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La religion vedique d'apres les hymnes du Rig-Veda v2.c12: Deuxième Partie: Le dieu guerrier, Indra

La religion védique d'après les hymnes du Rig-Véda v2.c12

Language
French

Contents

Deuxième Partie: Le dieu guerrier, Indra

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L’ACTION D’INDRA SUR LES PHÉNOMÈNES CÉLESTES

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SIGNIFICATION NATURALISTE DU PERSONNAGE D'INDRA

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En quittant l’étude des éléments des phénomènes naturels et des éléments correspondants du culte pour aborder enfin celle d’un personnage distinct de ces éléments, nous ne disons pas pour cela adieu au soleil, à l’éclair, à Agni et à Soma. Non seulement on les verra, tout en descendant, dans le drame mythologique, au rang de deutéragonistes, en rester toujours avec les aurores, les eaux, les offrandes et les prières, des acteurs indispensables; mais nous aurons à constater tout d’abord qu’Indra lui-même, s’il n’est pas une simple personnification du soleil et de l’éclair, leur emprunte du moins ses principaux attributs. C’est là, du reste, un caractère qui lui est commun avec la plupart des dieux védiques.

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Le nom par lequel les dieux sont le plus ordinairement désignés, *deva*, signifie « brillant », et doit à lui seul nous disposer à reconnaître dans les phénomènes lumineux et ignés du ciel et de l’atmosphère, sinon ces dieux eux-mêmes, au moins leurs manifestations visibles. En fait, les poètes védiques croient voir briller les dieux dans l’atmosphère, VII, 39, 3. Les chemins qui s’ouvrent à leurs regards dans les airs au lever de l’aurore sont les chemins par où passent les dieux, VII, 76, 2. Tous les dieux suivent Savitṛi, et celui-ci suit l'aurore, V, 81, 2 et 3, et semble souvent à peu près confondu avec le soleil¹. Le soleil lui-même est tantôt le séjour, I, 14, 9, tantôt la face, I, 115, 1, des dieux. Enfin, on dit d'eux, non seulement qu'ils s'éveillent à l'aurore, *usharbudhah*, I, 14, 9; 44, 1 et 9, mais, ce qui est plus caractéristique, que leur « naissance¹ » coïncide avec l'apparition bienfaisante des Açvins, VI, 63, 5, c'est-à-dire encore avec le lever du jour. Ils semblent là identifiés avec les phénomènes lumineux du matin. D'autre part, un personnage divin qui, en tant que né des eaux, est assimilé à Apâm Napât, Hiranyagarbha², est appelé le « souffle » des dieux, X, 121, 7, cf. 1.

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¹ Voir III, p. 50-51.

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¹ Le mot *janiman* n'est employé dans le *Rig-Veda* que trois autres fois au locatif, et toujours dans ce sens, III, 1, 4; IV, 17, 2; 22, 4.

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² Voir plus haut, p. 47.

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Les *Rishis* vont plus loin encore. Ils donnent le nom même de « feux » aux *viçve devâs*, c'est-à-dire à tous les dieux invoqués avec Agni, III, 24, 4³, qui paraît alors ne différer d'eux que comme représentant le feu par excellence. Au vers 1 de l'hymne V, 3, il est dit que tous les dieux sont compris dans Agni, qui est de plus identifié spécialement, dans ce vers et dans les deux suivants, à plusieurs dieux, et dans l'hymne II, 1, successivement à tous les dieux du *Rig-Veda*, et on rencontre ailleurs encore l'idée que les différents dieux ne sont que des noms différents d'un seul et même être, I, 164, 46, cf. III, 38, 7; X, 114. 5, à savoir du « taureau », III, 38, 7, ou de l'« oiseau », X, 114, 5, cf. I, 164, 46, dans lequel nous sommes habitués à reconnaître Agni ou Soma. Cette idée, sans doute, ne se rencontre que rarement sous sa forme achevée. Mais l'identification isolée de tel ou tel des différents dieux à Soma, et surtout à Agni, sous leurs différentes formes, est un fait fréquent que nous aurons à signaler dans les chapitres consacrés à chacun d'eux.

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³ Cf. les vers III, 26, 4-6 où ce sont les Maruts, groupe souvent assimilé d'ailleurs à celui des *Viçve devâs*, qui sont invoqués sous le nom de « feux », *agnayas*, dans un hymne à Agni Vaiçvânara.

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Le caractère d'Indra est conforme à la conception générale qui attribue aux dieux védiques une nature essentiellement lumineuse ou ignée. Il est brillant comme la lumière même, IV, 23, 6, cf. X, 43, 9, et c'est avec des formes brillantes qu'il pénètre au milieu de ses noirs ennemis, III, 31, 21. Il a la couleur de l'or, V, 38, 2; il est une « source d'or », VIII, 50, 6. Les poètes donnent aussi des crinières d'or, VIII, 32, 29, à ses deux chevaux, et le nom ordinaire de ces chevaux, *hari* « bai », éveille également une idée de splendeur sur laquelle les hymnes III, 44 et X, 96 insistent avec des jeux de mots interminables. Indra est comparé au soleil pour différentes raisons, I, 100, 2; 130, 2; II, 11, 20; VIII, 32, 23, mais particulièrement à cause de sa splendeur, de ses rayons qui croissent et avec lesquels, comme le soleil, il « agrandit »¹ les deux mondes, VIII, 12, 7. Sa face est « invincible » comme celle du soleil, X, 48, 3, ce qui veut dire sans doute que l'éclat de cette face triomphe des ténèbres. Non seulement c'est « avec le soleil » qu'il accomplit plusieurs des exploits qui lui sont attribués, II, 11, 4; VIII, 12, 9; X, 148, 2; non seulement il voit par l'œil du soleil, VII, 98, 6, et se fait traîner par ses chevaux, X, 49, 7, cf. I, 130, 2, VIII, 1, 11; mais il se revêt lui-même de l'éclat du soleil, X, 112, 3; enfin il reçoit le nom même de « soleil »² dans un vers, X, 89, 2, où il est représenté faisant rouler à travers l'espace les roues de son char, cf. II, 11, 20.

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¹ Voir plus haut, p. 2.

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² Il se pourrait donc qu'au dernier vers de l'hymne IV, 31, le dieu invoqué sous le nom de « soleil » fût pareillement Indra à qui l'hymne entier est adressé.

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Les *Rishis* disent de plus qu'il remplit les deux mondes, VIII, 53, 4, qu'il les remplit comme l'aurore, X, 134, 1, et nous pouvons ajouter, comme le soleil, ou plus généralement comme Agni, c'est-à-dire aussi comme l'éclair. Il est en effet, dans une formule curieuse, VIII, 82, 9, comparé à la foudre, qui plus ordinairement est mise comme une arme entre ses mains.

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D'autres traits encore rapprochent le personnage d'Indra de celui d'Agni, soit qu'il faille expliquer ces analogies par l'identité d'origine, ou par une assimilation plus ou moins tardive, ou tour à tour, et selon les cas, par l'une et par l'autre de ces causes.

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C'est plutôt à la seconde que je rapporterais l'attribution faite à Indra d'une multiplicité de formes, *rûpa*, III, 53, 8; VI, 47, 18, cf. VIII, 15, 13, *nâman*, III, 37, 3; VIII, 82, 17, cf. X, 73, 8 et 74, 6³, *dhâman*, III, 37, 4; VIII, 21, 4, qu'il prend à volonté, III, 48, 4, ⁴. De même que ses puissances, *indriya*, sont réparties, tantôt entre le ciel et la terre, I, 103, 1, tantôt entre les cinq races, III, 37, 9, cf. I, 100, 12, c'est-à-dire, comme nous l'avons vu, entre cinq grandes divisions de l'univers, il est probable que ses quatre formes, X, 54, 4, dont la quatrième, VIII, 69, 9, doit être une forme cachée, cf. X, 55, 1 et 2, correspondent aux trois mondes visibles et au monde invisible. Il est même dit d'Indra, comme d'Agni, qu'il est né en trois lieux différents, VIII, 2, 21. Mais ici il semble bien décidément que le poète applique à Indra une formule qui ne convenait originairement qu'à Agni et à Soma. Eux seuls naissent sur la terre en même temps que dans les mondes supérieurs.

