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L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v2.c14.s1.t5: § V. Femmes et fées

L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v2.c14.s1.t5

Language
French

§ V. Femmes et fées

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Les Devatâ. — Non plus que des images tantriques de Vajrapâni, nous ne trouvons au Gandhâra la tourbe des diablesses et des sorcières de basse caste (piçâcî, yoginî, dâkinî, etc.) qui encombrent, nues, échevelées et dansantes, les albums tibétains. Ce n'était pas qu'elles n'existassent sans doute déjà dans l'imagination populaire : mais l'art ni la littérature n'étaient encore descendus au niveau de superstitions si basses(1). A peine apercevons-nous, à côté des génies des eaux ou des airs, leurs ondines ou leurs fées. Parmi les Nâgîs, les unes, comme la belle Suvarnaprabhâsâ, ne se montrent que dans l'ombre de leurs époux (fig. 194-196; cf. fig. 251 a et 270-275); d'autres se tordent de douleur entre les serres de Garuda (fig. 318-320); ou, au contraire, se livrent joyeusement à l'orgie (fig. 132-133). Si nous passons aux fées à forme purement humaine, quelques-unes suivent ce détestable exemple (fig. 128-131) : mais la plupart d'entre elles se contentent d'un rôle paisiblement décoratif. C'est tout au plus si elles s'associent parfois, par un geste de dévotion, aux scènes des bas-reliefs qu'elles encadrent (fig 294, cf fig 105) D'ordinaire elles adoptaient simplement la pose plastique (cf I, p 229) restée traditionnelle dans l'Inde depuis les Yakṣinīs, ainsi expressément nommées par les inscriptions de Barhut (fig 106, 185, 335 336, 339, cf Barhut, pl XVI-XVIII) Certaines esquissent pourtant des attitudes plus

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¹ Remarquons pourtant que le Mahavastu (III, p. 306 et suiv.) et le Lalitavistara (éd., p. 387 et suiv.; trad., p. 322 et suiv.) nomment déjà — il est vrai, dans un passage de caractère populaire et magique sur lequel nous aurons à revenir plus bas, p. 104 — huit decakumâri par point cardinal.

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FIG 335-336 — YAKṢIṆĪS (cf FIG 106) D'après une photogr de l'Archaeological Survey

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mutines et provocantes, en quoi elles ne font que rappeler, bien qu'avec moins d'impudeur les grâces minutieuses que leurs conpénères de Mathurā avaient déjà empruntées aux courtisanes du cru C'est ainsi que les nymphes des figures 337 et 472 consultent coquettement leur miroir pour ajuster leur pendant d'oreille, tandis que celles des figures 338 et 473 font savamment onduler leurs hanches sous prétexte de jouer avec l'oiseau familier perché sur leur épaule droite(1) Nous reviendrons tout à l'heure sur le contraste qu'offrent ces figures et qui est d'autant plus saisissant que ce sont évidemment des transpositions d'un même motif

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Peut-être sied-il encore ici de classer à part, pour l'amour de la musique, la fée qui joue de la vînâ sur la figure 339 bis, et d'y voir de préférence une Gandharvî (cf plus haut II, p 28 et fig 315) Du moins devons-nous en rapprocher aussitôt une des rares images féminines qui soient détachées (fig 340) Celle-ci pourrait même prétendre, semble-t-il, à une dénomination plus précise, en raison de son laksana, le luth, et de son vâhana, le lion Par le fait, M A Grunwedel a depuis longtemps proposé de l'identifier avec la déesse Sarasvatî A la vérité, il est le premier à faire ses réserves ce qui donnerait, selon lui, quelque vraisemblance a sa conjecture, ce serait beaucoup moins la place (en fait des plus minimes) que la grande Muse indienne occupe dans les anciens textes bouddhiques, que le rôle assez important qu'elle était appelée à jouer dans le panthéon mahâyânique, en sa qualité d'épouse du Bodhisattva Manjuçrî, dont elle posséderait déjà ici la monture favorite(2) A cette raison, qui a son prix, nous en ajouterions volontiers une autre, tirée du culte spécial dont, sous le nom de Çâradâ, elle a joui au Kaçmîr, où son image miraculeuse n'aurait été détruite qu'au xve siècle de notre ère(3) Mais avec la meilleure volonté du monde et en tenant le plus grand compte de ces minces

