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Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v2.c6.29

Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v2.c6.29

Language
French

v2.c6.29

Parmi les emblèmes communs du bouddhisme et du civaïsme népalais, se placent au premier rang le *liṅga* et la *yoni*, les deux symboles sexuels qui expriment par leur union la puissance fécondante de la nature inépuisable. Malgré les préjugés courants, les formes stylisées en usage dans l’Inde entière ne sauraient offenser la pudeur la plus chatouilleuse ; l’œil le plus complaisant n’y reconnaît qu’un cylindre ou un cône de pierre emboîté dans un disque de pierre. Les *liṅgas* les plus soignés portent sculptés les cinq visages de Çiva : quatre disposés symétriquement en anneau, et le cinquième au faîte. Le *liṅga* de Paçupati, le plus saint de tous, a trois pieds et demi environ de haut ; il est fait en grès dur ; du fût se détachent en relief quatre visages et quatre paires de mains ; les mains droites portent chacune un chapelet de *rudrākṣa*, les mains gauches un pot à eau (*kamaṇḍalu*)¹. D’ordinaire le *liṅga* est caché sous une masse d’ornements d’or et d’argent, qu’on enlève au moment du service religieux. Le bouddhisme a pu adopter sans effort un symbole si populaire et si anodin ; il en a été quitte pour inventer une interprétation nouvelle : le *liṅga* bouddhique représente le lotus primordial ; la *yoni* figure la source d’où il jaillit. Un serpent enroulé sur le rebord de la *yoni* rappelle le Nâga Karkoṭaka caché au sein des eaux. Le haut du *liṅga*, façonné en coupole sur le modèle des *caityas*, traduit avec les ressources de la matière la flamme immatérielle où se manifestait Âdi-Buddha. Les visages de Çiva et les emblèmes civaïtes sont remplacés par des figures de Bouddhas ou de Bodhisattvas et par des emblèmes bouddhiques. Guhyeçvarî, la déesse commune aux Tantras du bouddhisme et du çivaïsme, a un emblème propre : le triangle (trikoṇa), qu’on retrouve fréquemment tracé sur des pierres consacrées dans le voisinage des temples.