L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v3.c17.s1.3
L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v3.c17.s1.3
- Language
- French
v3.c17.s1.3
ancienne, de l'Inde centrale. Aussi bien, de ce côté, depuis que s'est publiée la première partie de notre étude, il y a quelque chose de changé. Jusqu'ici, avec une partialité bien excusable, les indianistes s'efforçaient de remonter autant que possible — en fait aussi près que l'on osait du règne d'Açoka, au milieu du IIIe siècle a vant notre ère — les sculptures qui décorent les entourages des vieux stūpa du bassin du Gange. D'autre part ils inclinaient à faire descendre les débuts de l'art gréco-bouddhique jusqu'après notre ère et à les rapporter au règne (parfois rabaissé jusqu'au IIe siècle après J.-C.) de Kaniṣka. Une sorte d'instinct les avertissait qu'élargir l'intervalle entre les deux écoles était le meilleur moyen de sauver ce qu'ils pourraient de l'originalité artistique de l'Inde — comme si l'Inde n'avait pas par ailleurs assez d'originalités diverses pour sacrifier au besoin celle-là sans en être autrement diminuée... Malheureusement les faits ne se sont pas crus tenus de favoriser ce pieux dessein et ont exercé en sens inverse leur irrésistible poussée. Des inscriptions ont définitivement ôté à Açoka la balustrade de Bodh-Gayâ pour la rapporter au temps des rois Brahmamitra et Indramitra¹, membres ou contemporains de la dynastie des Çuṅgas (184-72 av. J.-C.). La mention de ces mêmes Çuṅgas sur un jambage de Barhut ne suffit pas à garantir que la balustrade du vieux stūpa appartienne tout entière au IIe siècle, tandis que celle, non moins vague, des Çatakarnis sur la plus ancienne porte de Sânchi (celle du Sud), ne saurait empêcher ni elle-même ni, à plus forte raison, les autres, de descendre jusqu'aux environs de notre ère. Dans le même temps, par un mouvement exactement opposé, sous l'action combinée des découvertes nouvelles faites au Gandhâra comme en Sérinde et d'une comparaison plus serrée entre les sculptures et les monnaies, les débuts de l'école gréco-bouddhique remontaient sous nos yeux de la domination des Kuṣaṇas à celle des Çaka-Pahlavas pour se rattacher de proche en proche aux derniers des grands dynastes grecs du Penjâb, à la fin du IIe siècle avant J.-C. Ainsi, l'intervalle entre les deux écoles ne tend pas seulement à se rétrécir, mais à s'abolir, et les voilà devenues en partie contemporaines.