Pramāṇa · Search · About · API

L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v1.c6.s3.t2: § II. Les sanghârâma des collines

L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v1.c6.s3.t2

Language
French

§ II. Les sanghârâma des collines

v1.c6.s3.t2.1

En résumé, les ruines des plaines, si estompées qu'en soient les lignes, nous permettent de discerner — de façon, il est vrai, quasi-schématique — les trois combinaisons élémentaires du stûpa et du sanghârâma. Là se bornerait, en attendant des fouilles bien conduites, tout ce que nous pourrions entrevoir du dessin général de la fondation bouddhique, si les couvents des collines ne nous offraient ici encore, en manière de compensation, la sécheresse de leur tracé de pierre. Malheureusement ils ont eu, eux aussi, beaucoup à souffrir du temps et des hommes. Après avoir passé en revue la plupart des ruines qui se pressent dans les passes ou sur les sommets de l'Udyâna et du Gandhâra, nous avons trouvé que celles de Takht-î-Bahai et de Jamâl-Garhî, les plus anciennement connues, étaient, dans leur ensemble, les mieux conservées; ce sont également celles qui ont été fouillées avec le plus de suite, sinon de méthode, et dont les plans (fig. 64 et 65) ont été dressés avec le plus de soin. A vrai dire, ces derniers ne laissent pas, à première vue, de paraître fort compliqués. Bien entendu, nous y reconnaissons aussitôt — quoique sur une plus petite échelle, car la place est ici mesurée — la même disposition d'ensemble en « quadrangles »; mais autant l'esprit restait confondu tout à l'heure devant les masses informes et terreuses des tumuli, autant il risque maintenant d'être dérouté à la fois par l'embrouillement et par l'éparpillement de tous ces petits murs de schiste. Plus que jamais il importe donc de procéder avec ordre et en passant, selon l'adage, du simple au composé.

v1.c6.s3.t2.2

LES TYPES SIMPLES. — Notre première constatation va être que le modèle le moins compliqué que nous rencontrions sur les collines correspond au plus complexe de ceux que nous avons distingués

v1.c6.s3.t2.3

FIG. 62. — SANGHÂRÂMA DES COLLINES : TYPE SIMPLE. Plan d'un couvent déblayé près de Sanghao. Échelle : 0 m. 01 = 7 mètres. D'après H. COLE, Memorandum.

v1.c6.s3.t2.4

dans les plaines : et ainsi nous reprenons l'étude du sanghârâma juste au point où nous l'avions laissée. Empruntons à cette occasion le médiocre plan, levé pour le compte de Cole par un subalterne indigène, d'un des couvents voisins de Sanghao (fig. 62). Comme sur la figure 61, mais avec des contours mieux définis, un stûpa entouré d'une cour est adjacent à une cour de monastère. Il est seulement regrettable que les détails manquent de sûreté et de précision : « Il se peut, avoue Cole, que quelques-unes de ces chambres aient été employées comme chapelles, et une recherche supplémentaire est désirable, au cours de laquelle il y aurait lieu de déblayer les bâtiments de la terre qui s'y est accumulée(¹)... » Que n'a-t-on commencé par là! Tel que l'enclos du *stûpa* nous est présenté, nous ne pouvons dire à coup sûr s'il était bordé de *vihâra* originairement destinés à des moines ou à des statues; par suite, il nous est impossible de décider si l'établissement comportait dès le début les deux principaux quadrangles, ainsi que nous serions disposé à le croire, ou si le second n'est qu'une addition faite après coup, quand les idoles eurent fini par expulser les religieux de leur première résidence. Toutes ces hésitations sont heureusement écartées dans le cas du *sanghârâma* encore debout sur le promontoire central de la colline de Takht-î-Bahai (fig. 63-64). Nous avons pris soin de faire pocher en noir, sur le plan d'ensemble dû au sergent Wilcher, la partie qui correspond, dans notre opinion, au tracé initial de cette fondation religieuse. Il saute immédiatement aux yeux que le *stûpa*, sa cour et celle du monastère, avec leurs escaliers et leurs portes symétriquement disposés sur le même axe, devaient au même titre être compris dans le projet primitif. La preuve en est que le *stûpa* n'a jamais été environné ici que de chapelles; l'exiguïté de ces *vihâra* (cf. fig. 45-46), sans qu'il soit besoin d'invoquer leur manque de portes, les rend seulement habitables pour des statues. En revanche, les chambres qui bordent la cour opposée ont les 3 à 4 mètres de côté qui constituent les dimensions normales des *vihâra*-cellules — dimensions suffisantes pour y loger le sommaire mobilier canonique : un lit bas, un tabouret, une planche formant dossier, un crachoir et quelques nattes (²). Ajouterons-nous que, par un calcul aisé à faire, même en admettant que chacune d'elles était doublée par une autre toute pareille à l'étage supérieur, elles ne pourvoyaient en définitive qu'au logement de trente religieux — juste autant, à une unité près, que les chambres de l'autre quadrangle pouvaient abriter de statues ou de groupes de statues? Mais la conclusion qui nous intéresse le plus pour l'instant est que ce *sanghârâma* — *stûpa*, cour de chapelles et cour de monastère inclus — a dû être conçu et exécuté d'emblée sur les données d'un seul architecte, sinon aux frais d'un unique donateur. Ainsi la combinaison qui nous paraissait tout à l'heure le comble de la complexité va nous servir à présent de point de départ pour l'étude de complications ultérieures.

