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Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v2.c6.57

Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v2.c6.57

Language
French

v2.c6.57

En dépit d'une révolution si profonde, les formes ont en partie survécu à l'esprit du passé. Marié, père de famille, artisan, le banra n'en est pas moins ordonné moine ; il n'en reçoit pas moins les défenses que prescrit le Vinaya orthodoxe. Une solution ingénieuse a permis de concilier le respect de la tradition et les exigences des temps nouveaux. Le candidat s'adresse à son directeur spirituel (guru) ; il lui exprime le désir d'entrer dans les ordres, de devenir « bandya » (banra). A grand renfort de diagrammes magiques et d'ustensiles consacrés, le Guru assure d'abord à son disciple les trois protections, du foudre (vajra-rakṣâ) au moyen d'un foudre qu'il manie ; du fer (loha-rakṣâ) au moyen d'une cloche qu'il agite ; du feu (agni-rakṣâ) au moyen d'une coupe d'alcool ; puis il le baptise avec de l'eau bénite (kalaça-abhiṣeka). Deux jours après, le Guru assisté du supérieur (nâyaka) du vihâra et des supérieurs de quatre vihâras voisins confère l'ordination ; c'est le vœu d'ordination (pravrajyâ-vrata) qui sépare définitivement le novice du monde. Le novice reçoit d'abord les cinq défenses (vairamaṇî) : pas d'attentat à la vie ; pas d'appropriation illicite ; pas d'incontinence ; pas de mensonge ; pas d'alcool. On lui rase les cheveux, on l'asperge d'eau bénite, on lui donne un nom de religion ; puis il reçoit les dix préceptes (çikṣâpada) qui interdisent le meurtre, le vol, l'entraînement des passions, le mensonge, la boisson, la danse, la parure, les lits élevés, la nourriture hors temps, l'or et l'argent. On lui remet alors un équipement complet de religieux : les vêtements de dessus et de dessous (cîvara et nivâsa), la sébile à aumônes (piṇḍa-pâtra), le bâton de route (khikkhari), une paire de sandales en bois, une aiguillère et un parasol. Le rite orthodoxe de l'ordination est achevé; mais l'intrusion des doctrines tantriques a surchargé ce rituel de cérémonies supplémentaires en l'honneur de divinités étrangères au bouddhisme : Bhairava, Mahâkâla, Vasundharâ, etc. Quatre jours durant, le novice est tenu de jouer sérieusement son rôle; puis ce temps écoulé, il retourne à son Guru et lui dit : « Mon maître, je ne puis rester ascète; reprends-moi le costume et les autres insignes du moine; retire-moi de la pratique des Çrâvakas et enseigne-moi la pratique du Grand Véhicule. » Le Guru répond : « En vérité, dans ces jours de décadence il est difficile de pratiquer l'observance de la pravrajyâ; adopte donc celle du Grand Véhicule. Mais si tu renonces à la pravrajyâ, tu ne peux être relevé des cinq interdictions : pas d'attentat à la vie; pas de vol; pas d'adultère; pas de médisance; pas d'alcool. » Le tour est joué; l'ascète d'hier rentre dans ses foyers¹.