L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v3.c17.s1.27
L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v3.c17.s1.27
- Language
- French
v3.c17.s1.27
LES ARTS BRAHMANIQUE ET JAINA. — Il resterait cependant aux partisans déterminés de l'indépendance de l'art indien, une dernière ressource : ce serait d'abandonner le camp décidément indéfendable, et d'avance livré à l'étranger, de l'art bouddhique pour se retrancher dans les citadelles de l'art brahmanique ou jaina. La secte des Jaïns, sûrement moins ouverte aux influences extérieures, et la caste des brahmanes, jalouse gardienne du génie national, auraient mieux sauvegardé dans leur art religieux les traditions indiennes. A la vérité, nous n'avons conservé de l'ancien art brahmanique que de rares indices. C'est tout juste si nous avons retrouvé sur des monnaies ou des intailles du Nord-Ouest quelques-unes de ces figures à têtes et bras multiples, qui sont pour les Européens les représentants attitrés du panthéon hindou¹. Nous donnerions volontiers, comme nous l'avons entendu dire à Bühler, une demi-douzaine des nombreux couvents bouddhiques exhumés par les fouilles, pour un seul temple brahmanique, ne daterait-il que des environs de notre ère. En ce qui concerne l'art jaina, nous sommes un peu mieux partagés, sinon au Gandhâra, où nous en avons vainement cherché des vestiges, du moins à Mathurâ. Là le tertre dit Kaṅkâlî Ṭilâ nous a notamment rendu les débris d'un important édifice jaïn² et de sa décoration. Or que constatons-nous dès l'abord? Seulement l'embarras où nous sommes devant nombre de ces fragments pour les distinguer des œuvres bouddhiques contemporaines. Tant qu'il s'agit d'un motif floral ou animal, réel ou mythique (cf. fig. 94), voire même de déités populaires communes à tous les Indiens comme les Nâgas ou les Yakṣas des deux sexes, à commencer par le couple tutélaire (cf. fig. 595), le fait n'a rien de trop surprenant. Il est déjà curieux qu'il en soit de même pour nombre de sujets religieux, tels que l'adoration du turban ou du vase à aumônes du Maître. Mais le plus fort, c'est que les figures du Jina, quand elles font enfin leur apparition sous les Kuṣaṇas (fig. 596), reproduisent les proportions et les attitudes du Buddha. Comme le fait remarquer Hiuan-tsang, « les signes de beauté sont absolument les mêmes »; et vraiment l'on s'explique qu'à son point de vue de dévot bouddhique, il n'ait pu s'empêcher de crier au plagiat.