La formation de la langue marathe c5.s2.t8: 3. — Postpositions
La formation de la langue marathe c5.s2.t8
- Language
- French
3. — Postpositions
c5.s2.t8.1
§ 197. La réduction du nombre des cas, conformément à une loi plus d'une fois observée (cf. Bréal, *Sémantique*³, p. 14, cité dans Meillet, *De quelques innovations...*, p. 28), a coïncidé avec un usage de plus en plus constant de mots accessoires destinés à préciser les nuances de sens laissées dans l'ombre par l'emploi d'un cas indirect unique. En sanskrit classique, le nombre des prépositions indéclinables anciennes se restreint ; mais par contre un nombre toujours croissant de noms fixés à l'un de leurs cas et de gérondifs se dépouillent peu à peu de leur signification primitive et servent à exprimer d'une façon périphrastique les rapports usuels (v. Speyer, *Ved. u. Sanskr. Syntax*, §§ 89, 91, 93). C'est là l'origine des mots ou particules affixés aux noms marathes et qui fournissent à la déclinaison moderne ce qu'on appelle improprement ses désinences.
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Certains de ces affixes sont clairs ; tel le mot *var* « sur », skr. *upari* : c'est le seul indéclinable ancien conservé par la langue populaire ; telles encore les formes diverses des mots *āmt* « dedans » (loc. *āmt*, abl. *āmtūn*, skr. *antaḥ*), *kaḍ* « côté » (obl. *kaḍe*, abl. *kaḍūni*, skr. *kaṭi-*), *ghar* « maison » (loc. *ger* « avec » en concani, *L. S. I., Mar.*, p. 174), *pās* « côté » (loc. *pācīm*, abl. *pāsūn* ; skr. *pārçva-*), *māg* « chemin » (instr. *māgem*, abl. *māgūn* ; skr. *mārga-*) ou des gérondifs comme *vāmçūn* « excepté », *hūn*, *hūn* « de (abl.) ». » D'autres comme *-si*, *-tem*, *-lā* « à, vers », *nem* plur. *nīm* « par » sont obscurs ; c'est pourquoi les grammairiens ont coutume de les classer différemment : « Ce qui distingue une désinence d'une postposition, dit Joshi, est que la première n'est pas un mot, parce qu'elle n'a pas de sens par elle-même ; elle n'acquiert de sens qu'en conjonction avec le mot avec lequel elle est affixée (*Compreh. gram.*, § 209). » Il reconnaît d'ailleurs que certaines des postpositions, comme *lāgīm*, *sāṭhīm*, n'ont plus d'existence indépendante à l'époque moderne et jouent le rôle de vraies désinences.
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Tel est le cas par exemple de *-nt* « désinence » du « locatif » moderne. En réalité il s'agit d'un mot *āmt* « l'intérieur » qui provient, soit de skr. *antram* qui n'est connu en sanskrit qu'avec le sens d' « entrailles », cf. *antara-* « intérieur », soit de skr. *antaḥ* (pali et pkr. anto) « dedans ». Ce mot est encore indépendant en vieux marathe : on trouve dans la Jñāneçvarī gāṃvā āṃtu, VI, 311, sarpakuḷa āṃt, X, 242, akṣarāṃ āṃt, X, 269, guḍhāṃ āṃt, X, 298 (les mots sont ici séparés par le rythme : guḍhāṃ rime avec puḍhāṃ), et même, avec intercalation d’une particule tayā āghaveyāṃ ci āṃt, XI, 586 (dans varṣāṃtīṃ, XV, 285, il s’agit du locatif de -anta- : « à la fin de la pluie »). On trouve encore dans Tukārām et Eknāth sabhe āṃt et même dans Moropant tumhāṃ āṃt (ex. cités par Godbole, A new gram.³, p. 131) ; mais dès Nāmdev l’affixation se produit dans les cas favorables : kṣīrasāgarāṃt (Navanīt, p. 16), de même dans Tukārām : lokāṃt (ibid., p. 48) ou Vāman : toṃḍāṃt, divasāṃt (ibid., p. 129). Elle est généralisée dans la langue moderne : de là par exemple les formes nadīṃt, katheṃt.
