Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v2.c6.61
Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v2.c6.61
- Language
- French
v2.c6.61
à 1657). Siddhi Narasimha appartenait à la dynastie de Harisimha qui se targuait d'une origine brahmanique ; il avait voué au dieu Kṛṣṇa une dévotion exaltée, comme ce dieu sensuel et tendre peut en inspirer ; il pratiquait des austérités incessantes, jeûnait suivant la méthode sévère du candrāyaṇa qui règle les rations de nourriture sur le cours de la lune, passait le jour à prier, dormait sur un lit de pierre, et finit par disparaître un jour sous le costume d'un faquir. Patan, sa capitale, était la forteresse du Bouddhisme avec ses quinze grands couvents, toujours prêts à s'organiser en foyers de résistance contre le pouvoir royal. Sans violence, sans autres armes que des mesures légales, Siddhi Narasimha entreprit d'assujétir à l'autorité civile les communautés religieuses. Il commença par détruire l'apparence d'anarchie qui sauvegardait leur indépendance ; il les rendit solidaires devant la couronne, avec des représentants réguliers qui répondaient de chaque groupement. Les couvents de Patan, de Kirtipur, et de Chobahal, subirent un classement hiérarchique qui se fondait en partie sur les droits d'ancienneté, en partie sur des considérations de hasard, comme pour mieux marquer l'indifférence royale. Les plus importants avaient chacun pour représentant leur supérieur (nāyaka), officiellement désigné sous le titre de Tathāgata ; les maisons secondaires n'avaient pour les représenter qu'un délégué, choisi entre leurs supérieurs au bénéfice de l'âge. Une ordonnance régla le détail des élections. Investis ainsi d'une fonction administrative, les supérieurs perdirent la charge du culte, qui fut transférée à d'autres religieux. Jusque-là, les dix anciens de chaque couvent recevaient aux jours de fête l'adoration des fidèles, qui les vénéraient comme l'incarnation des dix perfections cardinales (pāramitās), leur lavaient les pieds et leur offraient du riz au lait. Pour ménager les ressources du peuple, Siddhi Narasimha réduisit le nombre des bénéficiaires à deux ; seuls eurent droit à cet hommage les doyens des couvents situés aux deux bouts de la route que suivait le char de Matsyendra Nâtha. Transformés en pères de famille, les prêtres durent se plier aux règles de pureté prescrites par l'hindouisme, célébrer, par exemple, un homa (sacrifice à libation) en cas de décès dans la famille, sous peine d'impureté légale. Une cérémonie de purification fut imposée aux Névars bouddhistes qui avaient voyagé ou résidé au Tibet : la cérémonie était confiée à cinq supérieurs de couvent, mais la rétribution exigée revenait au roi. Les couvents où le célibat était encore observé essayèrent de se dérober aux règlements ; convoqués pour entendre l'ordonnance royale, dix sur vingt-cinq n'envoyèrent pas de délégués. Siddhi Narasimha désigna d'office des administrateurs, pour remplacer les mandataires qu'on refusait d'élire, et soumit à des règlements spéciaux les maisons réfractaires.