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Cf A M I, I 58 et 59 sur la figure 337 le miroir est monté sur un manche au lieu d'être tenu par une boucle comme sur la figure 472, on peut rapprocher de la femme de la figure 473 celle (aujourd'hui à Calcutta) qui sur la planche des A M I tient de la main gauche la cage de l'oiseau apprivoisé lequel s'enhardit également jusqu'à becqueter les fleurs de sa coiffure Ajoutons que d'après l'analogie de Barhut les piliers de cette balustrade nous paraissent appartenir à une « ancienne école » de Mathurâ, antérieure à l'influence gandhârienne et remontant au Ier ou IIe siècle av J C

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¹ *Bullh Kunst*, p 101, et éd anglaise (beaucoup plus catégorique dans l'affirmation) p 105 *Mythologie du Bouddhisme au Tibet*, p 154

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² *R jatarâgint*, trad M A STEIN, t II p 179 et suiv, et 287

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présomptions, il serait bien aventuré et surtout bien prématuré de pousser jusqu'au bout l'hypothèse (1). Tout ce que nous pouvons légitimement dire de cette image mutilée et connue à un unique exemplaire, c'est qu'elle représente une déité musicienne de

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[Figure: Fig 337-338 — YAKṢĪNĪS Museum für Völkerkunde, Berlin Hauteur : 0 m 35 Photogr communiquées par M. J. BESSAC]

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quelque réputation et de beaucoup d'avenir; mais si elle aspire visiblement aux honneurs de la vedette, pour l'instant elle n'a pas encore réussi à se dégager de la foule anonyme des figurantes.

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A côté de ces banales devatā, rarement édifiées et encore moins souvent édifiantes, à peine en pouvons-nous considérer quelquesunes comme celles-ci un un peu plus directement (cf I, p 434) ce sont d'ailleurs des divinités sensiblement du même ordre, c'est-à-dire en somme d'un rang peu élevé. Nous ne croyons pas qu'il faille en excepter Sthivart, la « grande déesse » Terre, dont le rôle demeure des plus subalternes quand, pareille à Gê, elle apparaît à mi-corps(1), c'est seulement pour rendre témoignage au futur Buddha (fig 200 b 341 et 401, cf I, p 398 et 407), voire même pour soulever les pieds de son cheval (fig 181, cf I, p 359-360). En pied ou en buste se montrent les deux nagara-devatâ qui personnifient les cités de Kapilvastu et de Câvastî; la première se désole du « grand départ » (fig 182, 184, cf I p 360), la seconde se réjouit du « grand miracle » (fig 459 b), mais toutes deux portent au front la couronne crénelée restée traditionnelle dans notre art(2). A côté de ces récentes créations d'une symbolique raffinée, les divinités des arbres — objet d'un culte immémorial(3), mais bien moins nettement caractérisées — « ne laissent voir que la moitié de leur corps ». Rappelons les dryades qui s'éplorent dans le feuillage des arbres du Parinirvâna (fig 276, 277, 279 cf I, p 562). Quant à la devatâ de l'arbre de la Bodhi (fig 199, 200, 401), nous hésitons à la citer, pour la raison que les monuments semblent incertains, tout comme les documents écrits, sur son véritable sexe(4). Toutefois d'après les textes postérieurs(5), ces divinités sylvestres

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Pour le même motif en Asie centrale cf A GRUNWEDEL Altb Klt Turk p 139
(1) Sur les nagara-devatâ, aux références indiquées plus haut I p 360 361 ajouter la Laksmi de Râjagriha (Buddha-carita x 9) la divinité résidente de Kanakâ et de Roruka (Divyâvadana p 295 et 377) la puradevata de la Bodh satt avadana Lalpalata xii 24 le puradeva du Mahavan sa xxv 87 etc
Cf H OLDENBERG Relg on du Veda (t al V HENRY) p 215 et suiv
Lalita vistara o i tantôt (éd p 278 et trad p 239) ces devata sont 4 dieux et tantôt (éd p 331 trad p 280) 8 déesses la Romant Leg dit « déva » (p 207 et 258) Remarquons que sur la figure 284 il semble bien aussi que nous ayons affaire à des dieux et non à des déesses
Ainsi dans l'Açokavadana la divinité qui hante l'arbre açoka de la Natvité est une devatanya (Divyâvadana p 390) et la dryade du Commentaire à la stance 223 du Dhammapada est mère d'un fils (WARREN Budhsn in translation p 430)