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Il n’est pas interdit de supposer à l’origine des autres postpositions une évolution semblable ; mais celles notamment qui expriment les rapports grammaticaux se présentent souvent à un degré d’altération tel que l’histoire en devient presque impossible à reconstituer.
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En effet l’interprétation fait deux ordres de difficultés :
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1° Les mots qui se sont affixés ainsi ont pu, en devenant outils grammaticaux, subir des modifications de sens considérables qui échappent à la conjecture : tel le mot mārga- « chemin » qui a pris le sens de « derrière, après » dans mar. māgeṃ māgūṃ; même évolution de sens sans doute dans kaçm. path, pata si ce mot remonte à skr. panthan- (le mot qui désigne le « chemin » dans la langue est wath, c’est-à-dire skr. vartman-, m. vāṭ) ; de même en pali, piṭṭhe dont le sens primitif est « sur le dos », en vient à signifier non seulement « sur » (sayanapiṭṭhe « sur le lit », vālukāpiṭṭhe « sur le sable ») mais « dans » (samugga-piṭṭhesu, litt. « sur le dos de coffrets », « dans des coffrets » ; exemples empruntés à la note du Mahāvastu, éd. Senart, I, p. 624) : ce même mot sous la forme peṭh peṭhi en kaçmiri veut dire « sur » et « dans », et à un autre cas, sans doute l’ablatif, peṭha signifie « de dessus, depuis, pendant » (Grierson, Man. Kaçm., II, p. 123-124 ; M. Grierson ne donne cette étymologie que comme possible dans Piç. lang., p. 35).
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2° En raison de leur position accessoire et de leur faiblesse sémantique ces mots subissent souvent une évolution phoné- tique irrégulière ; on a vu la perte de la voyelle dans *āmt* ; un des exemples les mieux connus du même fait est celui de skr. *madhya-* ; ce mot est conservé correctement en marathe sous la forme *māj* « ceinture », et c'est le *tatsama* *madhyem* (avec nasalisation spontanée ou analogique des postpositions à l'instrumental *māgem* *mūlem* *kāraṇem* *nem*, etc.) qui sert à former le locatif périphrastique ; mais dans d'autres langues, où d'ailleurs la forme phonétiquement correcte existe souvent dans le sens de « milieu, ceinture, etc. », le mot a subi des altérations qui ne sont pas explicables par les règles phonétiques ordinaires : en sindhi, à côté de *mamjhām* « hors de », on trouve *me* « dans » *mām* *mom* « hors de » ; de même en hindi, à côté de *mamjh*, les équivalents *mahām* *mām* et surtout *mem* « dans ». Cet exemple suffit à témoigner des accidents imprévisibles que subissent ces mots accessoires et qui déroutent l'historien. On est donc réduit, pour les postpositions dont le sens n'est pas immédiatement apparent, à des hypothèses principalement destinées à rendre compte autant que possible des formes prises par un même mot dans les diverses langues ; car il est peut-être plus urgent encore de classer les formes que de les expliquer. C'est en tenant compte de ces réserves qu'il faut lire les remarques qui suivent.
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Les postpositions sont de deux sortes : les unes, indéclinables, sont des noms fixés à certains cas ou des mots originairement indéclinables ; les plus importantes, qui sont en même temps les plus obscures, sont celles qui expriment à diverses époques de la langue les relations de « datif » et d' « instrumental ». Une seule est déclinable : c'est un adjectif d'appartenance, généralement désigné sous le nom de « génitif ».
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1. — Postpositions du datif. -si, -s neçvar et les poètes postérieurs, malgré la concurrence du cas oblique indépendant et des autres postpositions, elle est fréquente ; sous la forme -s elle est courante dans les Bakhars et encore aujourd'hui l'usage en est fréquent dans le Deç, constant au Concan.
