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La formation de la langue marathe c5.s2.t2: Genre

La formation de la langue marathe c5.s2.t2

Language
French

Genre

c5.s2.t2.1

§ 180. Le prākrit a conservé, et le marathe a conservé à sa suite, la distinction des trois genres, qui s'est oblitérée dans la plupart des langues modernes. Le marathe n'est d'ailleurs pas seul à posséder encore les trois genres : il en est de même du guzrati (et des dialectes s'y rattachant, v. L. S. I., Bhil lang., p. 12 ; Raj., p. 5, 331) et du singhalais. Sauf dans ces trois langues, qui forment un groupe continu au sud-ouest, le genre neutre a disparu partout de l'Inde aryenne, même dans un parler aussi archaïque d'aspect que le sindhi ; ailleurs il ne reste du neutre que des traces isolées : telle, en hindi, et sans doute en penjabi, la désinence de nom.-acc. plur., qui a été utilisée dans la déclinaison des noms féminins (Beames, II, p. 206 et plus bas, § 187). Même à l'extrémité orientale du domaine, tout un groupe de dialectes ignore totalement le genre grammatical : il a disparu du bengali et de l'oriya dès les plus anciens textes (Beames, II, p. 178, cf. p. 147), il est inconnu à l'assamais ; l'usage en est restreint en népalais et dans la plus grande partie du Behar (L. S. I., Bihari, p. 38, 50) où l'adjectif est invariable. Il faut sans doute voir là un héritage de langues parlées par les populations de ces régions avant leur apprentissage de l'indo-européen : on sait en effet que le tibéto-birman ignore le genre grammatical (L. S. I., Tibeto-burman, t. I, p. 6 ; cf. les observations de M. Meillet au sujet de l'arménien et de l'iranien, Gr. comp. de l'arm. class., § 60). En tout cas la tendance à réduire le nombre des genres a dû se faire sentir très tôt dans les parlers orientaux : Pischel note que le passage des noms neutres en -a- à la déclinaison masculine est très fréquent en māgadhī et tout à fait rare dans les autres dialectes (§ 357) : c'est ce passage à la déclinaison masculine dont témoignent les nominatifs singuliers neutres en -e des inscriptions d'Açoka (Senart, *Inscr. de Piyadasi*, II, p. 339).

c5.s2.t2.2

D'ailleurs si le marathe conserve telle quelle dans ses désinences la distinction indo-européenne des genres, l'emploi des formes y décèle aussi une autre influence. La distinction des êtres en animés et inanimés, fondamentale dans la morphologie des langues dravidiennes (*v. L. S. I., Munda & Drav. lang.*, p. 280, 289), apparaît sur deux points de la syntaxe du marathe. En premier lieu, le nom complément direct d'un verbe est au cas direct s'il désigne une chose, au cas oblique suivi de *s* ou de *lā* s'il désigne une personne ; les êtres animés autres que les hommes rentrent dans l'une ou l'autre des catégories (*v. Joshi*, § 458 ; Navalkar, § 490, 491). En second lieu l'accord du verbe ou de l'adjectif prédicat varie, comme on verra, suivant la nature des êtres désignés par les substantifs. Quelle que soit d'ailleurs l'origine de cette distinction, le marathe n'est pas seul à l'appliquer ; on verra qu'en sindhi l'accord du prédicat se fait à peu près comme en marathe ; la règle relative aux postpositions se retrouve dans d'autres langues encore : en guzrati (*v. Tisdall*, p. 33), en sindhi (*v. Trumpp*, p. 455 et suiv.), en hindi (*v. Kellogg*, § 678), etc.