L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v3.c16.s1.24
L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v3.c16.s1.24
- Language
- French
v3.c16.s1.24
Que tout dans ces récits ne soit pas de pure fantaisie, nous avons au moins une raison sérieuse de le penser. On sait que, soucieux de faire régner l'ordre moral dans son vaste empire, Açoka a pris soin d'afficher un peu partout, gravées sur des parois de rocher assez grossièrement épannelées ou sur des piliers merveilleusement polis, des proclamations où il recommandait à ses peuples la pratique de la vertu. Or deux de ces inscriptions ont justement été retrouvées, l'une au cœur même du Gandhâra, près du village actuel de Shâhbâz-Garhì (le Po-lou-cha des pèlerins chinois), et l'autre dans son voisinage immédiat, mais sur la rive opposée de l'Indus, à Mansehra, un peu au Nord de Taxile. Ces deux authentiques épaves des curieux *tracts* sur pierre du royal prédicant présentent un caractère commun et qui suffit à les distinguer de toutes celles qui ont survécu par ailleurs dans le reste de l'Inde, des sources du Gange au Maïsour et du Goujerate à l'Orissa : elles sont les seules à être écrites de droite à gauche et à employer, au lieu de la *brâhmî* indienne, une variété de l'alphabet araméen, connue sous la dénomination quelque peu conventionnelle de *kharoṣṭhî*, et apparemment introduite dans les provinces riveraines de l'Indus, au temps de la domination achéménide, par les scribes à la solde des satrapes perses(1). Le détail est à retenir : peut-être n'est-il pas non plus indifférent de faire une autre remarque. Ces deux inscriptions s'accordent à mettre en vedette, la première en lui attribuant un bloc spécial, la seconde en lui abandonnant toute une face du rocher, le douzième des treize ou quatorze édits, celui justement qui recommande aux sectes une réciproque tolérance (2). Cette précaution s'accorderait bien avec le fait que la région venait seulement de s'ouvrir à la propagation de la foi bouddhique.