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§ 198. Cette postposition est la seule parmi celles du datif qui soit vivante à toutes les périodes de la langue. Si elle manque à l'inscription de Patan (*c'est l'oblique seul qui a le sens du datif :* *madhā* *dinhalā* « donné au temple »), on la rencontre dans celle de Pandharpur (*viṭṭhala-deva-rāyāsi*, *teyāsi* « à lui ») ; chez Jñā-
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On rapporte généralement cette postposition en -s au génitif skr. en -sya (cf. Grierson, K. Z., XXXVIII, p. 981 ; en dernier lieu Lesný, J. R. A. S., 1911, p. 179) : si l'on admet que l'oblique sing. en -ā est un ancien datif on n'est plus obligé de supposer deux aboutissants à la même désinence dans la même langue — invraisemblance qui d'ailleurs n'a arrêté aucun des savants jusqu'ici — et l'hypothèse courante devient plausible a priori ; mais elle se heurte à d'autres difficultés. Sans parler du sens, qui est toujours celui de l'objet direct ou indirect, et jamais le sens possessif ou partitif, la forme elle-même rend l'explication inadmissible. D'une part, ainsi que l'a remarqué M. Rājvāḍe (Crijñāneçvarīṃṭīl marāṭhī bhāṣeceṃ vyākaraṇ, p. 11), cette explication ne rend précisément pas compte de la forme ancienne -si, dont -s n'est qu'une altération normale ; car skr. -sya > pkr. -ssa ; et d'autre part elle ne s'appliquerait, en l'admettant à la rigueur, qu'au gén. sing. des masc.-neut. consonantiques ; non seulement le pluriel des mêmes noms (meghāṃsi, II, 14), mais les formes des autres types de flexion (dṛṣṭīsi, rucīsi, I, 23, 35 ; tuṃhāṃsi, IV, 42) resteraient inexpliquées, sauf par une extension analogique invraisemblable. En réalité tout se passe comme si -si, -s était ajouté aux diverses formes d'oblique¹ des substantifs et des pronoms. C'est ce qui a conduit M. Rājvāḍe à l'idée ingénieuse de rapprocher l'adverbe āspās « autour », composé de deux mots au locatif (cf. s. āsipāsi, penj. occ. āsepāse) ; le second est pās = skr. pārçve ; le premier, pour lequel M. Rājvāḍe construit une étymologie inacceptable, est probablement le locatif du mot pkr. assa-, skr. açra- « bord », encore attesté sous forme indépendante en deçī (asayaṃ nikaṭam) et en singhalais (as « côté, coin », nº 993 dans Geiger, Etym. wört.). Si l'étymologie proposée est exacte, il faut admettre que le *ā-* initial s'est réduit de la même façon que plus tard celui de *āmt* (cf. § 197).
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¹ M. Rājvāḍe (ibid., p. 10) a reconnu dans -ā du type putās l'ancienne désinence de datif -āya ; il est curieux que cela ne l'ait pas conduit à expliquer de la même façon le génitif en -ā, c'est-à-dire l'oblique lui-même (cf. ibid., p. 13).
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Quelle que soit l'interprétation étymologique de cet affixe, il faut en tout cas le distinguer nettement d'un autre affixe à *s-*, à savoir *çim* « avec » ; ce mot-ci s'apparente sans aucun doute avec *sahita-*, dont il est un locatif ou un instrumental. Tandis que *-si* « à » n'est connu qu'en marathe (cf. peut-être aussi en bhili l'obl. plur. en *-es*, *L. S. I., Bhil. lang.*, p. 3), son rôle étant tenu ailleurs surtout par des mots en *k-* (exceptionnel sur le territoire marathe ; traces dans les dialectes de la côte, v. Joshi, *Comp. Gram.*, p. 142), ou en *-r*, le mot *çim* « avec » se retrouve dans presque tous les suffixes en *-s* des autres dialectes : singh. *hā ihi* « avec », tsig. *sa* « avec », *kaçm. sūtin* « par », sindhi *sã, sãu, sẽ, senu* « avec », guz. *sum* « avec », concani *sū* « de (abl.) », *sī* « parmi », braj. *sô*, rajasth. *saï sū* « de », hind. *se* « avec » (cf. l'emploi avec les verbes *milnā* « se rencontrer », *bolnā* « parler » ou des expressions comme *bahut sāmān se ānā* « avec beaucoup de bagages »), « de, par », nép. *sita* « de », bhojp. et mag. *se*, maith. *sã sãu* « par » ; la concordance des sens et des formes montre qu'il s'agit bien ici d'un autre mot, commun au marathe et à presque toutes les langues apparentées (le penjabi à l'ouest, et le groupe extrême oriental : oriya, bengali, assamais semblent ignorer ce mot ; penj. *sī* « jusqu'à », comme sindhi *sīa*, de sens identique, sont rapprochés avec vraisemblance de skr. *sīmā* par Trumpp, *Sindhi gram.*, p. 401). Ce mot se retrouve, semble-t-il, à un autre cas (l'instrumental) et avec un emploi spécial dans les dialectes du Berar, du Concan et à Bijapur sous les formes *-çeni -çyāni -sanyā*, à la désinence du gérondif (v. *L. S. I., Mar.*, 50, 67, 92, 222).