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³ « Remplir » des formes, c'est sans doute la même chose qu' « entrer » dans des formes, comme Soma, IX, 25, 4; 28, 2, cf. VII, 55, 1, et Indra lui-même, si, comme je le crois, il y a anacoluthe au vers VIII, 15, 13.

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⁴ C'est peut-être aussi à la diversité des formes d'Indra que fait allusion la répétition distributive de son nom dans l'invocation du vers VIII, 12, 19.

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On pourrait au contraire chercher une preuve de l'identité primitive d'Indra avec le feu céleste dans les formules concernant la naissance de ce dieu.

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Je n'insisterai pas particulièrement sur celles qui nous le montrent, comme Agni et Soma, engendré par les dieux ¹, II, 13, 5; III, 49, 1; X, 48, 11, ou par les deux coupes, *dhishane*, III, 49, 1; VIII, 50, 2, c'est-à-dire par les deux mondes, cf. VIII, 88, 6 et IV, 17, 12, par le ciel et la terre, dont il est en même temps le père, toujours comme Agni et Soma ², VIII, 36, 4, en sorte qu'on a pu dire de ce dieu, « étendant » la terre et « étayant » le ciel dès sa naissance, VIII, 78, 5, qu'il a engendré de son propre corps son père et sa mère, X, 54, 3. Bien qu'un personnage à la fois fils et père du ciel et de la terre rappelle naturellement le soleil et l'éclair brillant entre les deux mondes, et les faisant briller à leur tour; bien qu'Indra en particulier soit expressément comparé au soleil comme faisant, de ses rayons « accrus », « croître » les deux mondes, VIII, 12, 7, il est incontestable que les formules citées pourraient aussi s'expliquer, d'un côté par l'idée générale d'un dieu tout-puissant, auteur de toutes choses, et par conséquent du ciel et de la terre mêmes, de l'autre par la conception qui fait du ciel et de la terre les premiers parents de tous les êtres, des dieux aussi bien que des hommes.

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² Plus haut, p. 5 et 22.

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Il faut cependant retenir de ces formules le fait même de la « naissance » d'Indra. Ce fait est en soi très important et très caractéristique. Si Indra est appelé une fois, III, 45, 2, le « non-né » ¹ des eaux, (cf. X, 134, 6?), c'est par une assimilation évidemment tardive avec ce personnage du Père que nous avons vu déjà opposé, sous le même nom de « non-né » au premier-né représentant le feu céleste manifesté¹, et dont nous étudierons les diverses formes dans la quatrième partie. Ce n'est pas la seule trace que nous devions rencontrer d'une confusion du personnage d'Indra avec d'autres personnages divins dont il différait essentiellement à l'origine. Cette confusion s'explique par le grand développement qu'a pris le culte d'Indra, celui de tous les dieux védiques auquel est adressé le plus grand nombre d'hymnes. Ses dévots ne se contentent pas de célébrer en termes magnifiques la puissance et l'immensité de ce dieu dont la gloire est répandue en tous lieux, I, 102, 2, qui « n'a pas son pareil », I, 81, 5; IV, 30, 1, ni sur terre, ni dans le ciel, VII, 32, 23; de ce créateur et organisateur, X, 167, 3, de ce roi unique du monde, VIII, 37, 3, auquel obéissent le ciel et la terre, IV, 17, 1; VIII, 6, 38, cf, IV, 30, 2; X, 50, 1, dont la taille est égale à leur étendue, X, 111, 2 et 5, ou plutôt que l'univers ne peut contenir, I, 52, 14; 61, 8 et 9; 102, 8; 173, 6; III, 32, 11; 46, 3; VI, 18, 12; VII, 21, 6; 23, 3; VIII, 6, 15; 12, 24; 77, 5; X, 89, 1; 11, qui dépasse les deux mondes comme l'essieu dépasse les roues, VI, 24, 3, dont les deux mondes n'égalent qu'une moitié, VI, 30, 1, bien plus, que cent ciels et cent terres ne pourraient égaler en grandeur, VIII, 59, 5, qui embrasse toutes les races comme la jante embrasse les rayons, I, 32, 15, qui les tient dans ses mains, VI, 31, 1, et dont le poing fermé peut contenir le ciel et la terre, III, 30, 5. Indra reçoit encore à l'occasion les attributs des divinités mêmes dont le caractère est, comme nous le verrons, le plus directement opposé au sien. De ce nombre est la qualification de « non-né ». En effet Indra est essentiellement un dieu « né », un dieu fils, et, par là, il s'oppose, avec les formes du fils qui représentent directement le feu céleste manifesté, au « non-né », au Père, représentant, soit le feu caché, soit le ciel même qui le renferme, ou l'un et l'autre à la fois.

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¹ Cf. I, p. 103 et 207.

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¹ 3. Sur la signification du mot *aja*, voir III, p. 21.

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¹ Plus haut, p. 101 et suiv.

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Les poètes védiques font de fréquentes allusions à la naissance d'Indra. Aux passages déjà cités qui nous le montrent engendré par les dieux ou par le ciel et la terre, il faut en ajouter d'autres qui font, en termes plus ou moins précis, mention de sa naissance, II, 12, 1; X, 133, 2; 153, 1, et de ceux qui l'ont engendré, VII, 20, 5; VIII, 86, 10; X, 73, 10; 120, 1, de ceux qui l'ont «fait», VI, 19, 1, cf. VIII, 86, 10, de son père, I, 129, 11; X, 28, 6, et de sa mère, X, 134, 1-6, appelée une fois Nishtigrî, X, 101, 12. Indra est né grand, X, 148, 2, et fort, I, 11, 4; II, 22, 3; III, 46, 4; V, 29, 14; 35, 3; VI, 29, 6; VII, 20, 1; 28, 2; VIII, 66, 8, ce qui le fait appeler «fils de la force», VI, 18, 11; VIII, 81, 14; X, 50, 6; 153, 2. Il est né pour la puissance et la force, VI, 38, 5; VII, 28, 3; X, 180, 3, et pour la ruine des démons, I, 51, 6, ou plutôt il a été glorieux, V, 32, 11, il a été maître, VI, 45, 16, il a été «adulte», I, 5, 6, dès sa naissance, pour rester d'ailleurs, non seulement immortel, VIII, 82, 5, mais toujours jeune, II, 16, 1; VI, 38, 3. Dès sa naissance, il a mérité d'être invoqué, VIII, 85, 21, et le sacrifice est né aussitôt après lui, VIII, 78, 5-6; dès sa naissance, il a goûté les aliments que les hommes continuent à lui offrir, la bouillie, la chair des buffles, VIII, 58, 14 et 15, et surtout le Soma «qui croît avec lui», VIII, 4, 12. Il a bu la liqueur enivrante en naissant, VI, 40, 2; VII, 98, 3; VIII, 66, 4, cf. 1 et VII, 21, 1; il l'a bue au plus haut du ciel, III, 32, 9 et 10. Elle a été sa première nourriture, et il l'a conquise sur le démon, III, 36, 8. Car aussitôt né, il est de taille à triompher de ses ennemis, V, 30, 4; 32, 3; VIII, 45, 4; 66, 1; 85, 16; X, 99, 10; 113, 4; 120, 1; tout lui cède, X, 89, 13, tout tremble, IV, 17, 7, les dieux mêmes, V, 30, 5, ainsi que les montagnes, le ciel et la terre, I, 61, 14; 63, 1; IV, 17, 2; 22, 3, à la naissance du dieu qui, la foudre à la main, *ibid.*, conquiert les eaux célestes, V, 30, 5. Le dieu qui «naît» la «foudre» à la main, et qui fait trembler les mondes, semble bien représenter le même phénomène que l'arme qu'il brandit, c'est-à-dire l'éclair. C'est aussi d'un dieu représentant, comme Agni, le soleil ou l'éclair, qu'on a pu dire le plus naturellement qu'«en naissant» il remplit les deux mondes, IV, 18, 5, et fait briller le ciel, III, 44, 4, qu'après sa «naissance» on voit la lumière allumée au delà du ciel, VIII, 6, 28-30.

