Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v1.c2.s3.t1.184
Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v1.c2.s3.t1.184
- Language
- French
v1.c2.s3.t1.184
L’ouvrage de Hamilton avait paru depuis un an seulement quand la Résidence britannique, rétablie au Népal, vit arriver à titre d’assistant un jeune homme de vingt ans, qui devait associer son nom au nom du Népal dans la mémoire des hommes et conquérir à la science un pays, une littérature et une religion. Depuis le passage de Knox et de Hamilton, les circonstances avaient changé. L’insolence croissante des Gourkhas, leurs empiètements continus sur la frontière britannique avaient fini par rendre une guerre inévitable ; elle éclata en novembre 1814. Elle se prolongea deux hivers, héroïque des deux parts ; mais la stratégie du général Ochterlony triompha de la vaillance des Gourkhas, et le Darbar dut signer le 4 mars 1816 le traité de Segauli qui marquait au Népal ses limites définitives. En outre le Raja du Népal s’engageait « à ne jamais prendre ni retenir à son service aucun sujet britannique, ni aucun sujet d’un État d’Europe ou d’Amérique, sans le consentement du Gouvernement Britannique » (art. VII). « En vue d’assurer et de consolider les relations d’amitié et de paix établies entre les deux États, il était convenu que des ministres accrédités de chacun d’eux résideraient à la cour de l’autre » (art. VIII). Edward Gardner fut désigné par Lord Hastings comme résident britannique à la cour du Népal. Quatre ans plus tard, Brian Houghton Hodgson vint l’y rejoindre à titre d’assistant ; mais la vie oisive de la résidence et l’isolement dans ce coin montagneux ne répondaient pas plus à ses goûts d’activité juvénile qu’à ses ambitions légitimes. Il réussit à obtenir un poste à Calcutta en 1822 et prit congé du Népal sans espoir de retour ; mais la constitution de Hodgson — qui mourut centenaire — ne pouvait s’accommoder au climat du Bengale ; les médecins lui donnèrent à choisir entre « un poste dans les hauteurs ou une tombe dans la plaine ». Il se résigna à retourner dans les montagnes. L’emploi qu’il avait quitté à Katmandou était occupé ; il se contenta d’y rentrer comme directeur du bureau de poste, en 1824. Un an après, il était appelé pour la seconde fois aux fonctions d’assistant de résidence ; en 1833, il fut promu résident et conserva ces fonctions jusqu’à 1843. Une révocation brutale et injuste interrompit à ce moment une carrière déjà merveilleusement féconde en résultats, et qui promettait encore d’autres fruits. Mais la retraite de Hodgson ne fut pas moins laborieuse que sa période de service actif ; installé à Darjiling, sur la frontière du Népal, il poursuivit ses recherches et ses observations, consulté comme un trésor d’expérience par les hommes d’État, salué par les savants comme un bienfaiteur et comme un créateur. Son œuvre, considérable, reflète la souplesse et la variété de son intelligence ; elle n’embrasse pas moins de 4 volumes et 184 articles dispersés dans les journaux savants : les uns ont trait à la géographie et la topographie, d'autres à l'ethnographie et l'anthropologie, d'autres à la linguistique, d'autres au bouddhisme, d'autres aux institutions, d'autres à l'économie politique, d'autres enfin (127) à l'histoire naturelle du Népal¹. C'est à sa clairvoyance et à son initiative pressante que l'Angleterre doit ses contingents Gourkhas, les troupes les plus solides et les plus sûres de l'armée indienne ; c'est à sa patiente sagacité que l'histoire des religions doit la découverte des originaux sanscrits de la littérature bouddhique ; c'est à sa libéralité que la Société Asiatique de Paris doit cette masse de manuscrits qui fournirent à Eugène Burnouf la matière de ses immortels travaux. Avant Hodgson, presque tout restait à faire ; après lui, ses successeurs ne trouvent qu'à glaner.