Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v2.c6.55
Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v2.c6.55
- Language
- French
v2.c6.55
Le nom de Caṅkara Âčârya n'est, dans ces récits, qu'un symbole ; il représente la lutte heureuse entreprise par le brahmanisme contre son rival affaibli. En fait la décadence du bouddhisme fut moins la conséquence que la cause même des succès du brahmanisme. La discipline antique s'était bien relâchée. La piété des pèlerins chinois a pu chercher à dissimuler le mal ; mais le témoignage impartial de la chronique cachemirienne montre qu'aux environs du VIe siècle une partie du clergé au Cachemire était mariée. Une des femmes du roi Megha vâhana construisit en effet un grand vihâra ; « une moitié en fut réservée aux bhikṣus dont la conduite se conformait aux saints préceptes (çikṣâcâra), l'autre moitié, à ceux qui avaient femmes, enfants, bétail, propriété, et qui méritaient le blâme pour avoir adopté la vie domestique (gârhasthya-garhya¹). Des influences nombreuses s'étaient combinées pour amener ce relâchement, entre autres la propagation de méthodes de salut simplifiées, réduites à la récitation d'une formule ou d'un nom. C'est ainsi qu'au Japon la secte Shin-shou, fondée sur l'adoration continue d'Amitâbha, a fini par supprimer le célibat des prêtres et les prescriptions d'abstinence. La transformation s'accomplit par degrés, gagnant lentement de proche en proche. Au XVIIe siècle le royaume de Patan, plus fidèle au bouddhisme que les royaumes de Katmandou et de Bhatgaon, comptait encore vingt-cinq vihâras « nirvânikas » où les moines observaient le vœu du célibat. Le pouvoir politique ne put pas assister avec indifférence à une réforme qui diminuait fatalement la force du clergé : dépouillés du prestige de la chasteté, entrés dans les cadres de la vie civile, les moines cessaient de former un organisme invincible ; ils se scindaient fatalement en des associations d'intérêts instables, que la royauté pouvait exploiter ou paralyser en les opposant.
Linked texts (1)
- Rājataraṅgiṇī — Kalhaṇa, Sanskrit