Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v2.c6.3
Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v2.c6.3
- Language
- French
v2.c6.3.1
Les monuments. — L'architecture de l'Inde commence avec le règne de l'empereur Açoka qui fit élever, selon la légende bouddhique, 84 000 édifices religieux. C'est au souvenir d'Açoka que le Népal rattache aussi ses monuments les plus anciens. Pendant son séjour dans la vallée, l'auguste pèlerin aurait érigé cinq čaityas, l'un au centre de Patan, les autres aux quatre points cardinaux à l'entour de la ville. Açoka aurait voulu commémorer, par chacun de ces quatre čaityas, la date initiale de chacun des quatre âges (yugas) du monde. Si peu fondée que soit la légende, elle justifie du moins la désignation appliquée à ces monuments : ce ne sont pas des stûpas, puisqu'ils ne recouvrent pas de saintes reliques, mais simplement des čaityas, de monuments, au sens rigoureux du mot, destinés à évoquer de pieuses pensées. Ces čaityas des quatre points cardinaux subsistent encore, intacts dans leurs grandes lignes, et leur aspect général ne contredit pas la tradition¹ : un hémisphère massif de terre, garni d'un revêtement de briques, bordé d'une plinthe également en briques, qui pose sur un trottoir circulaire. Quatre chapelles, disposées aux quatre points de l'espace, s'adossent à la calotte sphérique et s'y encastrent ; chacune d'elles contient l'image d'un des quatre Bouddhas « cardinaux ». L'hémisphère est couronné par un cube de maçonnerie peu élevé qui supporte une pyramide massive de briques, élagée en treize sections. Une tige de pierre se dresse au faîte.
v2.c6.3.2
Un échafaudage de bois, fixé au sommet, sert à soutenir pendant la saison des pluies un appareil de nattes employé comme défense contre l'infiltration des eaux. Au retour de la saison sèche, cet appareil est remplacé durant une semaine par un parasol de bois et d'étoffe. Les čaityas d'Açoka ont préservé la forme des monuments les plus anciens du bouddhisme indien ; ils rappellent directement et le célèbre stûpa de Sanchi, et les « topes » également fameux du Gandhâra. La plinthe est le seul enjolivement, bien rudimentaire encore, qui soit venu modifier les lignes brutes du stûpa primitif. Mais le couronnement de maçonnerie et de briques (čûdâmani) marque une évolution en train de s'accomplir : le parasol, qu'il supporte aujourd'hui pendant une période si courte, est pour ainsi dire l'attribut naturel du stûpa ; il est le symbole de la souveraineté, et le Bouddha y a droit comme čakravartin et comme dharmarâja « monarque universel et roi de la loi ». Le nom même de *dharma-râjikâ* affecté aux 84000 fondations d'Açoka exprime bien cette union de la souveraineté avec la religion. Les représentations les plus anciennes figurées sur les monuments montrent le stûpa couvert du parasol. On en vint naturellement à doubler, à tripler l'emblème, pour honorer mieux le saint ; le nombre des parasols superposés s'éleva jusqu'à treize, et quelle que fût la raison de ce choix, le nombre de treize resta consacré par l'usage.
v2.c6.3.3
Sur le grand stûpa du Loriot, élevé à Péchaver par Kaniṣka, le pèlerin chinois Song-yun compte également treize disques enfilés sur un pilier de fer¹. Une raison de stabilité autant que d'esthétique obligeait de donner aux parasols étagés des dimensions décroissantes. En même temps, pour asseoir la tige qui les supportait, il fallait installer en haut du stûpa une fondation de maçonnerie. Aux parasols réels se substituèrent naturellement des disques faits de matériaux plus résistants, pierre ou métal ; ces disques se rapprochèrent, se soudèrent en masse compacte, en tronc de cône. On avait perdu de vue leur destination initiale ; on transforma le cône en pyramide. Tel est le stage que représentent, sous leur forme actuelle au moins, les čaityas attribués à Açoka. Les réparations qui se sont succédé au cours des siècles, et qui se sont répétées jusqu'à une date récente, comme l'attestent des inscriptions modernes, sont peut-être responsables du couronnement de maçonnerie et de briques qui termine les čaityas ; elles n'ont pas modifié la structure simple et robuste de l'hémisphère primitif.