L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v3.c16.s1.39
L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v3.c16.s1.39
- Language
- French
v3.c16.s1.39
légendes et à y créer des pèlerinages. Nous avons déjà dit comment les voyageurs chinois y avaient trouvé transplantés quantité de contes édifiants évidemment originaires de l'Inde centrale¹. Quelques-uns visent des interventions du Maître en personne : d'après les moines du cru ce n'était plus près de Râjagṛiha, c'était à une étape au nord de Puṣkarâvatî — là même où les vestiges de cette superstition subsistent encore aujourd'hui² — que le Bien-heureux avait converti la terrible ogresse de la variole. Il semble d'ailleurs que ces tournées (fût-ce par la voie des airs!) du Buddha dans l'Inde du Nord-Ouest, si loin du théâtre ordinaire de ses prédications et de ses miracles, cadraient trop mal avec les données connues de sa biographie pour rencontrer dès l'abord beaucoup de créance. On se rabattit de préférence sur les innombrables vies antérieures au cours desquelles il avait mis le comble à toutes les perfections. C'est ainsi que les résidants des divers couvents voisins de Shâhbâz-Garhî s'étaient partagé, en les adaptant fort heureusement aux accidents pittoresques du paysage, les divers épisodes du roman de Viçvantara, ce monomane de la charité : le tour avait même été si élégamment joué que Song Yun applique de bonne foi au site gandhârien les descriptions des saintes écritures³. D'autres monastères s'étaient pour ainsi dire spécialisés, soit dans la touchante histoire du jeune ascète Çyâma, seul soutien de ses parents aveugles⁴, soit dans la galante aventure du ṛiṣi Êkaçṛinga, que les séductions d'une courtisane réduisirent au rôle de bête de somme(1): toutes deux avaient été également transportées, par l'opération magique de la foi, des pentes traditionnelles de l'Himâlaya central jusqu'au pied des collines du Nord-Ouest. Il serait inutile de multiplier les exemples, d'autant que tous ces curieux transferts nous sont déjà connus : mais peut-être en saisissons-nous mieux à présent la portée, et pouvons-nous en tenter l'explication qu'au début nous nous étions bornés à promettre.