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Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v3.c10.s6: VI. — Inscription de Kisipidi

Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v3.c10.s6

Language
French

VI. — Inscription de Kisipidi

v3.c10.s6.1

[Saṃvat 449.]

v3.c10.s6.2

Kisipiḍi est un petit hameau situé dans le voisinage de Thankot, à l'Ouest de la vallée (v. II, 392). La stèle, en partie enfoncée dans le sol, est complètement effritée du haut ; les six lignes inférieures, protégées contre les intempéries par le sol, sont seules lisibles, et même en assez bon état de préservation. La largeur est de 0,35 ; les caractères ont environ 0,013 de hauteur entre lignes ; les interlignes sont de 0,04 environ. Les lettres sont grandes, fortement tracées, identiques à l'inscription 3 de Bhagvanlal, datée de saṃvat 435, à laquelle celle-ci est postérieure de onze années ; le même dūtaka figure de part et d'autre avec les mêmes titres : *sarvadaṇḍa nāyaka, mahāpratihāra*, Ravigupta. Le titre de *mahāpratihāra* « grand huissier » est fréquent dans l'épigraphie de l'Inde ; celui de *sarvadaṇḍanāyaka* « généralissime » est une variété, jusqu'ici purement népalaise, d'un titre en usage dans l'Inde entière : *daṇḍanāyaka*. Il n'est pas sans intérêt de constater que, vers l'époque même de notre inscription, un des premiers rois de la dynastie de Valabhī, Dhruvasena I, joint à son titre de *mahārāja* ceux de *mahāpratihāra* et de *mahādaṇḍanāyaka* (en 526 J.-C.). Ainsi ces titres se cumulaient assez naturellement, et comptaient parmi les plus hauts de la hiérarchie impériale.

v3.c10.s6.3

L’intérêt capital de cette inscription, toute mutilée qu’elle est, réside dans sa date. La donation est faite au cours d’un mois doublé par intercalation « en saṃvat 449, le premier mois āṣāḍha, la quinzaine claire, le 10 ». La mention d’un mois intercalaire est une bonne fortune pour les chronologistes ; l’intercalation est réglée par des considérations d’astronomie théorique qu’il est assez facile de calculer. Un mois lunaire dans le cours duquel le soleil ne change pas de signe (dans le Zodiaque) est redoublé ; le principe est net. L’application comporte des divergences assez graves : 1° le calcul peut être fondé soit sur le mouvement moyen des deux astres, soit sur le mouvement apparent ; 2° le mois intercalé peut, soit recevoir par anticipation le nom du mois normalement attendu, mais retardé par exception, soit répéter le nom du mois au cours duquel il se produit ; ainsi, selon le système en vigueur, le mois supplémentaire amorcé dans le cours du mois de jyaiṣṭha pourra être appelé soit āṣāḍha I, soit jyaiṣṭha II. Heureusement ces difficultés sont en partie dissipées dans le cas du Népal ancien. La mention d’un pauṣa I (prathama pauṣa) dans une inscription d’Aṃçuvarman, an 34, suffit à établir que les astronomes népalais calculaient les intercalations sur le mouvement moyen ; car, dans le système du mouvement apparent, pauṣa n’est jamais intercalaire. D’autre part, la désignation appliquée dans ce même cas au mois supplémentaire montre bien que l’intercalation reçoit le nom du mois normalement attendu, et non du mois en cours. Donc le mois mentionné ici doit se rencontrer dans une année où, d’après un calcul fondé sur le mouvement moyen du soleil et de la lune, il s’est écoulé à la suite du mois normal de jyaiṣṭha un mois lunaire commencé quand le soleil avait déjà passé dans le signe de Mithuna, et fini avant que le soleil soit entré dans le signe de Karka. Le phénomène se reproduit irrégulièrement.

