L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v3.c17.s1.8
L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v3.c17.s1.8
- Language
- French
v3.c17.s1.8
préparé les voies à l'action beaucoup plus étendue et profonde des Indo-grecs. Et sans doute, même à l'époque de ces derniers, il y avait un bon bout de chemin entre la Bactriane ou le Penjâb et l'Inde centrale : mais il va de soi que la distance oppose aux rapports réciproques une barrière singulièrement moins efficace que le temps. Il n'y a que les morts avec qui les vivants ne se rencontrent pas. Les communications à travers les plaines unies et policées du bassin du Gange étaient des plus faciles. D'ailleurs les témoignages précis s'enchaînent depuis l'ambassade de Mégasthène à la cour de Candragupta, en passant par les relations de Bindusâra et d'Açoka avec les successeurs d'Alexandre, jusqu'aux incursions, en plein cœur du pays, d'Apollodotos et de Ménandre, pour finir par l'installation de satrapes parthes plus ou moins hellénisés. Faut-il d'autre part rappeler, après les raisons politiques, les preuves artistiques de ces relations continues? Le lecteur n'a peut-être pas oublié l'existence dans l'ancienne école indigène de motifs persans (palmettes, lions ailés, griffons, etc.), non plus que de ces centaures, ces tritons, ces atlantes, etc., qui sont autant d'emprunts au bagage décoratif de l'art grec¹. Ces deux séries de faits ne sont plus contestés par personne. Il ne manquait pour leur donner toute leur valeur et dégager tout leur potentiel historique que de trouver entre elles un point de contact précis. L'étincelle a jailli du jour où une heureuse découverte de Sir John Marshall nous a rendu l'inscription gravée sur le pilier de Besnagar. Érigé près de l'antique Vidiçânagara, non loin de Sânchi, par Héliodore, fils de Dion, natif de Taxile et envoyé d'Antialkidas, ce monument, « montre clairement comment vers le milieu du IIe siècle avant notre ère, l'influence grecque, partie du royaume gréco-bactrien du Nord-Ouest, pouvait pénétrer dans les États hindous de l'Inde centrale² ». Cette possibilité, sitôt démontrée, achève sous nos yeux de jeter un pont entre les deux écoles — d'ailleurs par tant de côtés si différentes — que, d'une part, la propagande boudhique sur les confins septentrionaux, de l'autre, la pénétration hellénistique dans le centre de la péninsule, allaient développer quasi simultanément, ici comme là. Dès lors, le contraste entre leurs productions ne peut plus s'expliquer par un écart dans le temps, mais seulement par la diversité des milieux où elles se développent. A deux ou trois cents lieues près, l'une et l'autre appartiennent à la même religion, répondent aux mêmes besoins, se proposent le même programme, obéissent de façon plus ou moins experte et docile aux mêmes inspirations.