L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v3.c17.s1.25
L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v3.c17.s1.25
- Language
- French
v3.c17.s1.25
Cette fois on nous offre de faire la preuve d'une influence autrement intime et profonde. La transformation artistique qui s'est produite dans l'Inde dès le IIe siècle, au premier contact de la civilisation grecque, ne s'est pas bornée, comme nous avions cru pouvoir le soutenir (1), à la substitution, dans les fondations religieuses et royales, de la pierre au bois. Les vieux *rûpakaraka* n'ont pas seulement changé de matière, mais aussi de manière. Ainsi le « paradoxe » de l'ancienne école bouddhique trouve sa solution, sans qu'il soit besoin de recourir à l'hypothèse, qu'aucune fouille n'a vérifiée, d'un long développement artistique antérieur. On ne comprendrait même pas autrement que cette école s'attaquât d'emblée à des sujets si évidemment au-dessus de ses moyens et que ses productions pussent associer une conception si savante à tant de maladresse dans l'exécution. On peut suivre d'ailleurs de Bodh-Gayâ à Barhut, de Barhut à Sânchi, de Sânchi à Amarâvatî, les rapides progrès accomplis, toujours dans le même sens et sous l'action de la même influence. A chaque fois la facture se fait plus experte, la composition plus complexe, et les figures se dégagent plus librement de la pierre où elles dormaient emprisonnées. Mais dès lors — et c'est là surtout ce qui nous intéresse ici — il n'y a plus à proprement parler entre l'école du Gandhâra et celle de l'Inde centrale, en dépit du contraste qu'elles présentent aux yeux, qu'une différence de degré et non de nature. Plus distante des sources et née sur un terrain moins bien préparé que le Nord-Ouest, celle-ci atteste simplement un état moins avancé de pénétration ou, si l'on préfère, d'imprégnation hellénistique. C'est pourquoi elle persiste, par exemple, si longtemps dans le vieil usage traditionnel de ne pas figurer le Buddha; ou encore elle s'obstine parfois à se servir du procédé primitif de perspective qui superpose verticalement les moments successifs d'une scène au lieu de les dérouler horizontalement sur une frise. Mais, tout compte fait, l'une et l'autre procèdent d'un même développement. Si l'on voulait représenter en couleur sur la carte de l'Inde ancienne l'aire de l'influence classique, il faudrait désormais promener le pinceau sur tout le Nord et le Centre, de Pêshawar à Amarâvatî : seulement la teinte, formant tache au Gandhâra, encore assez foncée à Mathurâ, irait s'éclaircissant graduellement jusqu'aux confins orientaux de la péninsule.