L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v1.c7.s2.t1.28
L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v1.c7.s2.t1.28
- Language
- French
v1.c7.s2.t1.28
Si nous comparons, à présent, au British Museum le même épisode, tel qu'il est représenté à Jamâl-Garhî (fig. 143), nous trouvons, au lieu du panneau de pierre où s'entassent côte à côte toutes les scènes, une longue frise où elles se déroulent une à une avec un art infiniment plus raffiné. La frise décorait, comme nous avons dit, des contre-marches d'escalier. Sur l'un des fragments conservés, le récit marche d'abord de droite à gauche. Les différents épisodes, sauf les deux premiers, sont séparés par de petits arbres au lieu des habituels pilastres. Nous voyons, d'abord (1), le jeune homme puiser de l'eau à la fontaine, au milieu des antilopes familières, quand (2) la flèche le frappe en plein cœur, et il tombe à la renverse : un daim effrayé le regarde, une des pattes de devant repliée en l'air. Le roi (3) s'est aperçu de son erreur imprudente et songe, à côté du cadavre, le coude gauche dans sa main droite, la tête appuyée sur son autre main. Sa résolution (4) est prise, il a ramassé la cruche et va vers les vieux parents aveugles. Ici nous passons à la contre-marche suivante et le conte revient sur ses pas de gauche à droite : (5) le roi apporte aux vieux parents la cruche d'eau; (6) il leur a fait part de la mauvaise nouvelle et les mène vers le cadavre de leur fils : la démarche incertaine des aveugles est admirablement rendue; (7) respectant leur douleur, il reste à l'écart avec son porteur de parasol, qui l'a rejoint dans l'intervalle : ou bien l'artiste a délibérément renoncé à peindre le désespoir des vieux parents, ou encore il a craint de faire double emploi avec la scène finale, qui est celle de la résurrection : le jeune ascète est toujours étendu à terre; sa mère lui soulève la tête, tandis qu'au deuxième plan son père soutient son bras gauche; à ses pieds, le roi est debout, les mains unies : cependant une divinité apparaît derrière le groupe, le foudre dans la main gauche, et, par un curieux geste baptismal, verse le contenu de son vase d'ambroisie sur le front du jeune homme, qui déjà se ranime... Du même coup, l'artiste, qui jusqu'alors avait, qu'il le sût ou non, fidèlement suivi le *Mahâvastu*, s'en écarte brusquement; ce n'est pas, en effet, par l'intervention d'un *deus ex machina* que celui-ci fait ressusciter le jeune anachorète, mais par la force magique d'une « attestation véridique » (*satya-vacana*). D'autre part, on ne peut reconnaître dans la divinité du bas-relief la Bahusundarî ou Toute-Belle de la version pâlie; il est probable que nous devons y voir Indra, de son nom bouddhique Çakra.
Cites (1)
- Mahāvastu — Sanskrit