eu aucune règle fixe pour déterminer leur situation respective, l’un par rapport à l’autre. Masson l’a remarqué à propos de ses
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[Figure: FIG. 60. — STŪPA ENCLOS DANS UN SAṄGHĀRĀMA. Tumuli de Bâbar-Khana, à Shâh-Dhêrî (Takṣaçilâ). D’après CUNNINGHAM, A. S., V, pl. XX.]
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« aires » : « elles sont fréquemment au sud, mais quelquefois aussi à l’est ou encore à l’ouest du tope ». C’est ainsi que le monastère de Kaniṣka était à l’ouest de son stūpa. Nous avons cru retrouver le grand saṅghārāma de Puṣkarāvatī à l’est et celui de Hâritî au sud-est du leur. Sur ce point, la décision des architectes était évidemment guidée par les dispositions naturelles du site ou des raisons de convenances locales, toutes choses qu’il nous est aujourd’hui fort difficile d’apprécier. Ce que nous pouvons affirmer, c’est que nous percevons fréquemment, en dehors du simple rapport de voisinage, une certaine symétrie voulue entre les deux monuments. Le fait n'a pas échappé à W. Simpson : « Souvent, dit-il, le centre du carré et le tope sont sur une même ligne. » Il devient alors extrêmement vraisemblable que les deux édifices ont été sinon construits en même temps, du moins conçus d'un seul jet. Un cas d'alignement de ce genre se voit à plein dans une fondation du Swât, trop proche des collines pour n'être pas de pierre, et où le plan se laisse, par suite, lire clairement. Non seulement le centre du stûpa de Top-Darra (fig. 17) est dans l'axe de la cour de son monastère, mais des terrasses du premier un escalier descendait directement devant la grande porte du second. Une fois même, Masson a cru constater qu'un de ces « tunnels » dont il a découvert l'existence à l'intérieur des topes ne s'arrêtait pas à la circonférence du monument; faute d'outils suffisants, il ne put le suivre, mais, dit-il, « s'il se prolongeait quelque peu, il devait pénétrer dans la mystérieuse aire enclose appartenant au tope, et une solution de l'énigme de l'un aurait pu conduire à celle de l'autre »(1). Cette solution, nous croyons à présent la tenir; pour l'énoncer en langage ecclésiastique moderne, ce couloir souterrain mettait en communication, *mutatis mutandis*, la crypte de l'église avec le presbytère voisin.
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Si le procédé « par juxtaposition » est le plus courant dans les plaines où, d'ordinaire, la place n'était pas ménagée, nous n'oserions prétendre qu'il fût le plus ancien ni le plus simple. De bonne heure, on dut s'aviser de faire avec les quatre bâtiments du monastère une sorte de cadre au stûpa, en érigeant ce dernier au beau milieu de la cour quadrangulaire dont le vide se trouvait meublé du même coup. A tout le moins, il n'est pas niable que ce procédé — que, pour le distinguer de l'autre, nous appellerons « par insertion » — ait été également en vogue dans le nord-ouest de l'Inde. Cunningham en a noté, dès sa première visite à Shâh- Dhêrî, plusieurs exemples. Ainsi le *stûpa* de Shâhpour (fig. 27), avec ses 38 mètres de diamètre, « était originairement debout au milieu d'une grande cour rectangulaire entourée de cellules pour les moines et dont il ne reste que les fondations ». Plus tard, ses fouilles lui ont permis de relever plus exactement le plan d'un autre couvent de Takṣaçilâ (fig. 60); nous traduisons en mètres ses mesures : « Le *stûpa* central avait plus de 12 mètres de diamètre. Il était entouré par un cloître ouvert (ou, plus exactement, une véranda)
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¹ Ar. ant., p. 103. Cf. plus haut, p. 86.
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[Figure: FIG. 61. — STÛPA ENCLOS AVEC SAṄGHĀRĀMA ADJACENT. Tumuli de Dhamâmi, à Shahr-i-Bahlol. Cf. CUNNINGHAM, A. S., V, pl. XI.]
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large de 2 m. 50, formant un carré de 27 mètres de côté, en arrière duquel étaient les cellules des moines, chacune large de 3 mètres et longue de 4 m. 40. La muraille extérieure était épaisse de 0 m. 90 et la muraille intérieure de 0 m. 60. L'édifice, dans son ensemble, forme un carré de 44 mètres (lire : 39 mètres) extérieurement. » Ajoutons que la porte d'entrée s'ouvrait au sud, à l'intérieur d'une chambre toute pareille aux cellules avoisinantes et dans laquelle nous devons apparemment reconnaître le *dvâra-* koṣṭhaka ou vestibule des textes (1). Au total le spécimen est si typique que nous pouvons, pour l'instant, nous y borner. Remarquons seulement que le plan d'un temple kaçmîri complet donne sur le papier un dessin si analogue à celui de la figure 60 que nous ne craignons pas de dire qu'il en est directement inspiré. C'était aussi la coutume de ces édifices de se dresser à l'intérieur, sinon au milieu d'une cour quadrangulaire. A Pândrenthân (fig. 56), les murs de clôture sont détruits et la cour, envahie par une source, s'est transformée en étang, ou, pour parler comme Masson (voir p. 152), en « réservoir ». Il n'en a pas fallu davantage pour donner crédit à l'absurde théorie, toujours fort en faveur parmi les touristes, qui veut que tous les temples du Kaçmîr aient primitivement baigné dans l'eau! Autour de ceux de Mârtand et de Bouniyâr continue à régner un quadrilatère formé de logettes encadrées par des pilastres et pourvu, au moins sur la principale façade, d'un porche monumental. Inversement, nous restons persuadé qu'en certains cas la place d'honneur au sein de la cour carrée a pu être tenue, dans les couvents bouddhiques, aussi bien par un grand vihâra isolé ou temple que par un stûpa. C'est, par exemple, ce qui ressort de la description que Hiuan-tsang nous donne de la place où le Buddha était censé descendu du ciel des Trente-trois Dieux (cf. fig. 264); il note expressément que les triples degrés légendaires, les trois idoles auxquelles ils servaient de piédestal et le vihâra qui s'enlevait par-dessus le tout à une hauteur de plus de 25 mètres, étaient à l'intérieur de l'enceinte d'un grand saṅghârâma (2).
