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Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v2.c6.15

Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v2.c6.15

Language
French

v2.c6.15

Le Népal présente encore un autre genre d’édifices religieux disparu de l’Inde actuelle, mais répandu dans tout l’Extrême-Orient et populaire aujourd’hui dans l’Occident : la pagode. La pagode a pour caractère essentiel une enfilade de toits qui se superposent d’étage en étage, le long d’une construction rectangulaire, le plus souvent disposée en retrait graduel. Il est rare que la pagode s’élève directement du sol ; elle est en général posée sur une terrasse carrée ; on y accède par quatre escaliers gardés chacun par une paire de dragons. La salle inférieure, la plus grande, est le principal sanctuaire ; elle abrite la statue du dieu, tantôt offerte à la vénération des fidèles, tantôt soustraite aux regards profanes. La porte d’accès est presque toujours surmontée d’un panneau en écusson où sont sculptés les attributs de la divinité ; la porte et le panneau sont en bois, ou en métal ; mais quels que soient les matériaux employés, ils attestent par la richesse et la souplesse du travail les dons de fantaisie, de goût et d’invention qui rendent encore fameux les sculpteurs et les orfèvres népalais. Des panneaux de bois délicatement ajourés tamisent la lumière qui pénètre dans les salles, en même temps qu’ils allègent la masse de l’édifice. Les toits, hardiment inclinés, reposent sur un système de poutres en contre-pente décorées à l’envi par le peintre et le sculpteur. Le toit inférieur est ordinairement couvert de tuiles rouges ; les toits au-dessus, plaqués de cuivre doré, resplendissent sous le soleil. Les coins sont retroussés « à la chinoise » et, le long des rebords, pendent des banderoles et des sonnettes qui frémissent et chantent à la moindre brise. Au faîte s’élève comme sur les čaityas un clocheton (cûḍāmaṇi) en forme de cloche allongée, terminé par un lotus, un parasol, un soleil ou une lune. La plus riche des pagodes népalaises est sans aucun doute Changu Narayan, merveille de ciselure, de sculpture et de coloris¹. La plus monumentale est le Temple aux Cinq Étages (Nyatpola Deval), construit en 1703 à Bhatgaon par le roi Bhûpatîndra Malla² ; le temple lui-même s’élève sur une terrasse de cinq étages disposée en gradins ; le long de l’escalier s’échelonnent cinq paires de gardiens colossaux : en bas deux géants, Jaya Malla et Phattà, athlètes au service du roi et qui passent pour avoir eu la force de dix hommes ; au-dessus deux éléphants, dix fois plus forts encore ; puis, en suivant cette progression décimale de vigueur musculaire, deux lions, deux tigres, et les deux déesses Singhinì et Vyâghrinî. Des gradations analogues se retrouvent dans l’ornementation d’autres temples, soit au Népal, soit dans l’Inde propre. Le premier étage de la construction est entouré d’une élégante colonnade en bois sculptée et fouillée à plaisir. Enfin le temple le plus populaire dans ce style est le temple de Matsyendra Nàtha à Patan, dédié à la divinité patronale du Népal ; il est reproduit en réduction à Katmandou sous le vocable du « Petit Matsyendra Nàtha ».