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Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v2.c6.199

Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v2.c6.199

Language
French

v2.c6.199

Le premier prince de la dynastie Sûryavamçi ou Liččhavi (ou, selon la Vamçâvalî de Kirkpatrick, l'héritier direct de la lignée de Nimişa), Bhûmivarman monta sur le trône en 1389 du Kali-yuga (B. V. W.). Cette date, qui correspond à l'an 1712 av. J.-C., ne cadre pas exactement avec les indications des Vamçâvalîs sur la durée des dynasties antérieures, mais il faut reconnaître aussi qu'elle s'en écarte de peu. Les années des Kirâtas et des Somavamçis additionnées donnent 1118 + 351 = 1469 (d'après B. et V.), et de ce total il faut déduire le règne du premier Kirâta, Yalamba(ra) qui précède le Kali-yuga; reste en gros 1 450 ans, avec un excédent de 60 ans environ sur la date assignée à Bhûmivarman. Il n'entre pas dans ma pensée (je tiens à préciser ce point) de traiter ces dates comme des chiffres authentiques; il s'agit de suivre à la piste les procédés des auteurs de Vamçâvalîs dans leurs constructions chronologiques. La date de l'avènement de Bhûmivarman est solidaire de la date assignée à l'établissement ou à la restauration de Paçupati sous Paçuprekşa deva, en 1234 K. Y. (B. W.), ou 1239 (V.), encore que l'une s'agence assez mal avec l'autre. L'intervalle entre elles est de 155 (ou 150, V.) ans ; et cependant Paçuprekşa deva et Bhûmivarman sont séparés par un seul règne, long, il est vrai, de 88 (V.) ou 74 (K.) ans ! Sans doute les Hindous sont trop peu soucieux de la chronologie pour se piquer d'y introduire, même quand ils l'inventent, la vraisemblance et la logique ; mais ces deux dates, rapprochées l'une de l'autre et surgissant en contours précis au milieu des siècles nébuleux qui les enveloppent, semblent se fonder sur des faits positifs ; elles représentent la traduction inintelligente ou infidèle, en années du Kali-yuga, de dates exprimées originellement dans une autre ère. J'ai déjà montré, par des exemples authentiques, comment les dates réelles risquaient de se transformer par des interversions de chiffres, et comment les dates traditionnelles représentaient des combinaisons arbitraires de chiffres réels. On pourrait être tenté — mais c'est une hypothèse qui exige les plus prudentes réserves — d'observer ainsi que les nombres 1 234 et 1 389 présentent comme éléments communs les chiffres 3 et 1: et on pourrait restituer en leur place 3 124 et 3 189 K. Y., par exemple, qui corres-pondraient à 23 et 88 de l'ère chrétienne et qui s'harmoni-seraient fort bien avec l'époque de l'ère Liččhavi telle que j'ai cru pouvoir la calculer. L'installation de la première dynastie hindoue au Népal rappellerait alors par une analogie séduisante l'installation ultérieure des autres dynasties hindoues dans le pays. Comme la conquête mu-sulmane rejeta dans l'Himalaya les rois brahmaniques du Téraï et les Rajpoutes insoumis qui préparèrent la gran-deur de Gourkha, l'invasion des tribus scythiques dans la vallée du Gange, aux environs de l'ère chrétienne, dut refouler dans la montagne encore à demi barbare les prin-ces dépossédés avec leur cortège d'aventuriers valeureux. Les inscriptions attestent que Mathurâ était au pouvoir des Kouchans; les Muruṇḍas, venus aussi des steppes loin-taines, régnaient dans la glorieuse capitale de l'Inde, à Pâṭaliputra¹. Et c'est de Pâṭaliputra que la tradition offi-cielle fait venir au Népal Jayadeva, le descendant de Liččhavi. Ce Jayadeva, séparé de Vṛṣadeva par onze règnes d'après l'inscription de Paçupati, est probablement le Jayavarman des Vamçâvalîs, le troisième des Sûryavamçis et le petit-fils de Bhûmivarman, séparé de Vṛṣadeva par un intervalle de treize règnes. Les chiffres, de part et d'autre, sont en rapport étroit : les Vamçâvalîs ont pu intro-duire dans leurs listes, qui se présentent toujours comme le tableau d’une filiation continue, les noms de deux princes qui n’ont pas régné, mais qu’il fallait rappeler pour garantir la transmission légitime du pouvoir.