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Au suffixe *s* indiquant la direction, faut-il rattacher *sāthim* (*sāṭim*) ? Selon une hypothèse de M. Hœrnle (*Comp. gram.*, § 365), ce mot serait composé de *-s* + un cas du mot dérivé de skr. *artha-* ; cette explication, acceptable si *-s* était la désinence du génitif, devient plus difficile avec l'interprétation proposée plus haut ou une interprétation analogue ; *sāthim* est probablement un mot indépendant, apparenté à guz. *saṭ* « échange » ; cf. § 89 et 114.
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Mot indépendant peut-être aussi la postposition *stav* « pour » ; on a proposé avec vraisemblance d'y reconnaître le tatsama *pra-* stava « occasion, circonstance », écourté en raison de son rôle de mot accessoire. Une difficulté, provisoirement insoluble, vient de ce que les textes de la secte mānbhāv présentent un suffixe d’ablatif -tav à côté de -stav : stav serait-il un composé de s- + tav ? Ce mot tav serait alors, soit le mot skr. tāvat, d’ailleurs conservé en marathe (cf. ājtaṃ vulg. « jusqu’à aujourd’hui »), soit l’ablatif du mot dont la postposition tem que nous allons examiner serait l’instrumental.
c5.s2.t8.16
tem
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§ 199. Cette postposition, employée très librement dans les plus anciens textes littéraires, disparaît bientôt de l’usage, même en poésie, sauf avec les pronoms de première et seconde personnes du singulier où l’on évitait les formes monosyllabiques (cf. plus bas, § 200). M. Rājvāḍe (ibid., p. 12) fait remarquer que le Christian purāṇ écrit them ; de même son manuscrit de la Jñāneçvarī ; il ramène, d’une manière phonétiquement correcte et vraisemblable du point de vue sémantique, ce them à skr. arthena ; l’inscription de Pandharpur écrit en effet le tatsama çrīviṭṭhalarāyā arthe. C’est de ce them que serait issu -tem selon M. Rājvāḍe. Mais la forme sans aspirée est attestée plus anciennement que l’autre ; et l’on sait que le Christian purāṇ est écrit en dialecte concani. Il semble qu’il y ait ici à distinguer deux séries :
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1° them probablement dialectal, et apparenté aux formes d’ablatif bhili tho, ho-, penj. thō, guz. thī « de, avec » ; en guzrati dialectal il existe même un adjectif déclinable tho « provenant de » (Grierson, K. Z., XXXVIII, p. 476) ; malgré la déviation du sens, on peut admettre qu’il s’agit de skr. artha- : cf. avec la cérébrale, oriya ṭhū « de (abl.) » en regard de singh. aṭ « pour ». — Beames (II, p. 218) proposerait pour h. taiṃ l’étymologie par skr. sthāne ; il y a en effet une famille de postpositions se rattachant sûrement à la racine sthā- : beng. thākeyā gérondif servant de désinence d’oblique, thāne d’ablatif ou ṭhāre « dans », ṭhārū « de » ; ces mots semblent particuliers au groupe oriental.
