Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v2.c7.134
Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v2.c7.134
- Language
- French
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Guṇakâma deva (15) se laisse entrevoir comme une personnalité assez vigoureuse dans cette longue série de rois-fantômes. Son règne se prolonge plus d'un demi-siècle : 31 ans (B. W. V.), 65 ans 5 mois (Bd.), 85 ans 6 mois (K.). La légende, à défaut de l'histoire positive, s'est plu à le représenter comme un monarque puissant et somptueux. Il passe pour le fondateur de Katmandou. Cependant la tradition qui associe à ce souvenir le nom de Guṇakâma date la fondation de l'an 3824 écoulé ou 3825 présent du Kali-yuga, soit 723-724 J.-C. Je n'ai pas pu, malgré des recherches opiniâtres, recueillir une date plus détaillée, qui fût susceptible d'être vérifiée par le calcul. En fait, la date exclut le roi, et réciproquement. Prise en elle-même, la date semble acceptable ; elle est assez basse pour écarter les soupçons. Un annaliste en veine d'invention aurait gratuitement reculé dans le passé le plus lointain, jusqu'au premier des Guṇakâma deva, l'origine de la capitale. De plus, c'est vers la même époque que les chroniques placent la fondation de Patan et de Sanku. La naissance de ces trois grandes villes correspond logiquement à la transformation de la vie économique au Népal. Les inscriptions de la période antérieure ne mentionnent jamais que de simples communautés rurales (grāma) ; la population dispersée dans les champs vivait surtout de la culture. Deo Patan, appuyée au temple de Paçupati, était encore la seule ville (pattana).
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Le roi y résidait près de la divinité qui le protégeait ; la cour et les pèlerins assuraient au bazar une clientèle suffisante. Mais peu à peu les relations régulières avec l'Inde développent le commerce d'échange ; la constitution du royaume tibétain ouvre un nouveau marché qui s'étend sans cesse. Gardien des passes qui relient à longue distance l'Inde des râjas et la Chine des empereurs, le Népal se voit promu brusquement courtier de deux mondes. On déserte la terre, trop peu lucrative pour se jeter dans le négoce. « Les marchands, tant ambulants qu'établis, y sont nombreux ; les cultivateurs rares » dit la notice des T'ang¹. Les arts manuels, où triomphent l'ingéniosité et l'adresse des Névars, promettent un gain facile ; orfèvres, fondeurs, peintres, enlumineurs se multiplient sans encombrer le marché. Les exigences des professions nouvelles favorisent la vie de société, naturellement chère aux Névars. La puissance croissante des rois tend aussi à grouper autour d'eux une population plus nombreuse. Les villes surgissent. Il ne s'agit pas d'une création de toutes pièces ; les inscriptions anciennes encore conservées dans leur enceinte montrent qu'elles se formèrent par la réunion de plusieurs villages, progressivement agrandis et rapprochés au point de se confondre. Il se peut toutefois que Guṇakâma deva ait mérité, par les travaux d'embellissement qu'il y exécuta, d'être considéré comme un autre fondateur de Katmandou.
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Il y avait, entre autres, construit une fontaine en or, dont le nom seulement s'est perpétué ; c'est la Son-dhàrà (Suvarṇa-dhàrà) entre le Darbar et le vieux pont de la Bitsnumati. L'ancien nom de Katmandou, Kàntipura, a pu conduire d'autre part à un rapprochement avec Guṇakâma ; kànti et kàma sont deux formations apparentées, tirées l'une et l'autre de la racine kum « aimer ». Parmi les institutions religieuses que la tradition rapporte à Guṇakâma deva, et que j'ai déjà signalées en étudiant le culte, je rappellerai ici la yàtrà en l'honneur de Khasarpa Lokeçvara (cf. I, 354) clairement destinée à battre en brèche, au profit de Katmandou, la yàtrà de Matsyendra Nàtha de Patan. Paçupati bénéficia aussi de sa munificence fabuleuse : il fit verser pendant quinze jours sur le liṅga de l'eau d'or, qui s'échappait de deux fontaines d'or, et couvrit le temple d'un toit doré. Malgré tant de prodigalités, il put encore mettre en réserve une somme de cinq cent vingt millions qu'il confia au Nàga Vàsuki dans les creux du mont Indràçala. Sa puissance s'étendait au dehors de la vallée vers l'Est ; c'est de là qu'il amena la déesse Caṇḍeçvarì, comme Amçuvarman en avait amené déjà Prayàga Bhairava.