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Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v1.c2.s3.t1.186

Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v1.c2.s3.t1.186

Language
French

v1.c2.s3.t1.186

Trois ans après la malencontreuse révocation de Hodgson, une effroyable tragédie de palais amenait au pouvoir un ministre de vingt-quatre ans, Jang Bahadur. Une période nouvelle s'ouvrait avec lui dans l'histoire du Népal. Héros d'épopée ou de roman, mais en même temps esprit pratique, Jang comprit nettement le rôle qu'imposaient au Népal les circonstances nouvelles. La politique d'isolement farouche avait fait son temps ; il n'était plus permis d'ignorer de parti pris la puissance formidable qui exerçait déjà sa souveraineté sur l'Inde presque entière et qui avait fait sentir à son voisin montagnard le poids écrasant de ses armes. Une attitude d'amitié loyale et réservée valait mieux pour rassurer les Anglais et les tenir à l'écart qu'une bouderie morne et suspecte. Jang resta fidèle jusqu'à sa mort au principe politique qu'il avait adopté dès son avènement. La révolte des cipayes en 1857 lui donna l'occasion de prouver sa sincérité : tandis que l'Inde s'ébranlait et que les États vassaux hésitaient, Jang offrit résolument à l'Angleterre le concours des troupes népalaises contre les mutins, et les Gourkhas descendirent dans les plaines enviées de l'Inde en auxiliaires des soldats britanniques. Jang ne s'était engagé à fond qu'après avoir reconnu en personne la valeur et le crédit de l'Angleterre. Dès 1850, il était parti visiter l'Europe au mépris des règles intransigeantes de la caste et des prohibitions formelles du code brahmanique. Sept officiers népalais l'accompagnaient. Le gouvernement de l'Inde désigna pour être attaché à la mission que la cour de Katmandou adressait à Sa Très Gracieuse Majesté, le capitaine O. Cavenagh, de l'infanterie indigène du Bengale. Cavenagh accompagna la mission à Londres et à Paris, et la ramena jusqu'à Katmandou. Au cours des longues conversations qu'il eut en route avec les officiers Gourkhas, il ne négligea pas de se renseigner sur le Népal ; soldat, il s'intéressait surtout à l'armée, et cherchait à s'instruire, en vue d'une guerre éventuelle, sur le pays, sur les ressources, sur les routes, sur les partis, sur les races, etc... Ses notes, réunies sans prétention, forment un excellent petit volume¹. Au même épisode de l'histoire népalaise se rattache la relation d'Oliphant : Voyage à Katmandou². C'est une simple collection d'anecdotes de chasse ou de sport relatives à Jang contées par un « reporter » amusant. Le voyage de Jang, qui avait été le lion de la saison à Londres en 1850, avait mis le Népal à la mode. En même temps qu'Oliphant, le capitaine Smith publiait sur le Népal un ouvrage en deux volumes¹. Le capitaine Smith avait séjourné cinq ans à Katmandou comme assistant du résident ; il y avait servi deux ans sous Hodgson. Peut-être il n'avait pas été étranger à la disgrâce brutale de Hodgson sous le gouvernement de Lord Ellenborough². Adroit, actif, intrigant, beau parleur, beau conteur, il ne lui manquait guère que le sens de l'honnêteté. Son livre est un monument de vantardise, de hâblerie, d'ignorance, de plagiat et d'erreur³.