v1.c6.s3.t2.5

¹ COLE, *Memorandum*, etc.

v1.c6.s3.t2.6

² Cf. fig. 60. Le *Pâtimokkha* assigne au logis d'un moine seul douze empans sur sept (cf. S. B. É., XIII, p. 8). Yi-tsing attribue aux cellules du couvent de Nâlanda une superficie de 10 pieds carrés (*Rel. Em.*, p. 85). — Pour le mobilier, cf. *Cullavagga*, VIII, 1, 3 et 4.

v1.c6.s3.t2.7

FIG. 63. — LE GRAND COUVENT DE TAKHT-I-BAHAI (cf. fig. 1 et 45). Vue prise du Sud-Ouest.

v1.c6.s3.t2.8

FIG. 64. — SANGHÂRÂMA DES COLLINES : TYPE SIMPLE ET ADDITIONS POSTÉRIEURES. Grand couvent de Takht-i-Bahai. Plan (modifié) du sergent WILCHER, R. E.

v1.c6.s3.t2.9

Toutefois, il nous faut d'abord épuiser complètement la lecture des deux plans presque exactement parallèles de la figure 62 et de la partie soulignée de la figure 64. Le lecteur n'aura pas manqué de remarquer sur tous les deux, attenant à la cour du monastère proprement dit et mis en communication avec elle par une seule porte, un groupe supplémentaire de salles plus vastes en général que les cellules et dont la destination spéciale reste à définir. La tentative peut paraître aujourd'hui bien hasardeuse, et nous n'oserions pour notre part la risquer, si la pensée qu'elles répondaient évidemment aux peu nombreuses nécessités de la vie monastique ne nous encourageait à des recherches limitées d'avance et où les textes nous prêtent d'autre part le plus utile concours. Et tout d'abord, quelles sortes de locaux exigeait l'accomplissement des devoirs religieux du moine? Pour ce qui est de la méditation, qui constitue théoriquement la seule forme de sa prière, sa cellule, le pied d'un arbre, le premier endroit venu suffit. Quant au culte, qui ne consiste qu'en circumambulations ou génuflexions et offrandes de fleurs, etc., le *stûpa* et les chapelles voisines sont là tout prêts pour le recevoir. Mais une règle essentielle veut encore que, deux fois par mois, tous les *bhikṣu* habitant dans un rayon déterminé se réunissent pour lire ensemble le formulaire de leurs statuts — car c'est à quoi revient en somme le *Prâtimokṣa* — en l'accompagnant d'un simulacre de confession publique. Or, dans les plus anciens textes, cette cérémonie, dite de l'*uposatha*, suppose un édifice particulier nommé l'uposathâgâra. La forme de ce dernier n'est pas fixée; mais il n'est pas difficile de voir à quelle description il doit répondre. Tout d'abord, l'office se célébrant à jour fixe, il est nécessaire que ce soit un local couvert et à l'abri des intempéries; en second lieu, il doit être assez grand pour admettre et même faire asseoir tous les membres de la paroisse; enfin, la réunion étant privée et ouverte seulement aux religieux de plein exercice à l'exclusion de tout novice, nonne ou laïque, il faut qu'il soit disposé de manière à en assurer l'intimité. On remarquera comment cette triple condition est admirablement remplie sur les deux plans par une grande salle carrée contiguë à la cour du monastère et mesurant ici (fig. 62) 14 mètres, et là (fig. 64) 10 mètres de côté. Il est d'ailleurs très rare que, comme sur la figure 62, elle s'ouvre par deux portes : le plus souvent (car nous en verrons d'autres exemples), elle n'a qu'une seule entrée, comme pour mieux garantir le secret des séances. Et ainsi, puisqu'il fallait tant que d'avoir pour le jour du « sabbat » une « salle du chapitre », nous sommes invinciblement amené à penser que c'était dans celle-là que, le soir de la pleine et de la nouvelle lune, les plus jeunes moines apportaient, comme il est prescrit, après l'avoir soigneusement balayée, des lampes, de l'eau lustrale et des sièges pour la communauté. Une autre appellation à la fois plus générale et plus courante, est celle d'upasthâna-çâlâ ou « salle de réunion ». C'est là que, d'après les textes, le Buddha convoque à l'occasion ses disciples; c'est là sans doute que s'accomplissaient tous les actes solennels (p. kammavâcâ), depuis l'ordination jusqu'à l'expulsion de l'ordre : et nous savons même que les bhikṣu ne se gênaient pas pour en user ainsi que d'un réfectoire¹.

