L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v3.c17.s1.44
L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v3.c17.s1.44
- Language
- French
v3.c17.s1.44
qu'il conviendra d'y assigner à l'école du Gandhâra. Si vraiment le style Gupta n'était que la renaissance de l'art originel de l'Inde, l'intruse se trouverait écrasée comme une noix — disons mieux, comme un calcul étranger à l'organisme — entre les branches de cette formidable pince. Et c'est bien là, au fond, à quoi tendait toute la théorie. L'influence classique ne serait plus dès lors qu'un épisode, fâcheux, certes, mais passager, une sorte d'intoxication promptement éliminée. Et que son action ait fini par s'épuiser, au moins en apparence, nous l'avons reconnu et même exposé¹ : mais nous tenons qu'au lieu d'avoir été un poison, elle a été un aliment, en d'autres termes qu'elle a été bien plutôt assimilée qu'éliminée. Non seulement l'Inde a moins perdu que gagné à ce contact avec la civilisation grecque, mais son originalité n'en a pas été plus compromise que ne l'est notre personnalité humaine par la nourriture que nous absorbons. Elle n'a fait qu'y puiser des moyens de mieux se réaliser et s'affirmer elle-même, car elle avait déjà su se créer une individualité propre entre toutes les nations. Il n'y a ni inconvénient ni déshonneur à faire quelques emprunts de forme, dès qu'on a un contenu nouveau à y verser. Les Grecs eux-mêmes n'ont-ils pas été d'abord à l'école de l'Orient et leur art n'a-t-il pas reçu des Égyptiens et des Assyriens l'étincelle de vie² ? Il n'en ressemble pas moins à aucun autre : et, en définitive, il en est de même de l'art indien. Cela est visible pour les productions de l'Inde centrale, aussi bien à l'époque des Çungas que des Guptas : en dépit des attaques passionnées, et par ailleurs maladroites, d'une esthétique nationaliste, nous irons jusqu'à soutenir que cela est vrai de l'école du Gandhâra. Son œuvre n'est pas simplement du gréco-romain de second ordre, c'est déjà une fleur du sol indien. N'y avons-nous pas tout de suite discerné, dans l'arrondissement des formes, dans l'atténuation des muscles et bientôt des draperies, dans l'orientalisation des visages, les tendances qui allaient faire de l'école du Madhyadêça l'expression la plus pure du génie indigène³ ?