L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v3.c16.s1.7
L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v3.c16.s1.7
- Language
- French
v3.c16.s1.7
Parenthèse sur la peinture. — On ne saurait douter, en effet, que le répertoire des peintres n'ait été au moins aussi étendu et aussi varié que celui des sculpteurs; et rien d'ailleurs ne prouve que plus d'un de nos artistes n'ait manié tour à tour, et avec la même aisance, le pinceau, le ciseau et l'ébauchoir. Assurément il se marque chez les vieux traités de discipline une tendance déjà toute puritaine — ou, si l'on préfère, toute musulmane — à prohiber les représentations d'hommes ou de femmes pour ne tolérer sur les murs des cellules monastiques que de simples motifs décoratifs : mais un passage du Lotus de la Bonne Loi prouverait clairement, s'il en était besoin, qu'artistes et donateurs n'avaient pas reculé devant la figuration du Maître lui-même ¹. Bien d'autres témoignages écrits nous entretiennent d'images de piété ou de scènes de légende : seulement c'est ailleurs qu'au Gandhâra que nous devons en chercher la confirmation figurée. Pour rencontrer une de ces « Roues de la transmigration » qui, selon le Divyâvadâna, étaient reproduites sur la paroi du vestibule à l'entrée de tous les monastères, il nous faut descendre jusqu'au fragment qui en subsiste encore sous l'une des vérandas d'Ajaṇṭâ ². De même, nous avons dû attendre les fouilles heureuses de Sir Aurel Stein dans les parages désertiques du Lob-nor pour retrouver un reflet du pathétique tableau représentant le Viçvantara-jātaka, que Song Yun a encore vu au Gandhâra et qui, nous assure-t-il, arrachait des larmes même aux barbares ³. Mais c'est l'une des trouvailles faites par MM. Grünwedel et von Le Coq sous les décombres des temples du Turfan, qui nous apporte peut-être la vérification de toutes la plus inattendue. Hiuan-tsang nous raconte en passant qu'il y avait sur le côté Sud de l'escalier Est du stûpa de Kaniṣka, près de Pèshawar, une image peinte du Buddha, naturellement haute de seize pieds (1), et qui présentait cette particularité de se scinder en deux au-dessus de la ceinture. Bien entendu, sur ce cas extraordinaire une légende s'était greffée. Un peintre, racontait-on, à qui deux pauvres donateurs avaient payé chacun une pièce d'or, n'avait exécuté qu'une seule figure sur leur double commande; et comme ses clients en demeuraient un peu interloqués, soudain le torse de l'image se dédoubla miraculeusement pour la justification de l'artiste et l'exultation des fidèles. On eût peut-être découvert sans trop de peine à ce phénomène artistique une explication plus rationnelle : la plus simple paraît d'admettre qu'après la réfection des peintures qui décoraient la paroi gauche de cet escalier, la partie supérieure d'une ancienne image avait reparu par transparence sous le nouveau badigeon. Mais peu importe : le point intéressant est que sur les bannières qui pendaient jadis aux voûtes des temples du Turkestan et qui se sont conservées jusqu'à nous sous une couche protectrice de terre, on a déjà retrouvé deux reproductions de l'image miraculeuse de Pèshawar avec son double corps enté sur une seule paire de pieds (2).
Linked texts (4)
- Cullavagga — Pāli
- Divyāvadāna — Sanskrit
- Saddharmapuṇḍarīkasūtra — Sanskrit
- Ajanta