v1.c6.s3.t2.10

¹ Pour la prescription de l'uposathâgâra, cf. Mahâvagga, II, 8, 1 et pour l'équivalence de ce terme avec l'upasthâna-çâlâ (p. upaṭṭhânasâlâ), ibid., II, 26, 9. — Pour les convocations du Buddha, voir Divyâvadâna, p. 207 ou Mahâparinibbânasut'a, I et III (S. B. E., XI, p. 5 et 60). — Pour l'usage de l'upasthâna-çâlâ comme réfectoire, cf. Cullavagga, VI, 3, 6, etc.

v1.c6.s3.t2.11

Ceci nous amène à parler des besoins matériels de ces bons moines. Ce n'étaient sûrement pas de purs esprits : les confréries rivales les accusaient même d'être de francs épicuriens. En tout état de cause, il leur fallait manger; et, si sévère que fût dans sa lettre la règle relative à la nourriture, leur relatif éloignement des villages devait rendre indispensables quelques approvisionnements et quelques opérations culinaires. On sait, d'autre part, l'importance qu'attachent les Indiens à la pureté rituelle des places où sont préparés ou conservés leurs aliments. Ainsi que Yi-tsing nous en avertit sans malice, il avait été pourvu à tout : « Le fait de conserver des provisions dans le monastère est chose permise. La coutume traditionnelle de l'Inde est de consacrer tout le monastère comme « cuisine »; mais le fait d'en prendre une partie pour être employée comme cuisine est aussi permis par le Buddha. » Nous lisons en effet dans la version pâlie du Vinaya que le Maître a autorisé les moines à avoir un cellier (p. koṭṭhaka). D'autre part, c'était leur coutume de faire un peu partout dans les galeries des foyers (p. aggiṭṭhāna) qui étaient choses fort salissantes : le Maître les autorise encore à installer à l'écart (ekamantam) une place réservée à cet usage (p. aggi-sālā). C'est cette « chambre à feu » et ce cellier que nous chercherions dans les salles annexes de nos couvents. Sur la figure 62, il y aurait même place pour une « salle de bains » (p. jantāghara). Quant aux deux contreforts de pierre qui laissent entre eux un intervalle surplombant sur le vide à l'angle N.-E. de la figure 64, Cunningham a déjà soupçonné avec infiniment de vraisemblance qu'« ils étaient destinés aux latrines de l'établissement ». Cette commodité, dont on ne peut se dissimuler l'importance dans toute agglomération humaine, a les honneurs de plus d'une section du Vinaya et d'un chapitre de Yi-tsing : il y est exposé avec un grand luxe de détails que tout monastère devait posséder une varcaḥ-kuṭī et qui fût proprement tenue¹. Ajoutons enfin que le petit réservoir carré marqué dans un coin de la cour de Takht-î-Bahai devait fournir l'eau pour les ablutions et les autres usages domestiques.