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Mais les textes les plus curieux sont ceux qu'on trouvera dans la quatrième partie sur le «père»¹ et sur la «mère»² d'Indra, et surtout l'hymne IV, 18, consacré tout entier³ à célébrer sa naissance, ou plutôt ses différentes naissances, d'une mère à laquelle semblent quelquefois substituées les eaux (au pluriel). Cette mère prend tour à tour un aspect bienveillant et un aspect malveillant comme la mère cachée d'Agni que nous avons précédemment étudiée, et comme le père d'Indra lui-même que nous verrons tour à tour forger à Indra sa foudre, II, 17, 6, ou, au contraire, devenir l'ennemi du jeune dieu, qui, pour entrer en possession de son héritage, cf. VIII, 46, 15, et en particulier pour conquérir le Soma, doit lui faire violence, et consommer sur lui un parricide, IV, 18, 12. De même que le feu céleste est caché par sa mère, V, 2, 1, Indra est aussi caché par la sienne, cf. I, 52, 3, comme s'il était indigne de voir le jour, IV, 18, 5; de même qu'Agni et Soma¹, c'est par un acte de sa volonté propre, et de vive force, qu'il sort du sein où elle le retenait trop longtemps, IV, 18, 1-4, cf. 13; enfin l'allusion même à la diversité des traitements qu'Indra reçoit de sa mère en naissant, IV, 18, 8, impliquant l'idée d'une série de naissances de ce dieu éternellement jeune, II, 16, 1; VI, 38, 3, nous révèle une nouvelle ressemblance entre lui et le feu sans cesse renaissant. Il est même au vers IV, 18, 8, expressément donné comme le fils des eaux.

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¹ III, p. 58 et suiv.

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² III, p. 104 et suiv.

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³ Nous en donnerons l'analyse, *ibid.*

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¹ Voir plus haut, p. 85.

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Indra semble encore assimilé à Apâm Napât en plusieurs passages qui le représentent, non seulement revêtu du nuage, II, 30, 3, cf. IV, 22, 2, mais naissant, VIII, 6, 28, et croissant, I, 33, 11; X, 43, 3; 104, 9, (cf. X, 30, 4 et II, 13, 1?), au milieu des rivières célestes, et mugissant avec des mères, II, 11, 8, ou faisant mugir à sa naissance des vaches, VIII, 59, 4, qui semblent être aussi les eaux du ciel. On l'appelle le plus puissant *âptya* des *âptya*, X, 120, 6, et ce mot, comme nous aurons l'occasion de le redire à propos de Trita Aptya, paraît être une sorte de métronymique équivalent à Apâm Napât. Enfin Indra, comme Apâm Napât, est l'amant, X, 111, 10, cf. VII, 26, 3, aussi bien que le fils des rivières.

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Concluons de ce qui précède que l'origine naturaliste du personnage d'Indra ne doit pas être cherchée, comme on l'a fait quelquefois, dans l'idée du ciel même². Il ne faudrait pas abuser, il est vrai, de l'argument fourni par les textes qui donnent pour parents à Indra le couple formé du ciel et de la terre, ni de celui qui nomme en particulier le ciel comme son père, IV, 17, 4, cf. V, 36, 5. Nous savons en effet qu'un seul et même élément, le feu, a pu fournir à différents mythes deux personnages dont l'un est le père de l'autre¹. Encore une fois, ce qui est caractéristique, c'est le fait même de la naissance d'Indra. Sans doute il est dit aussi du ciel, en même temps que de la terre, qu'il a été engendré. Mais il n'y a pas de comparaison à faire entre les formules paradoxales qui représentent les premiers parents comme engendrés par leur propre fils², et celles qui célèbrent les exploits accomplis par Indra à sa naissance. Ces dernières offrent, au contraire, plus d'une analogie frappante avec celles qui concernent la naissance d'Agni ou celle de Soma.

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² La formule qui arme le ciel d'une arme de jet, nommée *açani*, et qui lui compare Indra, le porte-foudre par excellence, IV, 17, 13, est à ma connaissance le seul du Rig-Veda qui puisse fournir un argument à l'appui de cette hypothèse. La comparaison du vers X, 133, 5 est trop peu caractéristique pour mériter d'être relevée.

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¹ P. 107 et cf. I, p. 56 et 173.

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² Voir 5 et 22.

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Ajoutons que l'étymologie la plus vraisemblable, selon nous, du nom d'Indra, est celle qui le rattache à la racine *indh* « brûler » comme le nom d'*indu*, désignant la goutte brillante et brûlante du Soma³.

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³ Voir ci-dessus, p. 3.

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Qu'on ne se méprenne pas, d'ailleurs, sur la portée que nous entendons donner à ces rapprochements. Il ne s'agit pas d'identifier l'Indra invoqué dans plus de deux cents hymnes de *Rig-Veda* avec l'éclair ou le soleil, non plus qu'avec le vent⁴, par exemple, auquel il est aussi comparé, X, 23, 4, cf. II, 14, 3 ; IV, 17, 12. Indra n'est pas resté simplement une nouvelle forme du feu à ajouter à celles que nous avons cru déjà reconnaître et à d'autres que nous aurons à reconnaître encore. J'ai annoncé en effet que nous abordions l'étude d'un dieu conçu comme distinct des éléments, soit naturels, soit liturgiques, qui nous avaient seuls occupés jusqu'ici. C'est peut-être ce caractère moins directement naturaliste d'Indra qui faisait quelquefois mettre en doute son existence. Indra, en effet, semble avoir été à peu près le seul⁵ des dieux védiques qui ait rencontré des incrédules et aux yeux duquel, par suite, le suppliant puisse se faire un mérite de sa foi, I, 55, 5 ; 102, 2 ; 103, 5 ; 104, 6 et 7 ; VI, 26, 6 ; VII, 32, 14 ; X, 113, 9 ; 147, 1, cf. I, 108, 6 ; VIII, 1, 31 ; IX, 113, 2 et 4⁶. L'impie nie son existence parce qu'il est invisible, II, 12, 5; VIII, 89, 3, cf. V, 30, 1-2; VI, 27, 3; mais le prêtre, II, 12, 5, et au besoin Indra lui-même, VIII, 89, 4, fait appel à la foi qui reconnaît le dieu dans les manifestations de sa puissance.

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⁴ Voir Grassmann, sous ces deux mots.

v2.c12.42

⁵ Rappelons pourtant la substitution d'Indra au vent dans la triade que celui-ci a formée avec le soleil et le feu terrestre, I, p. 24.

v2.c12.43

⁶ Voir pourtant les vers II, 26, 3 à Brahmanaspati, le vers X, 39, 5 aux Açvins, et l'hymne X, 151 à la Foi, *çraddhâ*.

