L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v1.c6.s3.t2.36
L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v1.c6.s3.t2.36
- Language
- French
v1.c6.s3.t2.36
LE DÉVELOPPEMENT DES LIEUX SAINTS. -- Si intéressant que puisse être un essai de reconstitution de la vie pratique de ces monastères, nous devons nous préoccuper davantage de l'extension prise par les édifices que l'on regardait comme sacrés. Cette préférence ne nous est pas dictée par une dévotion bouddhique particulière, mais par les exigences mêmes de notre sujet : c'étaient là, en effet, ainsi que nous allons voir, les parties de beaucoup les plus riches en sculptures et d'ailleurs les seules qui se prêtassent, sans restriction aucune, au luxe de la décoration. Une autre observation s'impose de prime abord : le développement -- non moins considérable -- des lieux saints, au lieu de se faire par voie d'éparpillement comme celui des habitations monacales, a procédé plus volontiers par voie d'entassement. La raison en est claire. Tandis que tout endroit plan était également propre à édifier une cellule, les donateurs successifs tendaient à grouper ensemble, à la place la plus sainte parce qu'elle était depuis le plus longtemps sanctifiée, les additions qu'ils apportaient à l'œuvre léguée par la piété de leurs pères. Ainsi leur effort, avant de se disperser sur les pentes environnantes, s'est toujours et partout concentré sur les approches immédiates du sanctuaire principal. C'est là, autour ou même à l'intérieur de la cour de chapelles, que nous voyons peu à peu se presser quantité de *stûpa* et de *vihâra* nouveaux, seulement tous de dimensions restreintes comme la place dont on disposait. Que les premiers aient parfois un caractère funéraire, le fait, avons-nous vu (p. 52), est certain, et leur multiplication ne s'en comprend que mieux. Quant aux statues que les seconds étaient avant tout destinés à abriter, leur caractère uniquement votif ne peut guère être mis en doute et les inscriptions conservées en font foi¹. Si disproportionné que fût le nombre initial des uns et des autres, — on se souvient que le plan traditionnel isole un unique *stûpa* au milieu de tout un cortège de chapelles, — leur accroissement marchait ensuite à peu près de pair : apparemment la dévotion des fidèles se dépensait avec impartialité, selon l'occasion, dans ces deux manifestations également pies et méritoires. Sur les sept ou huit siècles que le Bouddhisme a prospéré dans ces contrées, il ne nous en faut pas plus de deux ou trois pour expliquer l'extraordinaire encombrement que nous avons déjà signalé dans ces monastères et qui avait fini par en modifier singulièrement l'aspect primitif.