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sont bien sûrement des « jeunes filles » ou même des mères, et peut être devons nous soupçonner sous ce fait l'influence de l'art classique autant que l'action grammaticale du genie de *dei* *atd*

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FIG 339 — L'AVANT] [Figure: FIG 339 b — L'ARRIÈRE (1)

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Col. et m. des Guides à Mardin Hauteur 0 m 36

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D'après des photogr. de M. A. E. Cadi

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LES JUIFS — Si des fées nous passons aux simples mortelles, la première à arrêter nos regards sera sûrement la pseudo-Minerve de la figure 342. Le casque posé sur ses longs cheveux, la lance que tenait sa main gauche, son chiton tombant sur sa longue robe et serré par une ceinture au-dessous des seins, ses traits purs et charmants, ses formes élancées, l'air juvénile et fier répandu sur toute sa personne tout chez elle avait de l'onne heure exilé l'enthousiasme et réveillé les souvenirs classiques des amateurs anglo-indiens. Dans sa ferveur pour la jeune guerrière, Cunningham tenait qu'elle avait dû être jadis adorée dans quelque temple indien d'Athènè Promachos. Nous ne songeons certes à contester ni l'allure occidentale de cette figure, ni ses rapports évidents avec les Pallas ou les Artémis que portent au revers certaines monnaies d'Amyntas, de Mauès et d'Azès¹. Il ne faudrait pas toutefois s'exagérer ces ressemblances, ni non plus l'excellence du morceau dont les proportions sont loin d'être impeccables. Puis l'impitoyable analogie de figures beaucoup plus médiocres et qui sûrement n'ont jamais pu prétendre aux honneurs divins (fig. 343; cf. A. M. I., pl. 91, 2) la force à rabattre singulièrement de ses prétentions. Enfin l'examen des figures 149, 178-179, 447 (cf. A. M. I., pl. 127) nous contraint à la reconnaître, sa pique à la main, dans les fonctions très subalternes de gardienne des appartements intérieurs du palais. C'est elle, ou ses pareilles, qui veillent, en bonnes chambrières, sur le sommeil solitaire de Mâyâ, ou dorment en faction devant la chambre nuptiale du Bodhisattva. Et de même qu'elles ont gardé (d'ailleurs fort mal) le futur Buddha, ce sont elles encore qui, toujours appuyées sur leur lance, montent la garde auprès de ses reliques (fig. 289 et 291).

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¹ P. Gardner, *Cat.*, pl. XIV, 21 et XVIII, 4-5.

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Il n'est plus possible de nous y tromper : ce n'est qu'une Yavanî, une de ces jeunes filles « grecques » ou soi-disant telles, mais du moins recrutées dans les pays de l'Ouest, dont nous savons que les bateaux de la mer Rouge continuèrent longtemps à approvisionner les gynécées de l'Inde. Car nous sommes assez bien renseignés à la fois sur cette antique « traite des blanches », et sur le constant emploi de ces Amazones à la cour des râjas indiens². Les voyageurs chinois nous ont même appris que la coutume en avait été importée au Cambodge¹, et d'autre part nous avons des témoignages certains qu'elle subsistait encore dans l'Inde sous les Mogols. Quand on projeta dans l'entourage de Shâh-Jehân de se

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² Du côté grec, voir le *Périple de la mer Erythrée*, chap. 49; Mégasthène, Fragm. XXVII, Strabon, XV, 1, 55, du côté indien nous nous bornerons à renvoyer au *Théâtre indien* de M. Sylvain Lévi, p. 34, 126 et 349 — Cf. encore Cânakya Artha-çastra, I, 21, et la yutati de la Jataka-mâlâ, 28 (éd., p. 185,

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¹ Cf. la relation de Tcheou Ta-kouan, trad. PELLIOT, dans B. E. F. E.-O., II, 1902, p. 176, sur les « filles du palais » qui forment la « garde privée » du roi.

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FIG 340. — SARASVATI (?). Musee de Lahore, n° 77. Hauteur de la figure assise : 0 m. 23.