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En somme, Indra est peut-être, de tous les dieux védiques, celui qui résiste le plus longtemps à un genre d'analyse qui, appliqué à la plupart des autres, les résout plus ou moins vite en des personnifications des éléments, soit des phénomènes naturels, soit du culte. L'origine naturaliste du personnage d'Indra peut, selon nous, être cherchée dans le feu céleste du soleil et de l'éclair. Mais ce personnage, tout en continuant à emprunter à l'éclair et au soleil ses principaux attributs, a pris une personnalité distincte dont nous devons maintenant chercher à déterminer le caractère essentiel.

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CARACTÈRE PROPRE D'INDRA

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Indra est un dieu toujours propice à ses suppliants, et c'est en outre, comme l'annonce déjà le titre même de cette seconde partie, un dieu guerrier. Comme dieu guerrier, il se distingue d'autres divinités, uniquement bienfaisantes ainsi que lui, mais d'un caractère purement pacifique, des Açvins, par exemple, que nous étudierons dans la troisième partie. Comme dieu toujours propice, aussi bien que comme dieu guerrier, il s'oppose aux personnages que nous appellerons dieux souverains; ceux-là règnent sans lutte, et c'est ce qui nous a paru justifier le nom qui nous servira à les désigner; mais, de plus, ils sont tour à tour propices et redoutables à leurs suppliants, quelquefois malfaisants au point de se confondre presque avec les démons, ennemis du dieu guerrier.

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C'est seulement dans la quatrième partie de ce livre, consacrée aux dieux souverains, que nous pourrons faire ressortir cette opposition, et compléter ainsi l'étude du caractère d'Indra. C'est aussi alors que nous ferons le compte des passages relativement très peu nombreux, où le dieu prend un caractère qui n'était pas primitivement le sien, et particulièrement de ceux où ses suppliants paraissent redouter sa colère¹. On verra que le nombre en est tout à fait insignifiant, ou plutôt que la rareté de ces exceptions est elle-même très significative et met hors de doute les différences profondes qui existaient entre la conception des dieux souverains, souvent redoutables, même à leurs fidèles, et celle du dieu guerrier, toujours secourable à ceux qui l’invoquent.

v2.c12.48

¹ A ceux qui seront cités, III, p. 203-204, on ajoutera, après le vers 6 de l'hymne 1, 104, le vers 8 du même hymne.

v2.c12.49

La « crainte d’Indra », quand elle se manifeste accidentellement, s’explique, — comme l’attribution abusive au même dieu du titre de « non-né »², comme plusieurs autres traits également étrangers à son caractère que nous rencontrerons, soit dans cette seconde partie, soit dans la quatrième, consacrée aux dieux souverains, — par une confusion d’autant plus naturelle qu’Indra est, de tous les dieux védiques, le plus souvent invoqué.

v2.c12.50

² Voir plus haut, p. 162 et suiv.

v2.c12.51

Pour quelques formules destinées à apaiser le courroux d’Indra, les hymnes qui lui sont adressés en contiennent d’innombrables où l’unique sentiment exprimé par le fidèle est la confiance dans sa bonté, et surtout dans sa libéralité. « Tu es », lui dit-il, VII, 23, 5, « le seul des dieux qui ait pitié des mortels ». Indra « adapte le désir des chantres comme un essieu à deux roues » qui lui font atteindre le but, I, 30, 15, cf. 14. Il donne des deux mains, V, 39, 1, de la gauche comme de la droite, V, 36, 4. Il donne, non « peu », mais « beaucoup », IV, 32, 20 et 21, et nul ne peut l’empêcher de donner, IV, 31, 9 ; 32, 8.

v2.c12.52

La libéralité est un trait si essentiel du caractère d’Indra que l’épithète *maghavan*, équivalente à *dâtri* « donneur », IV, 31, 7, est devenue comme un autre nom du dieu³. Il ne partage guère ce nom⁴ qu’avec les sacrifiants, image d’Indra sur la terre, qui payent généreusement le sacrifice célébré à leur profit par les prêtres. On l’appelle le plus grand des *maghavan*, Vâl. 5, 1, « le plus *maghavan* de tous », Vâl. 6, 5. Le mot *magha* qui désigne souvent ses dons, V, 32, 12 ; VII, 21, 7 ; 26, 4 ; VIII, 33, 5, et d’autres formations de la racine *mamh* employées au même usage, VIII, 15, 10 ; 24, 22, sont rapprochés du nom de *maghavan*, par un procédé de style familier aux *Rishis*, pour relever le sens étymologique de ce nom. « O *maghavan* », lui dit-on, « donne-nous des *magha* », VII, 29, 1, cf. IV, 17, 8. Indra, par ses *magha*, dépasse en libéralité les autres *maghavan*, VIII, 24, 2. Il est le plus libéral, *mamhishtha*, des *maghavan*, V, 39, 4.

v2.c12.53

³ Sa transformation en nom propre est un fait accompli dans le sanskrit classique.

v2.c12.54

⁴ Voir Grassmann, *Wærterbuch*, *s. v.*

v2.c12.55

Le nom de *maghavan* n'est d'ailleurs pas le seul qu'Indra partage avec les bienfaiteurs terrestres des prêtres. Il faut y ajouter celui de *sûri*, I, 61, 3; 173, 7; III, 31, 14; VI, 29, 5; 37, 5, qui, quel que soit son sens étymologique, a certainement la même valeur¹ dans son application aux dieux, et particulièrement à Indra, que dans son application, d'ailleurs beaucoup plus fréquente, aux riches sacrifiants. Au vers I, 61, 3, il est joint au superlatif *mamhishtha* « très-libéral », et au vers III, 31, 14, il est rapproché du mot *maghavan*. Enfin, comme j'ai eu déjà l'occasion de le dire², le mot *dakshinâ*, désignant souvent les dons d'Indra, II, 11, 21; 18, 8; III, 36, 5; VI, 37, 4; VII, 27, 4; VIII, 24, 21, cf. III, 39, 6; 53, 6; VI, 29, 3; IX, 98, 10, rappelle le salaire donné au prêtre par le sacrifiant, salaire dont ce même mot est l'appellation propre.

v2.c12.56

¹ Et non le sens de « brillant », comme le veut M. Grassmann.

v2.c12.57

² I, p. 127.

v2.c12.58

Si Indra est un dieu bon et libéral, c'est aussi un dieu fort et belliqueux. Ces deux aspects de sa nature sont d'ailleurs étroitement liés l'un à l'autre. Les dons d'Indra se composent principalement du butin de ses victoires.

v2.c12.59

Sa « force » est célébrée dans d'innombrables formules. On connaît déjà³ celles qui le montrent « fort dès sa naissance », ou qui lui donnent le nom de « fils de la force ». Les épithètes exprimant cette force invincible sont accumulées dans les vers II, 21, 2; III, 46, 1 et 2; VI, 18, 1; VIII, 32, 27, et dans beaucoup d'autres. Aux vers II, 16, 4-6; V, 40, 1-3; VIII, 13, 31-33; 33, 10-12, c'est un même mot *vrishan* « mâle », alternant seulement dans le premier avec *vrishabha* « taureau », et suggérant la même idée, qui est répété jusqu'à satiété, et appliqué d'ailleurs, non seulement à Indra lui-même, mais à ses armes, à ses chevaux, et aux éléments du sacrifice, qui, ainsi que nous le verrons, entretiennent la force et assurent la puissance du dieu. Le nom de *nri* le désigne encore, ainsi que pourrait le faire le mot grec correspondant ἀνήρ, comme un être fort, viril. On dit de lui qu'il est le plus *nri* des *nri*, III, 51, 4; VII, 19, 10, et en ajoutant le dérivé *narya* « viril », qu'il est *nri narya* le plus *nri* des *nri*, IV, 25, 4. Le vers VI, 18, 4, répète aussi plusieurs fois, mais en variant les termes, qu'il est plus fort que les plus forts. Nul n'est plus fort que lui, VIII, 24, 15, ni dieu, ni mortel, VI, 30, 4. Cette force qui le rend si célèbre, VIII, 24, 2, est sans limites, VI, 29, 5; elle ne connaît pas d'obstacles, II, 16, 3; V, 29, 14; 32, 9, cf. VIII, 24, 9, et le ciel et la terre lui obéissent, VIII, 82, 12; 88, 6. Enfin la force est un attribut si essentiel d'Indra, qu'un mot dérivé de son nom, *indriya*, a pu désigner, non seulement la force d'Indra, mais, par extension, dès la période védique, la force d'autres divinités, et dans la langue classique la force en général. Ajoutons que la force d'Indra est avant tout une force matérielle, résidant principalement dans les deux bras du dieu, I, 80, 8, et qu'il en trouve l'emploi dans les combats où il est sans cesse engagé.

