Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v1.c2.39
Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v1.c2.39
- Language
- French
v1.c2.39
La terre annexée, les dieux suivent. Le panthéon brahmanique, toujours ouvert, accueille volontiers les hôtes de rencontre ; les uns, moins favorisés, vont à l'aide d'une filiation hasardeuse grossir les rangs pressés de la plèbe divine ; les autres, mieux traités, s'absorbent sans s'y perdre dans les divinités suprêmes : la pierre, le fétiche, l'image consacrés par le culte local sont reconnus pour des avatars, et leurs légendes pieusement remaniées vont enrichir la littérature des récits édifiants et des miracles. Les pèlerins se mettent en branle, marchands, charlatans, mendiants, vagabonds, ascètes qui sillonnent incessamment l'Inde en quête de foires, d'âmes crédules, d'aumônes ou de graves méditations, tous férus d'orthodoxie et prompts à se scandaliser des infractions aux bonnes règles. Activée par des échanges plus fréquents, l'imitation de l'Inde se précipite ; la dynastie indigène ne se contente plus des ancêtres suspects qui suffisaient à son orgueil ; elle veut frayer de pair avec les princes de l'Inde. Le brahmane, toujours conciliant, sait greffer une branche adventice sur la souche antique des races du Soleil et de la Lune. Il ne réclame pour prix de cette promotion qu'une adhésion expresse aux lois de la caste. Prisonnière de sa grandeur, ambitieuse aussi de la consacrer par de hautes alliances, la famille royale multiplie les gages de son orthodoxie, s'isole dans les barrières qu'elle a consenties. Parti d'en haut, le mouvement gagne de proche en proche ; le brahmane, réaliste, spécule à jeu certain sur les sentiments mesquins de l'humanité, la vanité, le dédain, le goût des distinctions ; groupe à groupe, la société se scinde en castes, professionnelles d'abord, satisfaites d'une hiérarchie qui laisse presque à tous des inférieurs à mépriser. La bataille est dès lors gagnée. Le jour où les bonzes du Népal réclamèrent les droits et les privilèges des brahmanes, ils abdiquèrent et se vouèrent à la ruine ; le droit divin n'admet pas de partage ; si les brahmanes étaient admis à régner, ils devaient régner seuls. L'événement le prouva.