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débarrasser d'Aureng-Zeb, on comptait, nous dit Bernier², pour s'emparer de sa personne, sur ces « grosses femmes tartares » qu'on employait à la police intérieure du sérail. L'épithète s'appliquerait assez bien à la figure 343. Quant à notre figure 343, c'est bien vraiment une Yavanî; et puisque le nom et la chose se sont si longtemps conservés dans la littérature et les mœurs indiennes, nous ne pouvons mieux faire que d'emprunter au grand poète en prose que fut Bâna¹ sa description de la « gardienne de la porte » : « Le glaive qui, contrairement à la coutume des femmes, pendait à son flanc gauche, lui donnait une apparence à la fois terrible et charmante : telle une tige de santal à laquelle s'enroule un serpent. A voir les contours de ses seins, blanchis par une épaisse couche de fard, on l'eût prise pour la Gangâ céleste, au moment où l'éléphant Airâvata fait émerger les orbes de son front. Quand son image se reflétait dans les pierreries des aigrettes, on avait l'illusion de voir la Fortune royale en personne portée sur la tête des grands vassaux. Comme l'automne, elle était vêtue d'une blancheur de cygnes; comme le fil de la hache de Râma, elle avait à sa merci le cercle des princes; comme les pentes boisées des monts Vindhyas, elle portait une tige de rotin : elle semblait l'incarnation de la divinité tutélaire du royaume... » Le couplet est aussi flatteur que brillant, et, devant la statue de Lahore, nous n'en voudrions pas retrancher un mot : mais tout de même il ne s'agit dans les deux cas que d'une portière — ou, pour nous servir du terme plus noble usité en Antérique, d'une « janitrice ».

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² Histoire des Estats du Grand Mogol, éd. de Paris, 1671, p. 100, éd. d'Amsterdam, 1724, I, p. 88. trad., p. 260). — Signalons une Yavani avec lance et bouclier dans la crypte XVII d'Ajantâ (GRIFFITHS, pl. 59 et p. 36).

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¹ Kâdambarî, éd. des Bombay Sansk Ser., p 8

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LE COSTUME FÉMININ. — Si l'on met à part cette amazone très nettement caractérisée, la plupart des autres figures féminines se noient dans la monotonie d'un type commun. D'une manière générale on pourrait peut-être remarquer que, sur les morceaux où l'influence classique vient à faiblir, la prédominance du goût indigène tend à augmenter l'opulence des formes : il est édifiant de contraster par exemple, à ce point de vue, les figures 342 et 343. Pour le reste, du haut en bas de l'échelle, toutes les femmes se ressemblent et ont, à peu de chose près, même costume, même coiffure, mêmes bijoux. Sans doute ce serait trop demander à nos artistes que de créer des physionomies spéciales à l'usage de telle ou telle zélatrice célèbre ; mais on attendrait au moins d'eux qu'ils marquassent à grands traits quelques différences naturelles, comme par exemple celles de l'âge. Or nous avons beau voir

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FIG. 341. — LA DÉESSE TERRE. Musée de Lahore, n° 777. Hauteur : 0 m. 22.

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réunis sur un même bas-relief tous les membres d'une même famille (cf. fig. 233), nous ne percevons entre eux aucune distinction de ce genre. Passons encore condamnation sur ce point : nous avons déjà reconnu que les héroïnes de légende restent toujours jeunes et belles (cf. I, p. 488) et l'on nous avertit expressément que la mère adoptive du Buddha, Mahâprajâpatî, parut toujours avoir seize ans — l'âge de la floraison pour l'éphémère beauté des femmes indiennes(1). Du moins on ne pourra s'empêcher de trouver excessif que nous ne percevions pas davantage la moindre différence de condition sociale. On se rappelle comment nous avons été bien empêchés de décider, sur tel tableau de la « donation d'Âmrapâlî » (fig 245, cf I, p 490) laquelle des deux était la maîtresse et laquelle la servante. Si nous avons été plus heureux à propos des scènes de la Nativité (fig 152, 164 a), c'est que nous savions d'avance que Mâyâ courberait de la main droite la branche de l'arbre, que sa sœur la soutiendrait et que leurs suivantes porteraient « des cruches d'or, des éventails et des fleurs parfumées »(2) par ailleurs, princesses et esclaves sont toutes pareilles. Un peu plus loin, sur les figures 179 ou 447 (cf J I A I, 1898, pl 13, 1), l'œil même d'un époux hésiterait à reconnaître Gopâ (ou Yacodharâ) parmi les danseuses et les musiciennes de la cour, si sa place sur la couche nuptiale ne la distinguait aussitôt du troupeau des bayadères. Que la belle fille de la figure 168 soit bien la fiancée du Bodhisattva, ou qu'il faille y voir la fille du brahmane Mâkandika(3), elle est sûrement de bonne caste : il est d'autant plus surprenant que rien absolument ne différencie d'elle la Mâtangî de la figure 250. Sans doute cette ressemblance peut être plus apparente que réelle : il faut compter avec l'esprit de ressource des femmes et l'ingéniosité qu'elles déploient pour se donner à elles-mêmes et aux autres l'illusion d'être habillées comme tout le