v2.c12.60

³ Voir p. 164.

v2.c12.61

En effet, si Indra est puissant autant que fort, et s'il est, pour cette raison, souvent désigné dans les hymnes védiques par le mot *Çakra*¹ (de *çak* « pouvoir »), sur lequel les Rishis font des jeux étymologiques, I, 10, 6; VIII, 67, 5, analogues à ceux que nous avons relevés dans l'usage du nom de *maghavan*, cette puissance qui lui vaut tant d'adorateurs ne se maintient que par la lutte. Indra, comme nous l'avons annoncé, ne règne pas paisiblement sur le monde à la façon des dieux souverains, et le nom même qui nous a paru résumer le mieux son caractère est celui de dieu guerrier.

v2.c12.62

¹ Devenu dans le sanskrit classique un véritable synonyme d'Indra.

v2.c12.63

Nous avons vu déjಠqu'« en naissant » il a des ennemis à combattre, et la tâche de sa première enfance sera celle de toute sa vie divine. Si les Rishis disent quelquefois qu'il est « sans ennemi », et cela « dès sa naissance », ou « par nature », I, 102, 8; X, 28, 6; 133, 2, c'est sans doute pour faire entendre qu'aucun ennemi ne peut lui résister, VI, 18, 12, cf. I, 176, 1; VII, 21, 6. Une seule fois, au vers X, 54, 2, on ne peut douter que l'expression ne soit prise à la lettre. Mais on ne peut en même temps méconnaître dans ce passage la protestation d'un dévot préoccupé avant tout d'exalter la puissance de son dieu contre l'idée que cette puissance ne s'exerce que par des luttes incessantes³.

v2.c12.64

² Page 164.

v2.c12.65

³ Voir III, p. 83.

v2.c12.66

Cette idée n'en est pas moins le fond même de la légende d'Indra.

v2.c12.67

Une figure hardie le représente « s'enveloppant dans les combats » comme dans un vêtement, et prenant pour casque le ciel, II, 17, 2. Indra « seul » s'est rendu célèbre dans la guerre, IV, 17, 9. Il est célèbre pour ses victoires, *ibid.*, 10; il se couvre de gloire dans les combats, VIII, 32, 14. Il y triomphe, I, 102, 9; III, 37, 7; 49, 3; IV, 20, 1; VIII, 37, 2; 50, 3; 59, 1 et 4; Vâl., 5, 6; il est vainqueur de l'ennemi, I, 51, 7; 61, 13; II, 41, 12; III, 47, 2; X, 180, 1 et 2, de tous les ennemis, VII, 20, 3; VIII, 4, 5; 77, 4; 88, 5; X, 131, 1, dans tous les combats, VIII, 59, 1; 85, 7; 86, 10. Car il est lui-même invincible, III, 49, 2; nul ne peut l'arrêter, I, 5, 4; VIII, 45, 21, et celui-là même qui se croit brave et fort, qui se croit un guerrier, n'est pas de taille à le combattre, VI, 25, 5. Il n'a rien à redouter d'un ennemi, ni de deux, ni de trois, X, 48, 7, cf. 6; il fait de loin trembler son ennemi, X, 42, 6, et triomphe à la fois de cent armées, X, 103, 1.

v2.c12.68

C'est sur un char qu'Indra combat, VI, 31, 5; X, 29, 8 et *passim*, et il est le meilleur des cochers, VIII, 45, 7, cf. I, 11, 1; 84, 6, aussi bien que le plus vaillant des guerriers. Pour attelage, les *Rishis* lui donnent quelquefois les deux chevaux du vent, VIII, 1, 11; X, 22, 4 et 5. Mais le nom ordinaire de ses chevaux est *hari* « bai ». Il en a plusieurs, III, 43, 3 et 6; 45, 1; IV, 16, 1; VIII, 24, 17, et jusqu'à cent, VIII, 6, 42, ou mille, VI, 47, 18; VIII, 1, 24, cf. VIII, 1, 9, mais plus souvent *deux*¹ chevaux bais, II, 11, 7 et *passim*, qui, d'ailleurs le mènent au sacrifice, I, 84, 3 et *passim*, aussi bien qu'au combat. Ces deux haris ont la queue brillante du paon, VIII, 1, 25, cf. III, 45, 1, et le vers II, 11, 6 en fait deux rayons du soleil. Indra est porté par eux comme un aigle par ses deux ailes, VIII, 34, 9. Mais surtout ils sont forts, et comme eux fort est le char, fortes sont les armes d'Indra, II, 16, 6. Ces armes seront quelquefois l'arc, VIII, 66, 11, et les flèches, X, 103, 2 et 3, et vaudront accidentellement à celui qui les porte le titre d'archer, VIII, 82, 1; 85, 2; mais l'arme par excellence d'Indra est la foudre.

v2.c12.69

¹ Le duel et le pluriel se rencontrent quelquefois dans des vers qui se suivent, III, 43, 3-6, ou dans un même vers, III, 50, 2.

v2.c12.70

Les poètes appellent quelquefois cette arme la « pierre du ciel », II, 30, 5, cf. IV, 17, 13, et elle est représentée aux vers IV, 22, 1 et 2 comme une pierre à quatre angles; mais son nom ordinaire est *vajra*. Monté sur le char que traînent les deux haris, X, 44, 2, Indra tient la foudre de la main droite, I, 101, 1: VI, 18, 9, ou même des deux mains, I, 81, 4; II, 11, 6; 17, 6; VIII, 50, 18; 85, 3, et de cette foudre « mugissante », I, 100, 13; II, 11, 10, il frappe l'ennemi, I, 33, 12; III, 30, 6; VI, 20, 9; X, 74, 5, non seulement son propre ennemi dans lequel nous reconnaîtrons plus loin un démon, mais le mortel hostile à ses suppliants, I, 131, 7.

v2.c12.71

Quant au butin, prix de ses victoires, III, 42, 6; VIII, 14, 6; X, 48, 1, que le combat ait été grand ou petit, I, 102, 10, il ne le garde pas pour lui, *ibid*. Il combat pour les hommes, I, 55, 5, et les biens dont il s'empare, VIII, 45, 13; X, 120, 4, il les donne, VII, 32, 17, il les apporte à ses fidèles, VIII, 45, 40 et 41. Il leur partage les richesses de celui qu'il a frappé, VII, 32, 7. C'est ainsi qu'il mérite son titre de *maghavan*, *ibid*. et IV, 17, 8.

