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L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v3.c16.s2.t4.59

L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v3.c16.s2.t4.59

Language
French

v3.c16.s2.t4.59

Les raisons tirées de l'histoire de l'art. — Ces événements politiques ne pouvaient manquer d'avoir leur répercussion sur l'art comme sur le commerce. On voit qu'ils tendent tous à entraver les échanges entre le monde gréco-romain et l'Inde. Mais les fossés qui se creusent ou les obstacles qui se dressent sur les grandes voies de communication ne suffisent pas seuls à expliquer la baisse du niveau artistique dans telle ou telle province. Si le flot qui entraînait les praticiens d'Égypte ou d'Asie Mineure vers la « Gandaritis » et continuait à alimenter l'école, ne coule plus que chichement et va bientôt s'arrêter, c'est moins à cause des difficultés du chemin qu'en raison du fait que lui-même était déjà menacé de tarir dans sa source. Là gît, croyons-nous, la vraie solution du problème. Pour justifier l'irrémédiable décadence comme l'étonnante floraison d'un art à demi importé, tel que celui du Gandhâra, il suffit que notre art classique ait cessé d'être à partir du IIIe siècle ce qu'il n'avait commencé de devenir qu'à partir du Ier : un article d'exportation, artistes compris. Le parallélisme si curieux que nous avons cru relever entre les monuments religieux de l'Inde et de l'Asie antérieure, se répète dans l'histoire générale des beaux-arts. De ce point de vue, il nous apparaît nettement que la branche gréco-bouddhique, si lointaine qu'elle fût, a simplement partagé les vicissitudes du tronc commun, les mêmes par lesquelles passe vers ce même temps la branche gréco-chrétienne. Pourquoi, demande M. de Rossi¹, l'ancien art chrétien a-t-il surtout prospéré sous les empereurs hostiles, au plus fort des persécutions, pour décliner au temps de Constantin, alors que tout semblait devoir favoriser son expansion ? — Pourquoi, serions-nous tentés de demander à notre tour, la sculpture bouddhique du Gandhâra, après avoir attendu pour s'épanouir que le royaume grec du Penjâb eût passé aux mains des Barbares, est-elle tombée en décadence au moment même où le développement mythologique du Mahâyâna et la conversion de toute l'Asie orientale lui ouvraient un champ presque illimité? Les questions sont, on le voit, assez exactement parallèles : la même réponse vaut aussi dans les deux cas. Les raisons de ces faits surprenants résident tout uniment, d'une part dans la condition florissante de l'art gréco-romain au Ier siècle de notre ère, de l'autre dans la pénurie de la main-d'œuvre artistique qui fut l'une des conséquences de l'appauvrissement économique de l'Empire à partir du IIIe siècle.