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(1) Cf J A, juillet août 1908, p 163. Cet âge est resté traditionnel dans les descriptions des sadhana (Iconographie bouddht, 2e partie, p 66) — Toutefois nous verrons un peu plus bas des différences d'âge indiquées entre les donateurs par des différences de taille.
(2) Sutralankara, trad Ed Huber p 106, cf J I A I, 1898, pl 101, et I V I, pl 134, 1.

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(3) Divyavadana, p 515 et suiv, cf B E F E-O, VI, 1906 p 22 et plus bas, p 100 — En fait M H HARGREAVES a bien voulu nous faire savoir qu'il avait depuis retrouvé et rapproché la partie centrale du bas relief c'est bien le Bodhisattva qui s'y trouvait figuré, ce qui confirme définitivement l'attribution que nous avons proposée (I p 328) pour la figure 168. L'ensemble ainsi reconstitué est reproduit ci-dessous (fig 460).

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monde. Aujourd'hui encore, il n'est dans l'Inde si pauvre mendiante qui ne sache se draper dans ses haillons et ne charge son cou et ses poignets de colliers et de bracelets de verre : or, une fois reproduites en pierre, toutes les étoffes se valent et la verroterie joue l'or. Mais nos remarques n'en subsistent pas moins, et nous pouvons ajouter que la contagion de cette uniformité gagne jusqu'aux fées. Nous avons vu qu'on avait longtemps pu prendre une Nâgî pour la reine Mâyâ (II, p. 37); en revanche, sans les inscriptions de Barhut, nous n'aurions jamais tout à l'heure songé à découvrir des déesses dans de simples cariatides. Évidemment l'école ne disposait que d'un modèle idéal de beauté et de parures féminines qui lui servait à toutes fins. La constatation est sûrement regrettable au point de vue pittoresque; mais à quelque chose malheur peut être bon, en ce sens qu'il suffira d'une seule description pour l'immense majorité de nos images.