v2.c12.72

Les ennemis combattus par Indra peuvent être les ennemis de ceux qui l'invoquent, et sont en effet, dans un grand nombre de passages, expressément donnés comme tels, I, 63, 5; VI, 25, 9; X, 152, 4 et *passim*. Beaucoup de formules, au lieu de lui attribuer directement la victoire, le font seulement intervenir comme assurant la victoire à ses suppliants. « Puissions-nous », lui dit-on souvent, « vaincre par ton secours » ou « grâce à ton alliance », I, 8, 3; 102, 4; 132, 1; 178, 5; II, 18, 8; VII, 98, 4; VIII, 52, 11; 81, 31, cf. VII, 31, 6; X, 38, 2; 103, 2; 120, 5; « allions-nous, toi et moi, pour la victoire », VIII, 51, 11; « aide-nous », VI, 41, 5; 46, 3; X, 38, 1, « exauce notre prière », I, 129, 4, « dans les combats », « viens à notre secours dans le combat, comme le berger va au secours de son troupeau », VI, 19, 3. Les amis d'un dieu vainqueur et invincible doivent n'avoir rien à craindre, I, 11, 2; VIII, 4, 7. Aussi Indra est-il invoqué par tous les hommes, même dans la paix, mais surtout dans la guerre, IV, 25, 8. Il est invoqué dans les combats, I, 54, 1; 100, 1; 129, 2; 173, 12; IV, 42, 5; VI, 26, 1; VIII, 79, 1, qu'ils soient grands ou petits, I, 7, 4 et 5; 81, 1; il est invoqué par les braves comme par les timides, I, 101, 6, ou, selon l'expression du vers I, 173, 7, il est « choisi » par les braves; car tout homme se sent faible en comparaison du dieu fort, V, 33, 1. Mais c'est par le sacrifice qu'on s'assure son alliance, X, 42, 4 et 5. Aussi le lui offre-t-on avant la bataille, X, 27, 2.

v2.c12.73

Indra prête donc son aide au guerrier pieux, VI, 23, 2, il le prend pour ami dans les combats, IV, 24, 6, et le roi qui l'honore triomphe de son ennemi, V, 37, 4. Le dieu combat et triomphe avec les hommes, I, 178, 3, il leur ouvre l'espace, X, 133, 1, fraye un passage à leur char, I, 178, 3; V, 35, 7; VIII, 45, 9; 69, 4 et 5; X, 171, 1, et les rend vainqueurs, VIII, 69, 6, de l'ennemi, VI, 46, 6, dans les combats, VI, 46, 8. Et son secours n'est pas seulement utile aux combattants, il leur est indispensable. On l'invoque, VIII, 16, 5, on le « choisit » seul, VIII, 6, 44, parce que les vainqueurs sont toujours ceux qui l'ont avec eux, VIII, 16, 5; 45, 3. Non seulement son ami n'est jamais vaincu, X, 152, 1, mais on ne peut vaincre sans lui, II, 12, 9. Avec un petit nombre de combattants il triomphe d'un ennemi supérieur en nombre, IV, 32, 3, car il en vaut mille à lui seul pour celui qui sait le louer, et s'assurer ainsi son aide, VIII, 4, 6. La même idée est quelquefois présentée sous la forme à la fois énigmatique et paradoxale, chère aux *Rishis* védiques. Indra a « tué la lionne avec le bouc », et « brisé la mâchoire ¹ avec une aiguille », VII, 18, 17. Aux vers 4 et 9 de l'hymne X, 28, c'est Indra lui-même qui propose les énigmes à son adorateur : « Le renard a fait la chasse au lion; le chacal s'est jeté sur le sanglier; le lièvre a avalé la lame dirigée contre lui; le veau a mangé le taureau. » A côté de l'énigme, on trouve d'ailleurs dans les mêmes passages la solution : Indra accomplit ses exploits, même avec le faible, VII, 18, 17; il soumet le fort au faible, X, 28, 9 ².

v2.c12.74

¹ *Sraktiḥ*, proprement « coin de la bouche », ou plus généralement « gueule ». Cf. *srakva* et *srkvan*. Ici d'ailleurs il peut être fait allusion au démon, cf. *srika* au vers I, 32, 12 rapproché de IV, 18, 9 d'une part, et de I, 52, 6 de l'autre.

v2.c12.75

² Remarquons cependant que, dans cette seconde formule, l'une des expressions est encore figurée : le faible est « celui qui tette ». De plus, certaines de nos énigmes pourraient s'appliquer à Indra lui-même et représenter les exploits du dieu « naissant ». C'est lui-même, d'après le vers X, 28, 9, qui a de loin fendu la montagne avec une motte de terre. Ce dernier exploit rentre en tout cas dans un ordre de mythes qui sera étudié plus loin.

v2.c12.76

L'intervention d'Indra assure à ses fidèles, avec la victoire elle-même, le fruit de la victoire, c'est-à-dire un riche butin. En implorant son aide, on l'appelle, non seulement le « vainqueur des ennemis », mais le « conquérant des richesses », III, 30, 22; c'est par lui qu'on espère devenir maître de ces richesses, X, 42, 10; 102, 1, cf. VI, 44, 9; on le prie de les « apporter », II, 30, 10, ou du moins de les rendre aisées à conquérir, VII, 32, 25. Le cheval de guerre ne conquiert le butin qu'avec le secours d'Indra, VI, 33, 2, cf. VI, 45, 14 et 15, mais ce secours est tout-puissant; car Indra enlève à l'ennemi ses richesses « même avec un mauvais cheval », VI, 45, 2; VIII, 51, 3.

v2.c12.77

Les combats dont il s'agit dans les textes qui viennent d'être cités, et dans une multitude d'autres passages, peuvent être des combats réels, terrestres, livrés par des hommes à d'autres hommes, et où l'intervention d'Indra ne se révèle que par la victoire de ses adorateurs. La chose est tout à fait certaine pour les formules qui donnent expressément aux ennemis d'Indra le nom d' « hommes », VI, 18, 2, ou de « mortels », V, 35, 5; VII, 25, 2, ou qui le montrent invoqué à la fois par les deux partis¹, I, 102, 5 et 6; II, 12, 8, cf. IV, 32, 1 et 3; VII, 25, 1; X, 42, 4, cf. VII, 82, 9, et pour les autres, les vraisemblances sont, à défaut d'indication contraire, en faveur de la même interprétation.

v2.c12.78

¹ Cf. aussi plus bas, section IV, l'opposition des ennemis Dâsas et Âryas.

v2.c12.79

Il ne faudrait cependant pas croire que la participation du suppliant au succès dont il rapporte le principal honneur à son dieu implique nécessairement la réalité, le caractère terrestre et purement humain de la lutte. On verra en effet, dans le chapitre II, que le prêtre se vante d'intervenir par le sacrifice dans les combats célestes d'Indra, et que, dans la croyance des fidèles, l'alliance de l'homme n'est guère moins utile au dieu que celle du dieu l'est à l'homme.

v2.c12.80

A la vérité, c'est surtout dans le passé que les *Ṛishis* placent ces luttes que le sacrificateur soutient contre quelque être démoniaque, en compagnie du dieu, et ils donnent alors le plus souvent un caractère mythique au sacrificateur comme à l'ennemi qu'il combat. On pourrait même songer à fonder la distinction des combats mythiques et des combats réels sur celle qui est souvent faite dans les hymnes des exploits anciens d'Indra et de ses exploits nouveaux, I, 61, 13; II, 11, 6; V, 29, 13; 31, 6; VI, 17, 13; VII, 26, 3; 98, 5; VIII, 45, 25; 52, 6, cf. VI, 18, 15; 19, 4; 34, 1; VII, 22, 9; 29, 4; X, 112, 8. A l'appui de cette interprétation, on pourrait citer le vers I, 132, 4 (cf. II, 17, 1; V, 29, 12 et 13) où les suppliants demandent à Indra de combattre et de vaincre pour eux, comme il a fait autrefois pour les Angiras, quand il leur a « ouvert l'étable ». Nous reconnaîtrons en effet plus tard dans la victoire qu'Indra remporte en compagnie des Angiras, et à leur profit, un exploit essentiellement mythique, et nous avons eu déjà l'occasion¹ de constater le caractère mythique des Angiras eux-mêmes.