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2° tem, appartenant à une série attestée partout sauf en singhalais, en guzrati et dans la partie occidentale du Rajasthan : tsig. te « vers, dans » (prépos. et postpos.), penj. te « de (abl.) », penj. occid. to tō tū « de », te « à, dans », sind. te « sur », ta tō « de dessus », te tāī tōī « jusqu’à », rajasth. du n.-e. taī « de », braj.
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tē « de », hind. tāi « jusqu’à, à », bih. te « par », beng. te « par » (rare ; cf. hoite), or. te « dans, de » (cf. Beames, II, 222, 273). Comment rendre compte de cette particule ? Aucune des explications proposées ne s’impose. M. Bhandarkar y voit la forme pronominale tehim que Hemacandra donne comme équivalent en apabhramça à skr. arthe (IV, 425) : reste à savoir si les formes apabhramça tehim et kehim ne sont pas elles-mêmes des transcriptions de *ke(m) et te(m) ; du reste -ehim doit donner en marathe -īm (cf. § 63), et ni les formes des autres langues ni l’évolution du sens ne sont expliquées par là. Reste l’hypothèse d’un substantif, d’ailleurs probable par des constructions comme hindi is ke taim « à lui », šahr ke taim gayā « allé à la ville » ; mais rien ne permet de décider quel peut être ce substantif. Est-ce skr. nimitta- « motif, raison », ou un mot de la famille de tan- (cf. lat. tenus « jusqu’à » ; avadhi tan tanā « vers, à, comme », Grierson, K. Z., XXXVIII, p. 484)? En tout cas il ne s’agit probablement pas de ante, antike : car si la forme marathe s’accorderait fort bien de cette explication, les langues du nord-ouest la contredisent : la consonne y est sourde et l’on sait que nt y devient normalement nd (cf. § 82).
c5.s2.t8.21
lā
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§ 200. Cet affixe manque dans les plus anciens textes, et n’apparaît que dans Nāmdev, où il s’applique uniquement aux pronoms monosyllabes, c’est-à-dire à ceux du singulier : à côté de tuja maja et de tuṭem, etc., on trouve donc majlā tujlā et malā tulā en regard de amhāmsī tyāsī koṇāsī, sarvaṅgāsī ; chez Tukārām l’usage s’en étend, mais c’est encore aux pronoms qu’il s’applique le plus : dans les cent quatre-vingt-quatorze abhangs donnés dans le Navanīt, on trouve tulā deux fois, malā une fois, tyālā cinq fois, kaṭālā et jyālā une fois, mais une forme comme vāthayālā « au ventre » est unique.
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Dans les textes historiques du XVIIIe siècle l’usage en semble plus restreint, et les formes à -s sont les seules usuelles ; les Bakhars présentent à peu près le même aspect que les poésies de Tukārām ; enfin dans les ballades et les textes récents -lā est constant et presque unique. C’est en s’appuyant sur le caractère récent de l’usage de cet affixe que M. Rājvāḍe (l. l. p. 12 ; cf. Marāṭhyamcyā itihāsācīm sādhaṇem, VIII, upaprastavanā, p. 57 et suiv.) a eu l'idée d'y voir un emprunt, et nommément le persan rā. Outre l'absurdité phonétique de ce rapprochement, il convient de noter que pour M. Rājvāḍe, ce lā n'apparaît qu'au temps de Çivaji et de Tukārām : en réalité il est plus ancien, puisqu'il est attesté dans Nāmdev (M. Rājvāḍe le reconnaît, *l. l.* p. 57). Rien d'ailleurs n'empêche de supposer qu'il était encore plus ancien : car si lā n'apparaît que chez ce poète, il en est de même de *āmt* et *nem*, mots l'un sûrement, l'autre presque sûrement anciens ; leur apparition chez Nāmdev et Tukārām tient au caractère populaire de ces poètes, et il est probable que ces postpositions manquent à Jñāndev, exactement comme elles manquent trois siècles plus tard à Eknāth ou plus tard à Mahīpati, parce que ce sont des poètes savants. Pour la même raison sans doute les textes officiels du xviiie siècle sont plus réservés dans l'emploi de lā que les ballades populaires. Rien n'empêche donc a priori de chercher à ce mot une étymologie en marathe même.
