La formation de la langue marathe c7: Conclusion
La formation de la langue marathe c7
- Language
- French
Conclusion
c7.1
§ 278. De l'exposé qui précède il ressort que sur aucun point le marathe n'a apporté d'innovations graves dans le système linguistique qu'il avait hérité du moyen-indien.
c7.2
C'est dans la période la plus ancienne à laquelle nous puissions atteindre que le type ancien de l'indo-iranien a commencé de s'altérer dans l'Inde. Déjà le Rgveda laisse deviner la perte de ṛ voyelle, c'est-à-dire de la seule sonante qui fournissait encore un jeu d'alternances sensible aux sujets parlants ; et l'on voit la morphologie comme la phonétique profondément altérées dès les inscriptions d'Açoka. Le marathe n'a fait que reconstruire un nouveau système avec les débris conservés par le moyen-indien ; et il l'a fait de la même façon dans l'ensemble que les autres langues indo-aryennes modernes, du moins celles qui sont parlées à l'est de l'Indus. En effet le singhalais, le tsigane et les dialectes du nord-ouest himalayen ont eu une évolution parallèle en partie à l'évolution générale de l'indo-aryen, mais chacun d'eux présente des innovations particulières à beaucoup d'égards. Les autres langues au contraire, qu'on pourrait pour cela dénommer prākritiques, remontent presque toutes à une même langue commune attestée par les divers documents du moyen-indien, et ont évolué de façon très semblable ; les divergences de détail qui s'y rencontrent ne coïncident pas assez fréquemment pour qu'on puisse les répartir en groupes nettement séparés. Ainsi le marathe, qui généralement s'accorde avec la langue géographiquement la plus voisine, le guzrati, s'en distingue souvent.
c7.3
Le traitement des voyelles devant consonne géminée est le même en marathe, en guzrati, dans les langues du centre et de l'est ; il s'oppose à celui du sindhi, du penjabi et de l'hindi occidental. Avec le guzrati encore, mais avec le guzrati seul, le marathe conserve intact le groupe nasale + occlusive. En marathe et en guzrati, comme dans tout le groupe occidental, *v* initial et géminé est conservé, *n* et *l* intervocaliques sont cérébraux. Mais les groupements sont partiellement différents : le singhalais conserve *v*, mais conserve aussi *n* et *l* ; par contre l'oriya, quoique appartenant au groupe oriental, a *l* cérébral intervocalique. De plus le marathe se sépare du guzrati dans le traitement de *ch*, qui est représenté par *s* en marathe et dans des dialectes isolés, notamment ceux de l'extrême-est ; de même plusieurs diphtongues finales du prākrit, et par suite un certain nombre de désinences, sont les mêmes en marathe et en hindi par exemple, et diffèrent des diphtongues et des désinences correspondantes du guzrati et d'autres langues occidentales.
c7.4
Dans la morphologie, le marathe et le guzrati seuls sur le continent ont conservé les trois genres anciens ; seuls aussi ils ont étendu au nominatif des démonstratifs le thème en *t-* des cas obliques ; le participe en *-lā* du marathe a encore son équivalent en guzrati et en outre dans les parlers du nord-ouest et du groupe oriental. Mais par la formation du futur le marathe se sépare du guzrati et rejoint les dialectes du Rajputana ; avec les mêmes dialectes entre autres il forme l'infinitif en *-n-* et non en *-v-* comme le guzrati et les parlers orientaux ; d'autre part il se distingue, non seulement du guzrati, mais encore des parlers du Rajputana par la manière de former le présent ; enfin pour la conservation des désinences *-asi*, *-anti*, *-antu*, le marathe n'a comme compagnons que des parlers orientaux.
c7.5
§ 279: Le marathe ne se rattache donc à aucun groupe d'une manière exclusive. Mais surtout il présente extrêmement peu de caractéristiques qui lui soient propres. Dans la phonétique, qui est la partie la moins originale de cette langue, on ne trouve guère à mentionner que le traitement particulier des palatales, suivant le timbre de la voyelle qui les suit : or, il s'agit moins ici d'un développement normal que d'une trace d'un substrat linguistique ancien. La déclinaison ne diffère de celle des langues parentes que par le choix des affixes ou des pospositions : ceci est au fond affaire de vocabulaire. La formation des possessifs *mājhā*, *tujhā*, et dans le verbe, le gérondif en *-ūn* paraissent les seules particularités présentées uniquement par le marathe. Les formes et leur emploi sont souvent plus archaïques en marathe que dans
c7.6
d’autres langues : mais il semble que ce ne soit là même qu’un état transitoire. Dans la formation d’un temps passé actif, dans la régularité d’emploi du verbe « être », dans la simplification des formes de l’adjectif épithète, dans la fixité relative de la place des éléments constituant la phrase on perçoit l’action de tendances nouvelles ; autonomes sans doute pour la plus grande part, ces tendances sont aussi renforcées par l’action de la langue écrite, qui emprunte des tournures d’autres langues, notamment à l’hindi et à l’anglais (sur l’anglais, v. Joshi, p. 44). Quelle que soit l’origine de ces tendances, leur action semble bien conduire le marathe, langue encore relativement archaïque, à rejoindre progressivement celles des langues indo-aryennes où la morphologie et la syntaxe ont évolué plus rapidement.
Linked texts (1)
- Ṛgvedasaṃhitā — Sanskrit