v3.c10.s6.4

lièrement à chaque siècle. De 400 à 499 J.-C., quatre fois; de 500 à 599 J.-C., trois fois; de 600 à 699 J.-C., une fois; de 700 à 799 J.-C., quatre fois. Si l'année 386 samvat de Mânadeva correspondait réellement, comme le voulait M. Fleet, à 628 çaka courant, l'année 449 devrait nécessairement correspondre à 628 + 63 = 691 çaka courant (= 768-769 J.-C.); or aucune méthode ne donne d'âṣâḍha supplémentaire à cette date. La combinaison proposée par le savant épigraphiste est donc à rejeter absolument.

v3.c10.s6.5

D'autre part, j'ai montré depuis longtemps que l'année 34 d'Amçuvarman, avec son pauṣa intercalaire, devait correspondre à 629-630 J.-C. (Journal asiatique, 1894, II, 55, sqq.) Amçuvarman est d'abord le ministre, puis le successeur de Çivadeva dont les inscriptions se prolongent jusqu'au delà de 520 samvat. La date de 449 samvat est antérieure à ce terme d'environ 70 ans; elle doit donc tomber vers le milieu du VIe siècle de J.-C. Or, pour toute la durée du VIe siècle de J.-C., le système du mouvement moyen ne donne que trois intercalations d'âṣâḍha : en 482 çaka courant (= 559-60 J.-C.), en 501 çaka courant (= 578-9 J.-C.), en 520 çaka courant (= 597-8 J.-C.). [Mes résultats personnels concordent pour ce siècle avec les Tables de Sewell et Dikshit.] Les deux derniers résultats sont à écarter, puisqu'ils rejetteraient la fin du règne de Çivadeva jusque sous les successeurs d'Amçuvarman (578 + 70 = 648 J.-C.; 597 + 70 = 667 J.-C.). Le premier seul est à considérer, puisqu'il mène Çivadeva, en samvat 520, à l'époque même d'Amçuvarman (559 + 71 = 630 J.-C.) et que les deux règnes doivent justement coïncider en partie. La date du pilier de Changu Narayan nous donne un autre moyen de contrôle; or nous avons vu qu'en prenant pour point de départ l'équivalence : samvat 449 = 482 çaka courant, les détails de la date inscrite sur le pilier se vérifiaient complètement pour 386 samvat = 419 çaka courant. Nous obtenons ainsi pour le point de départ de l'ère des Licchavis 419-386 = 33 çaka courant = 110 J.-C. J'ignore à quel événement peut se rattacher cette ère, si voisine de l'ère çaka ; le nombre des règnes écoulés, qui est de 19 depuis l'origine des Licchavis jusqu'à l'avènement de Mânadeva (d'après l'accord unanime des traditions, cf. II, 91 sq.) est à coup sûr bien étroit pour couvrir près de quatre siècles. Peut-être les Licchavis avaient apporté de leur berceau indien une ère propre ; peut-être ont-ils perpétué une ère locale du Népal, qui remontait à l'expulsion des Kirâtas.

v3.c10.s6.6

[Tout le haut de l'inscription manque.]

v3.c10.s6.7

1. . . . . . yūyam adyāgreṇa çe. . .
2. mu(c)itakaraṃ dadantaḥ sarvvakṛtyeṣv ājñāvidheyā
3. . . . . . manaso loke sukhaṃ prativa. . .
4. . . . . . dūtakaç cātra sarvvadaṇḍanāyakamahāpratihāra.
5. Ravigupta iti saṃvat 400 40 9 prathamāṣā[dha]
6. çukladaçamyām ][

v3.c10.s6.8

TRADUCTION.

v3.c10.s6.9

(1-3.) . . . Vous aujourd'hui. . . . payant l'impôt ordinaire. . . . dociles à l'ordre pour tous les devoirs . . . l'esprit. . . dans le monde (?) vous demeurerez heureusement.

v3.c10.s6.10

(4-6.) Et le délégué est ici le généralissime, grand-huissier, Ravigupta. Saṃvat 449, premier âṣâḍha, quinzaine claire, le 10.