v2.c12.81

¹ I, p. 47 et suiv.

v2.c12.82

Mais il faudrait se garder de trop insister sur ce point, non seulement parce que les victoires anciennes attribuées à Indra peuvent être quelquefois des victoires *historiques*, dans le sens ordinaire du mot, mais aussi parce que les combats nouveaux auxquels on l'excite peuvent être les combats célestes qui se renouvellent sans cesse comme les phénomènes naturels qu'ils représentent.

v2.c12.83

Une dernière remarque à faire avant d'étudier par le détail la conception d'Indra comme dieu libéral et comme dieu guerrier, c'est qu'il est aussi quelquefois comparé à un joueur², II, 12, 4 ; VIII, 45, 38 ; X, 42, 9 ; 43, 5, cf. X, 27, 17, et que ceux qui implorent son aide contre leurs adversaires s'appliquent aussi la même comparaison, IV, 20, 3. Les combats qu'il livre ou dans lesquels il intervient sont alors considérés comme une partie qui, d'ailleurs, tourne toujours à l'avantage du dieu ou de ses adorateurs, II, 12, 4 et 5 ; X, 42, 9 ; 43, 5.

v2.c12.84

² La seule divinité védique, avec Indra, qui soit comparée à un joueur, est l'Aurore, I, 92, 10, cf. 124, 7 (voir III, p. 124, note 1).

Section III: Les conquêtes d'Indra

v2.c12.s1.2

§ I^er. — GÉNÉRALITÉS. — LA CONQUÊTE DES VACHES.

v2.c12.s1.3

Nous avons maintenant à passer en revue les différents biens qu'Indra conquiert comme dieu guerrier ou qu'il gagne à la façon d'un joueur, et généralement tous les dons qu'il fait aux hommes.

v2.c12.s1.4

Les dons d'Indra sont souvent désignés par des termes tels que *rai* ou *rayi*, *vâma*, *dhana*, *vâja*, etc., qui n'ont que le sens général de « richesse » ou de « butin ». L'hymne X, 47 est comme une litanie des épithètes de la richesse demandée à Indra. On dit de ce dieu qu'il « épanche la source » de la richesse, VI, 36, 4, que les chemins de la richesse convergent pour se réunir en lui, comme les rivières dans une mer, VI, 19, 5, et il est appelé lui-même un « océan de richesse », I, 51, 1. Ses suppliants souhaitent que le « chemin de sa richesse aboutisse à eux » VII, 18, 3. Il distribue toutes les richesses de la terre, VII, 27, 3. Mais ce n'est pas seulement des biens terrestres qu'il est maître, VI, 45, 20; il dispose des deux richesses, VI, 19, 10, c'est-à-dire des richesses de la terre et du ciel, II, 14, 11, ou encore de la richesse inférieure, de la moyenne et de la supérieure, VII, 32, 16, cf, VI, 25, 1, c'est-à-dire des trésors des trois mondes, cf. I, 6, 10; III, 51, 5¹. On devine que les trésors de l'atmosphère et du ciel seront la pluie et la lumière. Les richesses des cinq races que le vers I, 176, 3 place dans les mains d'Indra, cf. V, 35, 2; VI, 46, 7, comprennent aussi, au moins primitivement², avec les quatre mers de richesses, X, 47, 2, ou richesses des quatre points cardinaux, les trésors célestes.

v2.c12.s1.5

¹ Voir aussi plus haut, p. 133.

v2.c12.s1.6

² Voir plus haut, p. 127 et 139.

v2.c12.s1.7

Nous avons déjà cité quelques-uns des textes innombrables où l'origine des richesses distribuées par Indra est expressément rapportée aux conquêtes qu'il fait sur ses ennemis ou sur les ennemis de ses adorateurs. Ajoutons qu'au lieu de demander au dieu la conquête d'un riche butin, on se contente parfois de lui demander la force, VI, 19, 6; X, 148, 4, qui le fait conquérir, la force qui donne l'avantage sur l'ennemi, VI, 19, 8, et qu'il ne refuse pas, en effet, à celui qui l'honore, IV, 24, 7; VII, 32, 6. On lui demande sa propre force, qui peut être acquise, en effet, par le sacrifice, *indriyam yajanta*, IV, 24, 5, cf. *indrayante*, *ibid.*, 4. Les richesses mêmes qu'il dispense doivent devenir l'instrument de conquêtes nouvelles, I, 8, 1 et 2; VI, 20, 1; X, 47, 4, cf. 2. Enfin, avec la force pour soi-même, cf. III, 53, 18, on demande encore à Indra « un héros victorieux dans les combats », VIII, 87, 10. Ce texte, entre beaucoup d'autres, nous montre comment le don d'enfants mâles, VIII, 4, 7; 6, 23, ou, selon une expression familière aux *Rishis*, de la richesse en héros, II, 11, 13 et *passim*, se rattache à la conception d'Indra comme dieu guerrier³. Quant à la gloire, I, 10, 7, et *passim*, cf. VI, 31, 5, qu'on lui demande aussi, c'est moins un avantage particulier que la conséquence d'autres avantages purement matériels. Ce qui rend glorieux, c'est le butin, VIII, 85, 20, cf. I, 9, 7, et plus généralement la richesse, y compris la richesse en « héros », et sans en excepter la richesse en « vaches » et en « chevaux ». De là les expressions *vîravat yaçah*, IV, 32, 12, et *gomat çravah*, I, 9, 7, et la prière du vers I, 29, 1: « Rends-nous illustres » c'est-à-dire « riches » en « vaches » et en « chevaux », cf. X, 131, 3.

v2.c12.s1.8

³ Il n'est pas question seulement, dans les hymnes à Indra, du « don », mais encore de la « conquête » des enfants, *toka-sâti*, *tokasya saniti*, I, 8, 6, *tokasya tanayasya sâti* (cf. *jeshe*, I, 100, 11; VI, 44, 18), dans les combats I, 100, 11; II, 30, 5; IV, 24, 3; VI, 18, 6; 19, 7; 44, 18; VII, 82, 9. Or Indra donne aussi des femmes, IV, 17, 16; V, 31, 2, et les femmes peuvent faire partie du butin enlevé à l'ennemi. On pourrait être tenté d'expliquer dans cet ordre d'idées la « conquête » des enfants, si on ne rencontrait aussi quelquefois dans les hymnes védiques l'expression beaucoup plus bizarre encore « conquête de soi-même », IX, 66, 18, cf. VI, 46, 4 et VII, 30, 2. Celle-ci ne peut s'expliquer que par l'idée, exprimée justement dans l'un des passages où se rencontre la formule « conquête des enfants », que les guerriers, en s'exposant aux périls du combat, font abandon d'eux-mêmes, en prenant d'ailleurs Indra pour protecteur, IV, 24, 3. C'est grâce à lui qu'ils se reconquièrent eux-mêmes, et qu'ils reconquièrent leurs enfants. Nos formules semblent donc équivalentes à celles où les suppliants implorent le secours du dieu dans les combats, pour eux-mêmes et pour leurs enfants, VI, 46, 11-12, cf. VIII, 57, 12-13. Le mot *nrishâti*, VII, 27, 1, peut être expliqué de même. Il se pourrait pourtant que les expressions de ce genre eussent une origine mythique. Voir I, p. 32 et suiv.

