La formation de la langue marathe c4.s2.t5: B. En syllabe pénultième
La formation de la langue marathe c4.s2.t5
- Language
- French
B. En syllabe pénultième
c4.s2.t5.1
§ 40. En règle générale, le timbre de la voyelle pénultième s’est conservé sans changement depuis le prākrit ; et si la quantité en était brève, il y a eu allongement.
c4.s2.t5.2
Pour -i et -u, le fait est noté dans l’écriture. Ex : désinence de féminins en -īṇ (skr. -inī) comme haṭṭīṇ, rajputīṇ, etc. ; kaṇīs (kaṇiҫa- ; oblique sg. kaṇsā), haḷīs (haḷiṣā), tats. kaṭhīṇ et kaḍhīṇ, kuṭil ; désin. de 2e et 3e p. sg. du futur en -ҫil, -il (v. plus bas), guɡūḷ (ɡuɡɡulu), niṭhūr (niṣṭhura-), māṇūs (en compositio māṇas- : skr. māṇuṣ(y)a-), lākūḍ à côté de lakḍā (skr. lakuṭa-), lasīṇ à côté de lasaṇ (laҫuna-), himɡūḷ (hiṅɡula) ; tats. ākūl (ākula-).
c4.s2.t5.3
Pour -a la notation est plus hésitante. D’une façon générale la quantité étymologique est conservée. On a ainsi d’une part :
c4.s2.t5.4
kavāḍ (kapāṭa-), kisāṇ (kṛṣaṇa-), de l'autre kavaḷ (kavala-), kāpaḍ (karpaṭa-), pākhar (deçī pakkharā), pātaḷ (deçī pattala-) ; mais on trouve le plus souvent a dans le cas où cette voyelle précède une ancienne consonne géminée : ālas (ālasya-), karavat (karapa-tra-), savat (sapatni-), en regard de umās (deçī ummacchia-). D'autre part on a kirāṇ (kiraṇa-) dans un tatsama. Le traitement de pahār (prahara-), vahāṇ (upānāh-) d'une part, de rahāṭ (araghaṭṭa-) de l'autre est spécial et s'explique par la présence de l'aspiration entre deux a (v. plus bas). Les incertitudes de la graphie ne doivent pas faire illusion sur la quantité de la voyelle : en réalité la voyelle notée ā dans l'écriture devanāgarī est toujours longue en syllabe finale (v. Joshi, § 170).
c4.s2.t5.5
§ 41. La syllabe pénultième du prākrit est devenue finale en marathe ; en effet, ou bien elle était séparée de la voyelle finale par une consonne géminée, et dans ce cas la voyelle finale du prākrit est tombée, ou bien la chute d'une ancienne consonne intervocalique a mis en contact la voyelle pénultième et la voyelle finale, et dans ce cas ces deux voyelles se sont contractées. On peut donc formuler la règle concernant l'allongement de la voyelle prākrite de la manière suivante : en marathe la dernière voyelle du mot est toujours longue.
c4.s2.t5.6
Il résulte de la loi précédente que les voyelles des mots monosyllabiques sont toutes longues.
c4.s2.t5.7
Exemples : 1° pénultièmes : kac (kṛtya-) écrit aussi kāc ; kaḷ (kalā), jal (jala-), prononcés kāc kāḷ, etc. ; āt (deçī attā), ār (aja-gara- ; cf. arā), āg (agni-), khāj (kharju-), iṭ (iṣṭa), gīdh (gṛdhra-), kīr (kila), ūs (ikṣu-), kās (kakṣa-), pūl (pers. pul) ; 2° finales : thā (deçī thāha-), bīm (bīja-), gahūm (godhūma-), etc. — Cette règle ne s'applique pas aux mots accessoires, comme cir « vite ! » (ciram), paṇ « mais » (punaḥ, p. pana), ou aux pronoms comme to « il ».
c4.s2.t5.8
L'allongement est de date récente. Les vieux textes ne le notent pas avec régularité ; et un mot tel que udiḍ est encore en deçī udiḍo.
c4.s2.t5.9
§ 42. Exceptions. I. — Les voyelles suivies de nasale et occlusive ont la quantité longue ou brève, suivant qu'elles sont ou non nasalisées et que la nasale a perdu ou conservé son articulation (v. § 68).
c4.s2.t5.10
II. Dans un certain nombre de mots la voyelle pénultième des polysyllabes s'est décolorée, conformément à la règle propre aux voyelles intérieures. On a ainsi kilac à côté de kilic (deçī kiliñca-), nāraḷ à côté de nārel (nārikela-), nīsān et niçīn (niḥcreṇi-), paras, pāras et pārīs (parīkṣā), paral, parāl et pareḷ (deçī pariali) ; phāṇas et phāṇūs (ar. pers. fānūs), lasan et lasīṇ (laçuna-), sābaṇ et sābūṇ (ar. sābūn). La forme avec i ou u manque pour āmvas (amiṣa-), avàl (d. avila-), kavaṭh (kapittha-), pulaṇ (pulina-), vaṇaj (vāṇijya-), saḍhaḷ (çithila-), çiras (çiriṣa-), haraṇ (hariṇa-); kukar- (kukkura-). De même on trouve ā abrégé, au moins en apparence, dans ingal (aṅgāra-, pkr. iṅgāla-), paḍkhar (d. paḍikkhāro), palas (palāça-), Paiṭhaṇ (pratiṣṭhāna-), māvlaṇ (mātulānī), mhasaṇ (çmaçāna-), peut-être dans ālas (ālasya-).
c4.s2.t5.11
Il est difficile d'expliquer toutes ces variantes. Sans doute quelques mots doivent être mis à part, comme pāras où l'on pourrait voir une contamination de parīkṣā et de sparça- ; kukar, suspect d'emprunt, le mot usuel pour « chien » étant kutrā, kutreṃ ; la brève de kuṃvar masc., à côté de kuṃvār fém., (kumāra-, kumārī) est attestée dès le prākrit ; le a de hālad (haridrā) est également donné par les grammairiens prākrits (voir cependant Pischel, § 115). Mais l'ensemble des faits s'interprète malaisément. Faut-il y voir la trace d'emprunts du marathe à des dialectes voisins ? On sait en effet que le guzrati réduit souvent i et u à a en toute position (v. Grierson, Phon., § 20, 23) ; et de fait aval, kukar, phaṇas, lasaṇ, haraṇ, halas se retrouvent dans cette langue. On rencontre dans les dictionnaires de l'hindoustani des doublets analogues à ceux du marathe : si l'hypothèse ci-dessus énoncée était exacte, il faudrait considérer que dans le cas de l'hindoustani une des séries proviendrait des dialectes du Rajasthan. Mais cette explication ne saurait rendre compte des cas d'abrègement de ā : sauf kuṃvar, toutes les formes citées plus haut sont propres au marathe.
c4.s2.t5.12
La date de ces altérations n'est pas moins malaisée à déterminer : le prākrit a déjà hāladda-, kumara-, sirisa-. Le sanskrit de basse époque possède kurala- à côté de kurula- : cf. mar. kuraḷ et kurūḷ. En deçī ṇisaṇī voisine avec avila-, kiliṃcī ; mais la Jñāneçvarī écrit encore āmvis le mot qui dans la langue moderne est āmvas ; et phāṇas a grande chance d'être un emprunt tout à fait moderne.
Cites (1)
- Jñāneśvarī — Jñāneśvara, Marathi