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Il ne faut pas oublier, en effet, qu'au témoignage irrécusable des fouilles, les couvents avaient fini par être habités, outre la population flottante des moines, par un peuple fixe de statues; et il va de soi que celles-ci réclamaient, en nombre toujours croissant, un abri digne de la vénération dont nous savons qu'elles étaient entourées¹. Or prenons comme point de départ un monastère avec stûpa enclos, du genre représenté par la figure 60, et imaginons que de riches et dévots donateurs se plaisent, ainsi qu'ils n'y ont point manqué, à y consacrer des images : que se passera-t-il? Celles-ci délogeront tour à tour les moines de leurs meilleures cellules à mesure transformées en chapelles, — changement de destination qui ne change d'ailleurs rien en sanskrit à leur désignation de vihâra. Forcément un moment viendra où la communauté, expropriée par ses propres idoles, devra leur céder sa demeure et s'en bâtir une autre à côté, aussi près que la nature du terrain pourra le permettre, et naturellement sur le même plan carré. Le résultat final sera un troisième mode de groupement qui semble combiner en un seul les deux que nous avons précédemment décrits, empruntant au premier la « juxtaposition » de son monastère et au second l'« insertion » de son stûpa dans une cour. Nous ne serons nullement embarrassé pour étayer d'un exemple concret ces suppositions théoriques (fig. 61). Bellew a fouillé, près de Shahr-î-Bahlol, une fondation religieuse que Cunningham définit ainsi : « A l'examen, je trouvai que c'était un stûpa debout au milieu d'une cour de chapelles d'environ 75 mètres de côté et attenant, du côté de l'est, à un monastère de 60 mètres de côté. » La description de Bellew² confirme ces paroles. Il semble même, d'après ses trouvailles, que les statues commençaient déjà à s'installer dans des chambres de la deuxième cour. Que cette invasion continuât ou que le nombre des moines vînt à s'augmenter, force eût été de joindre à ces deux cours une cour nouvelle, et ainsi de suite. L'importance d'un couvent indien pouvait s'évaluer — comme celle des vieux collèges anglais de Cambridge ou d'Oxford, bâtis dans le même goût monastique — au nombre et à l'importance de leurs « quadrangles ». Celui de Nâlanda (qui, aussi bien, était une université) n'en avait pas moins de huit placés ainsi en enfilade; mais, assure Yi-tsing, qui en avait vu un avait vu les sept autres; et c'est pourquoi il n'y aurait aucune utilité à suivre ce procédé de développement au delà de sa première étape.
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¹ CUNNINGHAM, A. S., II, p. 124 et 132; V, p. 74. — Divyâvadâna, p. 300, l. 8, etc.
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² Mém., I, p. 237-239, ou Rec., I, p. 202-203. — De même la Râjatarangiṇī nous conte (IV, 194-204) comment Lalitâditya bâtit dans sa nouvelle cité de Parihâsapura cinq temples, dont un dédié au Buddha, et tous composés d'une enceinte quadrangulaire (catuḥçâlâ), renfermant un sanctuaire (caitya), lequel contenait à son tour une statue (cf., pour une revue de l'état actuel de leurs ruines, la trad. M.-A. STEIN, II, p. 301).
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¹ La version chinoise du Prâtimokṣa interdit au moine (cf. BEAL, Catena of Buddhist scriptures, p. 237) de « placer une statue du Buddha dans une chambre au-dessous de celle où il demeure ». — D'autre part, un passage de YI-TSING (Rel. Em., p. 87) donne à penser que l'on sanctifiait habituellement chaque cour de monastère en réservant « du côté de l'est » un vihâra « aux saintes images ». Chaque cour de cellules aurait ainsi compté au moins une chapelle : et cette coutume peut avoir servi de point de départ au processus que nous allons exposer.
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² BELLEW, Gen. Report on Yusufzais, p. 139-42, ou CUNNINGHAM, A. S., V, p. 39-42 : l'identification de ce tumulus de Dhamâmi avec le couvent d'Ekaçṛiṅga est intenable (cf. p. 10). — YI-TSING, Rel. Em., p. 85, 87 et 94.
Cites (6)
- Rājataraṅgiṇī — Kalhaṇa, Sanskrit
- Divyāvadāna — Sanskrit
- 玄奘 — Classical Chinese
- Takṣaśilā
- Shāh-jī-kī-Ḍhērī
- Parihāsapura