c5.s2.t8.24
Le mot lā prend dialectalement les formes *lī*, *le* (*L. S. I.*, Marathi, p. 81, 220 et s.) ; de même dans les dialectes bhils (*L. S. I.*, Bhil lang., p. 95, 158, 205) ; on le retrouve sans doute dans sindhi *lāĕ* « à cause de », penj. occ. *lā* « de (abl.) », pj. et h. *lō* « jusqu'à », h. *le* « avec », nép. *lāi* « à », le « par », bih. *lā* « pour ».
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Dans le même emploi il existe un mot qui semble parent de celui-ci, et qu'on trouve dans les groupes guzrati-rajasthani d'une part, bengali de l'autre, où lā ne paraît pas avoir de correspondant : c'est mar. *lāgīm* « près de, vers », singh. *laṅga* « près de », g. *lāgu* « près de », s. *lāge* « en vue de », h., bih., v. beng. *lāgi* « pour ». Ce mot est sûrement le locatif du part. passé pkr. *lagga-* de la racine *lag-* « tomber », cf. mar. *lāgṇem* et les mots apparentés ; *lāgīm* signifie donc « touchant » (Beames, II, 26, Hœrnle, p. 222).
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Il est tentant de rapprocher les deux mots ; aussi Bhandarkar propose-t-il de voir dans m. lā le gérondif de *lāgayati*, pkr. *lāivi* ; le rapport entre *lā* et *lāgīm* serait dès lors à peu près celui de *lāvṇem* à *lāgṇem*, du moins pour la formation. A vrai dire cette hypothèse peut bien rendre compte de formes comme nép. *lāi*, h. *le* ; et par un détour (en faisant appel à l'infinitif *lāium* de pj. *lō* par exemple ; mais précisément en marathe le gérondif en *-i* n'a jamais existé, et d'ailleurs *-ai* devrait se contracter en *-e* ; et s'il s'agissait de *lāium* le résultat aurait été sans doute semblable à la forme du penjabi. Les mêmes objections s'appliqueraient à une interprétation par la racine *lā-* « prendre » (gér. pkr. *laï*, Pischel, § 594), que suggérerait la forme de singh. *lāva* « par, avec », gér. de *lanu* « prendre » ; du reste la racine *lā-* a fait place en prākrit et dans les langues modernes à *le-* : m. *leṇem*, h. *lenā* dont le participe à l'oblique *liye* a en effet pris le sens de « en vue de, pour », etc.
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Une interprétation plus satisfaisante a été proposée par M. Hœrnle (*Comp. gram.*, p. 225), qui voit dans m. *lā*, s. *lāi*, nép. *lāi* le locatif skr. *lābhe* « au profit de » ; pour rendre cette étymologie phonétiquement correcte il n'y aurait qu'à voir dans les formes en *-ā* et *-ō* d'autres cas du même mot ; mar. *lā* s'expliquerait assez bien par l'ablatif, pkr. **lāhā* ou **lāhāo*.
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Dans ce cas il faudrait séparer de l'indéclinable *lā* l'adjectif dit « génitif » du Concani *lo, lī, leṃ* (Beames, II, p. 276), qui semble n'être qu'une abréviation de la forme plus courante *gelo* : ce *gelo* est le part. passé du verbe « aller » (m. *gelā*) qui a pris le sens de « appartenant à ». Et en effet les postpositions de datif en marathe semblent toutes des formes figées de substantifs, et à aucune d'elles ne semble correspondre l'adjectif d'appartenance : on sait que beaucoup d'autres langues présentent un aspect tout différent (v. Grierson, *K. Z.*, XXXVIII, p. 476).
Cites (4)
- Jñāneśvarī — Jñāneśvara, Marathi
- Kauṭilīya Arthaśāstra — Kauṭilya, Sanskrit
- Ṛgvedasaṃhitā — Sanskrit
- Paṇḍharpūr