L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v3.c16.s2.t4.1
L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v3.c16.s2.t4.1
- Language
- French
v3.c16.s2.t4.1
Interprété selon les règles de la critique, le reliquaire de Kaniṣka (pl. VI) n'atteste pas seulement le niveau assez élevé auquel, en dépit d'une stylisation déjà marquée, se maintenait l'art gandhârien vers la fin du 1er siècle de notre ère : il rejette encore après lui une partie considérable de l'œuvre de l'école. Que sont en effet, en vertu même des principes que nous venons de poser, les sculptures postérieures au 1er siècle? La réciproque étant vraie, ce seront d'abord toutes celles : 1° où le manteau du Buddha découvre son épaule droite et les plantes retournées de ses pieds; 2° où il adopte, quand l'occasion l'y invite, le geste désormais fixé de l'enseignement; 3° où l'individualité des assistants s'efface en raison même de leur multiplicité; 4° où le personnage central occupe un espace démesuré dans le panneau. Or ces traits caractéristiques se retrouvent sur des ensembles nullement négligeables. Nous attribuerons, par exemple, au IIe siècle au plus tôt, en raison de l'article 4, les bas-reliefs du stûpa de Sikri (fig. 73, etc.); de l'article 3 et 4, ceux du stûpa de Loriyân-Tangai (fig. 213, 220, 233, 271); de l'article 1, le Buddha de la figure 481; des articles 1 et 2, celui de la figure 482; des articles 1 à 4, les stèles des figures 79 et 459, etc. Ce n'est pas tout : ainsi que nous l'avons déjà fait remarquer ci-dessus, si la présence et surtout la simultanéité de ces caractères donnent à penser que l'œuvre est déjà postérieure à Kanişka, l'absence de tel ou tel entre eux ne prouve pas *ipso facto* qu'elle lui soit antérieure. On a sûrement exécuté au cours du IIe et du IIIe siècle, à côté de morceaux dont certains détails marquent la relative nouveauté, quantité d'autres qui ne sont que la reproduction servile des vieux modèles. Le Buddha central de la figure 484, par exemple, est, à la facture près, la copie exacte d'un Buddha du Ier siècle : l'aspect général de la stèle, comme la série de compositions dont elle fait partie, exige néanmoins qu'on lui assigne une date beaucoup plus basse. Nous aurons à revenir une dernière fois sur ce point¹. Ce qu'il importe de bien mettre en lumière dès le seuil de ce sous-chapitre, le voici : la période que nous abordons a fait fructifier une part encore extrêmement considérable — bien qu'à nos yeux moins importante — de la récolte gandhârienne, peut-être même la plus grosse part de ce qu'il nous a été donné jusqu'ici de recueillir. Il ne faut pas qu'il y ait de méprise sur notre pensée. Si nous avons placé la pleine floraison de l'école au Ier siècle de notre ère, nous n'entendons nullement par là que dès le IIe elle ait vu diminuer sa productivité. Les prodromes d'un lent déclin ne sont pas synonymes d'arrêt ou d'inertie. Nous estimons seulement qu'avec l'époque de Kanişka la période créatrice de types et de motifs est à peu près achevée. Désormais l'école ne fera plus guère que rabâcher. Mais le rabâchage est ce que les Bouddhistes craignent le moins; et ainsi rien n'empêche que pendant deux ou trois siècles ils n'aient prolongé sans se lasser, dans leur art comme dans leur littérature, cette même sorte de stérile fécondité.