Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v2.c6.70
Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v2.c6.70
- Language
- French
v2.c6.70
L'homme n'est qu'une victime d'exception ; les victimes ordinaires sont le buffle, le bélier, le coq et le canard. Dans l'Inde, convertie au respect de la vie (*ahiṃsâ*) par les hérétiques, bouddhistes et jainas, une chapelle ensanglantée est un spectacle rare, qu'on signale à la curiosité des touristes ; au Népal, le temple est une manière de boucherie. Les cornes, les têtes de buffles accrochées aux murailles, les taches de sang sur le sol et sur les idoles, l'odeur d'abattoir qu'on respire alentour indiquent assez la prodigalité sanguinaire des fidèles. Le sacrifice du buffle, en particulier, est un cauchemar inoubliable : la bête vigoureuse est liée solidement des quatre pieds, la tête renversée en arrière pour dégager et tendre le cou ; en cet état on la traîne à distance convenable de l'idole. Le prêtre pratique deux incisions symétriques à droite et à gauche du cou ; sans hâte, sans émotion, il passe ses doigts dans les plaies béantes, écarte et fouille les chairs pour atteindre les veines jugulaires ; il les détache par des secousses savantes des tissus qui les enveloppent, et les amène lentement au bord de la plaie, en évitant avec soin de les entamer. La bête, à demi asphyxiée, se contracte et bat douloureusement des flancs ; autour d'elle les assistants discutent à tête reposée la manœuvre du prêtre. Enfin le moment critique est venu ; une incision pratiquée simultanément dans les deux veines laisse échapper un flot de sang qui jaillit vers l'idole. Est-elle inondée de sang, elle et le riz déposé en offrande devant elle ? La divinité a agréé l'hommage. Sinon, quand la maladresse des opérateurs a mal calculé les distances, les angles, l'ouverture des incisions, tout est à refaire. Le sacrifice consommé, la tête est détachée, déposée devant la divinité, et la chair grossièrement dépecée, partagée entre le prêtre et le sacrifiant, sert à de plantureuses agapes.