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D'après les modes de l'Inde du Nord, le costume des femmes se composait de trois pièces : une tunique à manches, une sorte de jupe drapée et un châle. Le châle se jetait en écharpe sur les épaules et les bras (cf fig. 335 et 378) : parfois l'un des bouts venait se rattacher à la ceinture (fig. 318-319). On remarquera sur la figure 179 que Gopâ l'a gardé pour se coucher; en revanche elle a ôté ce qui représenterait pour nous sa chemise. Celle-ci est particulièrement bien visible sur les figures 106, 319, 336 et 339, où il apparaît clairement qu'elle tombait au moins jusqu'aux genoux; c'est par exception qu'elle s'ouvre par devant sur la figure 335; mais il est extrêmement rare qu'elle soit absente (voir pourtant fig. 130). Seulement, il y avait deux manières de la porter, soit par-dessus la jupe drapée, soit par-dessous : c'est là au fond toute la différence qui existe entre les toilettes, d'ailleurs fort diverses d'aspect, des figures 139 et 140, 244 et 245, 318 et 319; les deux façons voisinent sur la figure 133 b. L'existence de cette tunique se décèle d'ailleurs dans tous les cas à celle des longues manches étroites, à peine relevées parfois de légers plissés (fig. 318, 374, etc.) Mais le vêtement le plus difficile à décrire, parce qu'il est le plus exotique, est celui qui était destiné en principe aux membres inférieurs. Tandis que la tunique était façonnée et cousue, le paridhâna, comme l'ancien costume grec, était une pièce d'étoffe rectangulaire, prise telle qu'elle sort du métier à tisser. En ceignant autour des reins l'une de ses lisières, elle forme une sorte de long jupon droit, qui est le sarong des Malais, si à présent on ramène l'un des pans entre les jambes et qu'on le passe dans la ceinture, on obtient la dhoti indienne ou le sampot cambodgien, c'est-à-dire quelque chose qu'on a souvent pu prendre à tort pour de larges pantalons bouffants. C'est ce que l'on voit clairement sur la figure 319 et généralement sur toutes celles qui ajustent leur dhoti directement sur le corps, c'est ce qu'une fois averti, on devine non moins aisément sur la figure 318, etc., où celle-ci est au contraire serrée à la taille par-dessus la tunique. Mais ce n'est pas tout : le paridhâna peut être suffisamment long pour que, les jambes vêtues, il reste de quoi couvrir le torse. Telle est encore la coutume pour les femmes du Dekhan qui s'habillent des pieds à la tête (à l'une de leurs épaules près), dans une seule pièce de cotonnade. Or il apparaît bien que cette mode n'était pas inconnue au Gandhâra. Dans les cas même où les femmes ne portent par exception que leur vêtement inférieur, on voit distinctement pendre ici par devant (fig 152), là par derrière (fig 261), un pan d'étoffe en surplus : ce sont ces pans que l'on utilisait ainsi qu'on le voit très nettement sur la noble poitrine de la figure 378, en les agrafant sur l'épaule gauche par-dessus la tunique. Il arrivait même (fig 375) qu'on se dispensât de celle-ci en gardant les bras et le sein droit à nu. Ailleurs (fig 377) c'est le châle qui semble au contraire supprimé. Dans ces deux cas (et cf encore fig 168), on a volontairement négligé d'arrêter le paridhâna à la taille, etc. On ne peut nous demander d'épuiser toutes les combinaisons qu'avait imaginées l'ingéniosité des femmes ; tout ce à quoi nous pouvons prétendre, c'est à discerner les élé- ments les plus constants sur lesquels leur coquetterie s'exerçait¹

v2.c14.s1.t5.34

¹ C'est ainsi par exemple que la fig 342 porte également les trois pièces du costume habituel seulement elle a martialement tordu son châle autour de sa taille Cf Mémoires concernant l'Asie orientale, I p 126

v2.c14.s1.t5.35

[Figure: FIG 342 343 — YAVANÎS Fig 342 Musée de Lahore, n° 7 Hauteur 0m 83 Fig 343 Musée de Lahore, n° 2284 (Sikri) Hauteur 0m 19]

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Parmi ces derniers nous ne saurions omettre de noter encore les parures, — et, pour commencer, la plus intime et la plus indienne de toutes : nous voulons parler de la ceinture d'orfèvrerie qui épousait le contour des hanches, assemblage compliqué de chaînettes, de plaques, voire même de clochettes(1), dont l'usage s'est propagé du bassin du Gange au Turkestan. Dans l'Inde du Nord on y ajoute volontiers comme pendentif une feuille de vigne(2). Le tout se portait parfois par-dessus le vêtement (fig. 106, 244, 335-336), mais le plus souvent par-dessous(3), et formant en ce cas un renflement fort disgracieux (fig. 375; cf. 168, 245, etc). Nous en dirons autant des lourds anneaux, ordinairement doubles (voir notamment fig. 162, 244, 318-319, 336 et 377), qui chargent les chevilles. Les autres bijoux, pour être plus familiers aux dames européennes, ne sont pas toujours de meilleur goût; mais du moins il suffira de les énumérer rapidement. Ce sont des bracelets, rares aux bras, constants aux poignets. Ce sont deux sortes de colliers : les uns souples et faits tantôt d'un seul rang de perles (fig. 318, 335-336), tantôt d'un amas de chaînettes ou de grains enfilés (fig. 374-378, etc.); les autres rigides et plats, sans doute incrustés de pierres précieuses, et qui se cumulent avec les premiers. Ce sont encore de grosses boucles qui distendent démesurément le lobe des oreilles. Ce sont enfin les diadèmes qui surmontent régulièrement le front. Ils affectent ordinairement la forme d'une grosse couronne laurée(4), ornée sur le devant d'un fleuron et posée à plat sur les cheveux. Ou bien une partie de ceux-ci se relève en chignon à l'intérieur du diadème (fig. 374-377, 382-385, etc.), tandis que

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(1) Pour la forme de ces clochettes, cf ci-dessus fig 98 et 151.

