Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v1.c3.s1.1
Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v1.c3.s1.1
- Language
- French
v1.c3.s1.1
La population du Népal se divise, comme c'est le cas ordinaire, en deux groupes : les maîtres et les sujets, les vainqueurs et les vaincus. Les maîtres, ce sont les Gourkhas qui ont conquis le Népal en 1768. Les sujets, ce sont les Névars, les maîtres de jadis, dépossédés par la conquête Gourkha. Si on en croit la Vamçâvalî, les Névars eux-mêmes n'étaient entrés dans la vallée qu'après l'institution de l'ère népalaise (an 9 = 889 J. C.; date rectifiée : 1096 J. C.); ils y étaient venus de l'Inde méridionale sous la conduite de Nânya deva, un râja originaire du Karṇâṭaka (le plateau central du Dekkhan); ils avaient pour berceau le pays de Nâyera. La géographie classique de l'Inde ignore ce pays; le chroniqueur, ou plutôt la tradition qu'il suit, désigne évidemment sous ce nom la contrée des Nâyars ou Nairs, la côte de Malabar. Des légendes, confirmées par des indications positives, rattachent, en effet, l'histoire religieuse du Népal à l'extrémité méridionale de la presqu'île. Quand les Névars, entrés définitivement dans la civilisation hindoue, se préoccupèrent de trouver des ancêtres sur le sol de l'Inde orthodoxe, les Nairs se présentèrent tout naturellement à l'imagination complaisante des généalogistes nationaux. L’analogie des deux noms: Nâyera, Nevâra, démontrait déjà jusqu’à l’évidence la parenté originelle des deux peuples; en outre, si les Névars scandalisaient les brahmanes par leur indifférence au sacrement du mariage, les Nairs à l’autre bout de l’Inde pratiquaient la même doctrine, et quoiqu’admis dans l’organisation brahmanique, ils conservaient fidèlement l’usage de la polyandrie, commune aux tribus himalayennes. Les svâmins du Dekkhan, de passage comme pèlerins ou installés comme prêtres au Népal, durent constater et signaler au premier abord ces rapports entre les Nairs et les Névars, puisque le colonel Kirkpatrick en fut également frappé au premier coup d’œil¹. L’amour-propre des Névars se trouvait flatté du rapprochement, puisque les Nairs, en dépit de leurs pratiques irrégulières, sont rangés comme Kṣatriyas parmi les castes nobles.