Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v2.c6.47
Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v2.c6.47
- Language
- French
v2.c6.47
Plusieurs des vihâras qui subsistent aujourd'hui prétendent rattacher leur origine au passé le plus lointain du Népal. Le vihâra de Čârumatî (*vulgo* : Chabahil), au Nord de Deo Patan devrait son nom et son existence à une fille d'Açoka ; elle avait accompagné l'empereur en pèlerinage ; arrivée au Népal, elle y fut témoin d'un prodige qui la décida à s'y fixer : une flèche de fer s'était soudainement métamorphosée en pierre. Açoka maria sa fille à un kṣatriya du pays, Deva Pâla. Le jeune ménage s'établit à Deo Patan, crût et multiplia ; enfin Čârumatî devenue vieille éleva le monastère qui porta désormais son nom, s'y retira et y mourut. Le Čakra-vihâra, à Patan, passe pour une création du roi Mânadeva le Sûryavamçi, le Mânadeva du pilier de Changu Narayan et de plusieurs autres inscriptions ; c'est sans doute ce couvent qu'une inscription d'Amçuvarman désigne comme le çrî-Mâna-vihâra, car le Čakra-vihâra porte encore aujourd'hui dans l'usage littéraire le titre de Mânadeva-saṃskârita-čakra-mahâ-vihâra. D'autres vihâras également nommés dans les inscriptions d'Amçuvarman ont disparu maintenant : tels le Kharjurikà-vihâra, le Gum-vihâra, etc. Le témoignage des textes épigraphiques atteste du moins le grand nombre des couvents du Népal dès le VIIe siècle ; un entre eux, le Gum-vihâra, est désigné par un nom tiré du parler local, au lieu des appellations sanscrites usuelles. Le cas se reproduit à une époque presque aussi ancienne pour le Hlam-vihâra qu'un manuscrit du XIe (?) siècle¹ exalte comme « une fondation des dynasties anciennes, faite pour parer dignement la terre du Népal, et où brille pour l'éternité la parole du Sugata ». Le Chinois I-tsing² mentionne à la fin du VIIe siècle le couvent népalais du Roi-des-Dieux (*T'ien-wang-seu*). Un fils de la nourrice qui avait accompagné la princesse chinoise mariée à Srong-tsan-gam-po résidait alors dans ce vihâra. « Ce religieux, ajoute I-tsing, connaît très bien la langue sanscrite et s'est assimilé tous les livres sanscrits. » Ainsi la culture sanscrite était alors florissante dans les monastères népalais, et les gens du Tibet qui se sentaient la vocation monastique passaient au Népal. L'original sanscrit du nom chinois rapporté par I-tsing est problématique ; *T'ien-wang* « Roi des Dieux » est une des désignations de Maheçvara, autrement dit de Çiva ; il est donc permis de supposer avec M. Chavannes une forme telle que Çiva-vihâra. Mais un couvent de ce nom ne s'est pas encore rencontré dans les documents népalais ; nous connaissons au contraire de source certaine un Çivadeva-vihâra. Une inscription datée de 143 samvat (Bhagvanlâl, n° 13) porte une donation en faveur du Çivadeva-vihâra ; elle émane du roi Çivadeva le Thâkuri, qui règne un demi-siècle après le voyage d'I-tsing ; mais le monastère ou un monastère du même nom pouvait avoir pour fondateur et pour éponyme un autre Çivadeva plus ancien. La Vamçâ- valî raconte précisément que Çivadeva le Sûryavamçi, prédécesseur d’Amçuvarman, bâtit un vihâra pour s’y retirer après son abdication. Ce monastère, réparé d’abord par le roi Rudra deva après son abdication, puis restauré par un Névar pieux en 1653, subsiste encore à Patan, au S.-E. du Darbar. On lui donne en sanscrit le nom de Rudravarna-vihâra, en névar le nom d’Onkulî-bahal.