La formation de la langue marathe c4.s2.t9: I. Insertion de y et v
La formation de la langue marathe c4.s2.t9
- Language
- French
I. Insertion de y et v
c4.s2.t9.1
§ 54. Dans les autres langues *y* et *v* semblent s'employer indifféremment ; en marathe l'insertion de *y* est rare.
c4.s2.t9.2
Il en reste quelques cas dans la vieille langue, où *y* prend la place d'une dentale sanskrite, et notamment dans les participes : le plus ancien monument du marathe en donne précisément un exemple : *çrī-cāvuṇḍarājeṃ karaviyaleṃ* « fait sur l'ordre de Cāvuṇḍa » ; plus tard dans l'*Abhilaṣārthacintāmaṇi* on trouve *āniyale*, *vāniyale* : mais la Jñāneçvarī écrit déjà *çikavileṃ*, *karavileṃ* (XI, 28, etc.).
c4.s2.t9.3
A l'époque moderne il ne reste plus de cet usage que des traces sporadiques, et peut-être dialectales. On signale en concani *tuyeṃ* à côté de *tuveṃ* « par toi » (*L.S.I.*, *Mar.*, p. 173) ; *sāvar* (*sāgara-*) attesté dans l'*Abhilaṣārthacintāmaṇi*, a totalement disparu ; là même il était au milieu d'un composé (*saṃsāra-*)
c4.s2.t9.4
sāyaratāraṇa-) et donne l'impression d'un quasi-tatsama ; soyara (sahodara-) a été conservé sous sa forme purement prākrite, sans doute parce que c'est un nom de parenté ; oyarā est un mot obscur : son sens de « nourriture journalière » conduit à lui supposer un prototype de genre de *avahāra- : mais celui de « cuisine » ou de « partie intérieure de la maison » permet d'y voir un doublet, sans doute dialectal, de ovarā (apavaraka-); de même, en face de parāvā (parāgala-), on trouve parāyā, dès lors suspect d'emprunt.
c4.s2.t9.5
§ 55. C'est l'insertion de v qui est normale en marathe. Elle se produit quelle que soit l'origine de l'hiatus. Ainsi v remplace tour à tour : skr. k dans nāgvā, à côté de nāgā (nagnaka-), suvā à côté de suā (çuka-); skr. g dans talāv (taḍāga-), nivḷi (nigaḍa-), parāvā (parāgata-), punav (pumnāga-); skr. j dans tevṇeṃ (teja-), rāv et rāo (rāja-); skr. t dans kaṃgavā (kaṅkata-), kevḍā (ketaka-), ghāv à côté de ghāy (ghāta-), cevṇeṃ (celana-; on trouve ceiṇeṃ dans la Jñāneçvarī), jov (dyota-, pkr. joī), juvā (dyūta-), vāv (s'il s'agit de vāta- et non de vāyu-); skr. d dans osavā (avacchada-), pāv (pāda-), çev (cheda-); peut-être est-ce le même phénomène qui explique la forme bor (badara-) attestée en deçī, en guzrati et en dravidien, tandis que le sindhi et les langues centrales et orientales ont ber; skr. y dans māv (māyā), sāṃv (snāyu-), sāvlī (chāyā), dans māvṇeṃ si ce mot remonte à skr. māyate et vāv, s'il représente skr. vāyu-; enfin différentes aspirées sanskrites, représentées par h prākrit, dans asval (acchabhalla-), ugavṇeṃ (udgrahaṇa- et *udgrathana), mevūṇ (maithuna-), rov (roha-; peut-être influencé par la racine m. rop-, skr. rop-), sāval (d. sāhuli, dérivé de skr. çākhā ?). Dans le ts. saṃdhevīṃ (samdeha-) et dans mhoṃv (moha-) le rôle de v est d'autant plus clair que l'aspiration a été conservée et déplacée. Le prototype sanskrit est inconnu, mais l'insertion de v est sûre dans govaṃḍ (d. goaṇṭa-), çivrā (d. sihara-).
c4.s2.t9.6
Il faut distinguer de ces cas ceux où v représente un ancien u ou o, comme dans sāv qui équivaut à sāū (sādhu-). On serait tenté peut-être de ranger dans cette dernière catégorie les substantifs masculins tels que *pāv* (*pāda-*), *cev* (*cheda-*) et de considérer *v* final de ces mots comme répondant à l'ancien *-o* du nominatif ; mais la forme féminine *māv* (*māyā*) tranche la question. Le doute peut cependant subsister pour des mots comme *rão ghão*, orthographiés *rāvo* etc. dans les vieux textes, cf. § 57.