v2.c12.s1.9

Les « vaches » et les « chevaux » dont il vient d'être question pour la première fois sont les biens qu'on demande le plus souvent à Indra, ainsi d'ailleurs qu'aux autres dieux. Indra est le maître, I, 101, 4; VIII, 21, 3; X, 47, 1, ou, selon l'expression du vers VIII, 36, 5, le « père » des vaches et des chevaux; en un mot, il en dispose à son gré, II, 12, 7; VII, 18, 1. Il est donc invoqué par ceux qui désirent des vaches, I, 33, 1; VIII, 82, 17; X, 147, 2, des vaches et des chevaux, IV, 17, 16; VII, 32, 23; VIII, 50, 7; 67, 9; X, 131, 3; 160, 5: on lui demande la richesse en chevaux, X, 113, 10, des vaches, III, 50, 3; IV, 22, 10; 32, 6 et 7; VII, 23, 6; VIII, 45, 19; 84, 4; X, 42, 7 et 10; Vâl. 1, 9, une étable de vaches, VII, 27, 1; VIII, 46, 9; 52, 5; 59, 6; Vâl. 3, 5, des centaines, des milliers de vaches, IV, 32, 18; VIII, 67, 1, des vaches et des chevaux, I, 53, 5; VI, 35, 4; VII, 18, 2; 27, 5; VIII, 6, 9; 12, 33; 13, 22; 32, 9; 34, 14; 45, 10 et 11; 67, 2; 86, 2; Vâl. 4, 5; « satisfais », lui dit-on, « notre désir avec des vaches et des chevaux », I, 16, 9; III, 30, 20; VI, 45, 21. Et en effet, Indra donne des vaches, I, 11, 3; II, 30, 7; VI, 23, 4; 45, 23; VIII, 45, 28, des troupeaux de vaches, I, 81, 7, des vaches et des chevaux, II, 15, 4; VIII, 50, 6, par centaines, VIII, 21, 10; son favori, son ami obtient une étable pleine de vaches, VII, 32, 10; il devient riche en vaches et en chevaux, VIII, 4, 9.

v2.c12.s1.10

Mais tous les dons d'Indra sont le prix des victoires qu'il remporte ou qu'il fait remporter à ses adorateurs. On dira donc de lui qu'il trouve, VIII, 2, 24, qu'il conquiert dans le combat, IV, 17, 10 et 11, les vaches et les chevaux, qu'il s'empare de l'étable des vaches, VI, 45, 24. Les épithètes *gaveshana* « qui désire les vaches » et *govid* « qui trouve les vaches » sont appliquées tour à tour au dieu lui-même, I, 132, 3; VII, 20, 5; VIII, 17, 15; X, 103, 5 et 6; Vâl. 5, 1, et à son char, VII, 23, 3, et au char de ses fidèles, I, 82, 4. Ses combats sont désignés par le mot *gavishti*, VIII, 24, 5 et *passim*, dont le sens propre est « désir de vaches » C'est pour ses suppliants qu'il « désire » ainsi des vaches, VII, 31, 3. Ils le prient de conquérir « vaches sur vaches », VI, 35, 2, et de les rendre eux-mêmes « conquérants de vaches », III, 31, 20; VI, 33, 5. Ils espèrent, avec un tel allié, vaincre les possesseurs de vaches, conquérir les vaches, VIII, 21, 11 et 12, cf. VI, 26, 2; 46, 10; VIII, 21, 8, avec leurs chevaux, cf. VIII, 81, 11, et conquérir aussi d'autres chevaux, cf. VI, 33, 1; ils lui demandent de leur donner la vache et le cheval propre à traîner le char, comme le butin qui appartient au vainqueur, VI, 46, 2. Leur char, sous la sauvegarde d'Indra, va hardiment à la conquête des chevaux et des vaches, IV, 31, 14. En effet, Indra donne à qui lui plaît les vaches de l'ennemi, I, 33, 3, cf. 121, 15; V, 34, 5; VIII, 21, 16, de même qu'il sauve celles de l'homme pieux, X, 160, 3; il fait conquérir des vaches à celui qu'il protège, V, 34, 8, des vaches et des chevaux, I, 83, 1. Il fait avancer le char qui va à la conquête des vaches, VIII, 2, 35.

v2.c12.s1.11

Les mêmes formules, d'ailleurs, comprennent dans l'énumération des biens demandés à Indra, en même temps que des chevaux et des vaches, des femmes, IV, 17, 16, et des enfants mâles, I, 53, 5; VII, 23, 6; VIII, 6, 23; X, 47, 5 et *passim*. Ce rapprochement¹, assez choquant à nos yeux, peut s'expliquer autrement que par la brutalité inconsciente d'une civilisation primitive. Les vaches et les chevaux, en effet, ne sont pas seulement, avec les troupeaux en général, III, 54, 15, avec les chars, II, 15, 4 ; VII, 27, 5 ; VIII, 4, 9, cf. VI, 46, 2, et avant le blé¹, VIII, 67, 9 ; X, 42, 7, et l'or, IV, 17, 11 ; VII, 31, 3 ; VIII, 32, 9 ; 67, 9, cf. II, 15, 10, qu'on demande aussi, mais bien moins souvent à Indra, la forme principale de la richesse pour un peuple pasteur et guerrier. Le nom de cheval et celui de vache servent encore, dans la langue des *Rishis*, à désigner les éléments des phénomènes naturels, c'est-à-dire ces trésors de l'atmosphère et du ciel que nous avons vus déjà opposés dans certaines formules aux trésors de la terre. Ils avaient donc, celui de la vache surtout, une dignité dont nous nous faisons difficilement l'idée. Cette dignité devait rejaillir sur les êtres qui avaient, en ce bas monde, l'honneur de les porter, et on sait, en effet, de quels égards la race bovine a été et est encore l'objet dans l'Inde. Du reste, le souvenir de la représentation des aurores et des eaux du ciel sous forme de vaches ne doit pas seulement nous servir à excuser les *Rishis* d'un rapprochement incivil. Il suggère, pour un certain nombre au moins des formules qui célèbrent Indra comme « donneur » et comme « conquérant de vaches », la possibilité d'une interprétation mythologique.

v2.c12.s1.12

¹ Il se retrouve aussi dans des formules adressées à d'autres divinités, à Soma, IX, 9, 9; 59, 1; 91, 6, à Bhaga, VIII, 41, 3, etc.

v2.c12.s1.13

¹ Ou l'orge, *yava*.

v2.c12.s1.14

Il faut cependant reconnaître, avant de chercher dans les vaches conquises et données par Indra une représentation des aurores et des eaux célestes, que le terme de « vaches », indépendamment de son sens propre et de son sens mythique, peut avoir encore un sens purement symbolique. Au singulier, il peut n'être qu'un symbole de la libéralité du dieu, I, 55, 4 ; II, 32, 3 ; VI, 35, 4 ; VIII, 1, 10 ; 45, 12 ; X, 133, 7. Il en est ainsi en tout cas au vers VIII, 14, 3, dont l'auteur, par une de ces figures incohérentes qui sont si fréquentes dans la poésie védique, nous montre la vache d'Indra² donnant elle même « la vache et le cheval ». Ailleurs, VIII, 82, 3, c'est Indra lui-même qui est comparé à une vache, cf. VI, 28, 5 ; VIII, 82, 3; Vâl. IV, 4, et à une vache qui donne pour lait « des chevaux, des vaches et du blé ». Le terme de « vache » peut aussi, tant au singulier qu'au pluriel, désigner par mé- taphore les dons quelconques d'Indra, cf. VI, 24, 4, et c'est ce sens qui paraît impliqué par une formule comme celle du vers III, 30, 19 : « Notre désir s'ouvre comme une *étable*; remplis-le de richesses, ô toi qui es le maître des richesses. »

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