v2.c14.s1.t5.38

(2) Cf M. A. STEIN, Anc. Khotan, pl II, et A. GRÜNWEDEL, Deutsche Litteraturzeitung, 7 mars 1908, p. 587; Altb Kult. Turk., fig. 280 On trouve des détails de ceintures chez CUNNINGHAM, Barhut, pl LI.

v2.c14.s1.t5.39

(3) Ceci était la règle. Cf le Mahabharata, III, 112, 4: dans sa description des femmes, qu'il vient d'apercevoir pour la première fois de sa vie, le novice Risyasringa dit «qu'une ceinture d'or brille sous leur vêtement» (cirantatah prabhati hiranmayi mekhala).

v2.c14.s1.t5.40

(4) M. le Professeur A. GRÜNWEDEL, qui les a retrouvées au Turfan (Idikutschari, p. 48 et pl I, 1; IV, 3), les compare fort ingénieusement à ces bourrelets ronds, en paille tordue ou tressée, dont les femmes de l'Inde et d'ailleurs se servent pour porter des fardeaux sur la tête.

v2.c14.s1.t5.41

Le reste retombe en tresse sur la nuque (fig 378, cf la danseuse vue de dos au premier plan des figures 179 et 447) ou bien ils se roulent en pyramide sur le sommet ou le côté de la tête (fig 162, 234, 244) mais dans les deux cas, les tresses comme les torsades sont maintenues par des réseaux de filigrane et de perles (muktā-jāla)

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L'effet d'ensemble de tous ces atours est, il faut l'avouer, plus curieux qu'esthétique, et mieux fait pour piquer la curiosité de l'ethnographe que pour ravir d'admiration les esthètes. Sans vouloir écraser les productions de l'école gandharienne par le rappel de chefs-d'œuvre classiques, on ne peut du moins s'empêcher d'opposer à ses beautés indigènes, déparées par tous ces soi-disants ornements, la noble simplicité de telle des figures qu'elle a imitées de l'antique (fig 131, 339, 379, 386) et où il semble que ses clientes auraient pu prendre une leçon de goût. Du moins, sous cette influence, se sentent elles davantage conformées à notre goût européen : c'est tout ce que nous voulions dire. Mais admettons que nous soyons sur ce point meilleurs juges que les intéressées elles-mêmes : encore ne faudra-t-il pas oublier que c'est leur tort que d'instituer uniquement la comparaison entre leurs robes et leurs coiffures et celles qui respirent encore une grâce toute hellénique. Il siérait de regarder également de l'autre côté, c'est-à-dire vers l'Inde propre, et nous constaterions aussitôt que cette fois le rapprochement leur est aussi favorable que tout à l'heure il l'était peu. D'abord, elles ne sont pas outrageusement décolletées comme leurs sœurs de Barhut, de Sânchi ou de Mathurâ (fig 472 et 473). Celles-ci se contentent d'un paridhâna de mousseline et se dispensent même fréquemment de l'écharpe pour ne revêtir leur torse que de bijoux : à ce costume plus que sommaire, les femmes de l'Inde du Nord plus chastes, — plus frileuses aussi, et pour cause — ont ajouté la tunique. En même temps et pour les mêmes raisons elles ont adopté des étoffes plus épaisses, apparemment de laine, à travers lesquelles le corps transparaît moins et qui se drapent mieux. Que ce soit pour des raisons de pudeur ou de confort, elles finissent ainsi par prendre à nos yeux un air de plus en plus comme il faut. Ce sont à présent — car tout est relatif — les femmes du bassin du Gange qui nous font à côté d'elles l'effet de véritables sauvagesses. Du moins les nôtres ne sont pas tatouées(1) ! Et ainsi nous ne sommes pas seulement amenés à leur rendre meilleure justice : nous croyons encore retrouver, jusque dans les modes féminines, ce même caractère de compromis entre l'Inde et l'Occident qui a dû se marquer, comme dans l'art, dans toutes les manifestations de la civilisation gandhârienne.

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(1) Sur le tatouage des femmes à Barhut, cf CUNNINGHAM, Barhut, pl. LII et p 39 Il ne faudrait pas se méprendre sur la nature de l'ornement que porte au front notre figure 375 : c'est une ferronnière (cf. le dessin de J L KIPLING [le père du romancier] reproduit dans Buddhist Art in India, fig 55 et les remarques de M É SENART dans le J A , février-mars 1890, p 142 143)

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