v1.c6.s3.t2.12

¹ YI-TSING, Record, p. 84. — Pour le cellier (koṭṭhaka = s. koṣṭhaka désigne proprement une chambre sans fenêtre, d'où son autre emploi dans le sens de vestibule, cf. p. 156) et la cuisine, voir Cullavagga, VI, 3, 8 et 9; le mot que

v1.c6.s3.t2.13

Coupe suivant A-B.

v1.c6.s3.t2.14

FIG. 65. — SANGHÂRÂMA DES COLLINES : TYPE COMPLEXE. Plan des ruines sur la colline au-dessus de Jamâl-Garhî. D'après le lieutenant A. CROMPTON, R. E.

v1.c6.s3.t2.15

LE DÉVELOPPEMENT DES LOGIS ET DES COMMUNS. — Il semble donc que nous nous rendions jusqu'au bout un compte assez exact de toutes les parties composantes d'un *sanghârâma* de type simple et même que nous y reconnaissions sans peine celles que nous énumèrent les plus anciens textes sacrés¹. Mais, jusqu'ici, nous avons laissé systématiquement de côté toute la partie en hachures du plan de la figure 64. Cela ne veut pas dire qu'elle soit quantité négligeable et nous ne pouvons davantage oublier qu'à l'est, au sud et à l'ouest de cette sorte de promontoire, les versants qui le regardent sont couverts d'un pêle-mêle de bâtiments². Si leur relevé nous manque, nous possédons du moins celui de tous les édifices éparpillés sur la colline de Jamâl-Garhî (fig. 65), et tel est encore ici leur nombre qu'on a, dans les deux cas, prononcé le mot de « cité ». Disons tout de suite qu'il y a là une illusion d'optique dont les voyageurs qui passent trop vite sont assez coutumiers. Pendant qu'il levait son plan, le lieutenant A. Crompton a eu tout le temps de revenir à une appréciation plus saine des choses : « En admettant, dit-il, que chaque chambre eût un second étage et chaque étage un occupant, les maisons découvertes ne pourraient avoir logé plus de deux cents personnes : et, si nous mettons la moitié, nous serons plus près de la vérité³. » Rien n'est plus facile à vérifier que son premier calcul : mais l'évaluation finale nous paraîtrait plutôt un peu

v1.c6.s3.t2.16

¹ Pour une énumération des divers édifices composant un *sanghârâma*, voir *Cullavagga*, VI, 4, 10, ou *Mahâvagga*, I, 25, 19, etc.

v1.c6.s3.t2.17

² Pour une carte générale du massif de Takht-î-Bahai, voir CUNNINGHAM, A. S., V, pl. VI, où la place de ces bâtiments est approximativement marquée par des lettres.

v1.c6.s3.t2.18

³ *Loc. laud.* (voir la note 5 de la page 17).

v1.c6.s3.t2.19

nous traduisons par « galerie » est *parivena*. — Pour la *varcah-kuṭi* (p. *vacca-kuṭi*), cf. *Cullavagga*, V, 35, et VIII, 9 et 10, et YI-TSING, *Record*, chap. XVIII. — Pour le *jantâghara*, voir *Cullavagga*, V, 14, etc.

