L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v3.c16.s1.55
L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v3.c16.s1.55
- Language
- French
v3.c16.s1.55
Le filon historique que nous suivons — et que nous croyons devoir suivre dès à présent jusqu'au bout — est encore loin d'être épuisé. Il nous apparaît vite que la sainteté du pays avait fini par rejaillir sur les habitants : bien entendu nous parlons toujours au point de vue bouddhique. On sait en quelle médiocre estime l'Inde en général et les gardiens attitrés de son orthodoxie en particulier, dans leur sainte horreur du mélange des castes et des races, tenaient les pays frontières(1). Le mépris des brahmanes n'épargnait même pas leurs congénères : rappelons-nous avec quelle désinvolture le Mahâbhârata et la Râjataranginî(2) parlent de ceux du Gandhâra ! Il faut lire, au contraire, quelle considération Açvaghoṣa, bien que lui-même originaire de l'Inde gangétique(3), affiche pour les gens du haut-pays. Ce n'est qu'un jeu pour un simple marchand du Gandhâra, appelé à Mathurâ par ses affaires, de réduire au silence et même de convertir des brahmanes de l'endroit. L'admiration de ces derniers, d'autant plus flatteuse qu'elle est mise dans la bouche d'opiniâtres adversaires, s'étaie sur un calembour étymologique dans le goût indien(4) : « Savoir supporter cette terre, — voilà ce qui s'appelle un vrai héros; — le plus illustre parmi les héros — est vraiment l'homme du Gandhâra. » Bien prit sans doute à la gloire de Kaniṣka qu'il ait compté un pareil pays parmi ses domaines. Jusque dans la fabrication de son cycle légendaire nous retrouvons, plus active que jamais, cette manie de tout faire à l'instar du Madhyadêça, que nous avons déjà vue à l'œuvre dans la dédication des monuments. L'Inde centrale avait eu son grand empereur bouddhique en la personne d'Açoka : il fallait que l'Inde du Nord eût aussi le sien, dût-elle se contenter d'un barbare. Après tout, l'instinct de l'Église ne se trompait pas absolument : il y avait bien au fond un rapport des plus intéressants pour elle entre l'homme qui lui avait livré l'Inde et celui qui lui avait ouvert la Haute-Asie. Qu'ils l'aient voulu ou non, tous deux ont été à leur heure les principaux artisans de cette prodigieuse transformation qui, d'une obscure secte indienne, perdue entre bien d'autres et déjà toute travaillée de schismes, fit l'une des
Cites (2)
- Rājataraṅgiṇī — Kalhaṇa, Sanskrit
- Mahābhārata — Vyāsa, Sanskrit