v1.c6.s3.t2.20

basse. Songez en effet qu’il ne faut pas seulement compter avec les moines résidents, propriétaires effectifs des biens théoriquement possédés par la totalité de l’ordre et désignés sous le nom peu équivoque de *vihâra-svâmin*. Les frères errants avaient encore le droit de s’y arrêter au passage, au moins pendant quelques jours, et les peines les plus terribles attendaient dans les enfers les religieux sédentaires qui se seraient montrés inhospitaliers¹. L’entretien d’un aussi vaste établissement exigeait d’autre part un nombreux personnel inférieur, gens de métier ou domestiques. Ceci n’est pas une pure supposition : Yi-tsing avoue l’existence de serviteurs des deux sexes, et nous voyons Song Yun et Houei-cheng faire aumône aux grands couvents de Manglaor et de Pêshawar de « deux esclaves chargés à perpétuité d’arroser et de balayer », — marque de charité assurément peu banale, mais non point sans doute exceptionnelle de la part des pèlerins tant indigènes qu’étrangers². Cela faisait bien du monde à loger et l’on conçoit que les maisons d’habitation se soient élevées un peu partout où le coteau offrait un espace plan ou se prêtait à l’établissement d’une terrasse artificielle. Enfin, n’y aurait-il eu au total qu’une centaine de moines, il va de soi que les dispositions prises au début pour une trentaine d’entre eux ne pouvaient suffire pour le double ou le triple de ce nombre. Rouvrirons-nous la malodorante question des arrangements sanitaires? Le Dʳ Bellew³ a encore noté sur les pentes environnant le couvent de Takht-î-Bahai des structures massives de maçonnerie, d'environ six pieds en carré et percées au centre d'une cuvette circulaire qui d'abord s'étrangle, puis se poursuit en s'élargissant par un conduit ouvert dans la direction des ravins de drainage de la colline : il y a lieu d'y reconnaître de rudimentaires installations de « tout à l'égoût », disséminées parmi les constructions nouvelles. Ou bien reprendrons-nous la discussion déjà entamée au sujet des « salles de réunion »? Ce n'est plus qu'un jeu pour nous de découvrir l'upasthâna-çâlâ qui desservait le couvent de Jamâl-Garhî dans la grande chambre carrée à une seule porte située à l'est de la cime : elle mesure 16 mètres de côté. Le couvent de Takht-î-Bahai, au moins aussi important, se contentait-il pendant ce temps de sa primitive salle de 10 mètres? Il ne s'en contentait pas. Nous avons constaté plus haut (p. 116) l'existence dans le coin nord-ouest (fig. 64) d'une salle nouvelle, deux fois et demie plus vaste, par suite sensiblement égale à celle de Jamâl-Garhî, et mieux caractérisée qu'aucune autre avec son entrée unique, ses murs élevés et ses réduits pour les lampes. Rien n'empêche d'ailleurs de penser qu'une fois désaffectée, l'ancienne salle du chapitre n'ait été de son côté transformée en une cuisine de dimensions supérieures à celles de l'ancienne : il n'y fallait d'autre formalité qu'une motion en ce sens acceptée par l'assemblée plénière des moines.

v1.c6.s3.t2.21

¹ Sur les lois de l’hospitalité monastique, cf. la section VIII du *Cullavagga*, commentée par le *Divyâvadâna*, XXIII (p. 336), FA-HIEN (p. 44) et YI-TSING, *Record*, p. 64 et 194-195. — D’après FA-HIEN (p. 29), la règle dans les couvents de l’Udyâna était d’hospitaliser les *bhikṣu* étrangers pendant trois jours, après quoi on les priait d’aller chercher fortune ailleurs.

v1.c6.s3.t2.22

² Voir YI-TSING, *Record*, p. 194; SONG YUN, p. 411 et 426, et cf. le don d’un *anuga* dans l’inscription de Zeïda (A-M. BOYER, J. A., mai-juin 1904, p. 466 et suiv.); SP. HARDY, *East. Mon.*, p. 310 (d’après les inscriptions de Mihintale, *Anc. Inscript. in Ceylon*, n° 121; cf. *Epigraphia Zeylanica*, n° 1), etc. — M. A. STEIN, au cours de ses fouilles dans le Turkestan chinois, a retrouvé les balais qui servaient au nettoyage des sanctuaires de Dandan-Uiliq (*Sand-buried ruins of Khotan*, p. 290 et 378).

v1.c6.s3.t2.23

³ *Loc. laud.*, p. 128-129.

v1.c6.s3.t2.24

Outre le logement de la congrégation, ce ne devait pas être, on l'imagine, une mince tâche que d'assurer la nourriture commune, surtout si l'on songe au relatif isolement de ces couvents. On nous raconte que celui de la colline de Shâhbâz-Garhî était tous les jours ravitaillé par une troupe d'ânes : le merveilleux de l'affaire était que ceux-ci faisaient sans conducteur la navette entre le monastère et la ville, et surtout qu'ils étaient toujours rentrés avant midi, dernière limite pour l'heure du seul grand repas canonique ¹.

v1.c6.s3.t2.25

¹ Song Yun, trad. Chavannes, p. 414. Beal n'avait pas compris ce passage.

v1.c6.s3.t2.26

Nous n'avions pas besoin de cette anecdote médiocrement édifiante pour nous douter que les moines, comme les lamas tibétains d'aujourd'hui, donnaient plus d'une entorse à la règle de la quête personnelle et quotidienne du *bhikṣu*. Presque partout il était advenu, par la force même des choses, que ces soi-disant « mendiants » vivaient en réalité des « bénéfices » que leur avaient octroyés de riches donateurs, en un mot du produit de leurs terres. Les

v1.c6.s3.t2.27

FIG. 66. — ÉTAT ACTUEL DES RUINES DE JAMĀL-GARHĪ. Vue prise dans la partie ouest du n° 1 du plan donné sur la figure 65.

v1.c6.s3.t2.28

convenances voulaient que ces terres fussent données en métayage, et la communauté, à charge pour elle de fournir en outre le bétail, prélevait sur la totalité du produit une « dîme » d'un sixième. Mais il y avait beaucoup de *vihāra-svāmin* qui géraient eux-mêmes leurs fermes : et sans doute plus d'un *saṅghārāma* — tel le *maṭh* brahmanique actuel de Bodh-Gayā — devait avoir bien plus l'air d'une exploitation agricole que d'un établissement monastique. De toute façon, les provisions venaient s'amasser dans les magasins préparés à cet effet. La *Rāṣṭrapāla-paripṛcchā*¹ déplore, sous couleur de prophétie, qu'avec la décadence de l'Église les moines se soient mis à entasser des réserves comme pourraient le faire des laïques. Yi-tsing insinue une distinction : il n'est pas convenable, selon lui, pour un monastère « d'avoir de grands biens, des greniers pleins de grain qui pourrit, quantité de serviteurs des deux sexes, de l'argent et des richesses accumulées dans le trésor », à moins que ce ne soit pour s'en servir au mieux des intérêts de ses membres! Si partout ces précautions, d'ailleurs déjà reconnues par les textes du *Vinaya*, étaient bonnes à prendre pour parer à toute éventualité, — et, sans aller plus loin, celle d'une famine n'est-elle pas toujours imminente dans l'Inde? — il faut avouer qu'elles n'étaient nulle part mieux justifiées que dans ces couvents écartés. Aussi, voyons-nous que des celliers y avaient été établis avec soin, et, d'ordinaire, en sous-sol. Nous avons déjà rencontré plus haut les caves de Sanghao (fig. 36) : nous retrouvons des rangées de ces mêmes salles souterraines voûtées à Jamâl-Gaṛhî sous la terrasse la plus méridionale du couvent (fig. 65, n° 4), à Takht-î-Bahai derrière la grande muraille de soutènement dont l'érection, à l'ouest du promontoire du couvent, avait fourni du même coup le terrain nécessaire pour elles et pour la nouvelle « salle de réunion » (fig. 64). Tout comme dans le cas de cette dernière, il suffit, pour en déterminer sûrement la destination, de mettre en lumière les besoins auxquels elles répondent : et c'est pourquoi nous nous croyons dispensé de discuter avec le sergent Wilcher sur le point de savoir si l'une n'est pas un lieu de crémation et les autres des geôles pour victimes humaines².

v1.c6.s3.t2.29

¹ Ed. Finot, p. 31, l. 12 : *gṛhisam-cayaç ca prabhūta-bhāṇḍa-parivāraḥ* et cf. *Introd.*, p. ix-xi; comparer encore le *koṣṭhāgārika* du roi dans *Divyāvadāna*, p. 295, et le *bhāṇḍāgārika* des moines dans *Cullavagga*, VI, 21, 2. — Yi-tsing, *Record*, p. 61 et 194 : sur les 201 villages qui appartenaient au couvent de Nâlanda, cf. *Rel. Em.*, p. 79. Au sujet de ces donations de domaines ruraux, et de la coutume bien indienne d'en graver les « chartes » sur des plaques de métal, cf. encore Fa-hien, p. 43, etc.

v1.c6.s3.t2.30

² Il faut dire à sa décharge que ces

v1.c6.s3.t2.31

Que de traits il resterait encore à composer en tableau! Agiterons-nous une autre question non moins vitale, à savoir celle de l'eau? Elle se pose aujourd'hui plus impérieusement que jamais dans ce Gandhara qui, déjà classique par la décoration de ses monuments, l'est encore devenu par l'aride décor de ses montagnes. Sur leurs flancs dénudés, les sources ont presque partout disparu, qui jadis coulaient à proximité de ces couvents qui n'auraient pu subsister sans elles et n'auraient même pas été bâtis. Song Yun nous parle expressément des ombrages de la colline de Shâhbâz-Garhî et de sa fontaine miraculeuse. Takht-î-Bahai doit son nom à un puits légendaire qui est censé en communication souterraine avec le Swât. Un peu partout on relève encore des traces de citernes et de barrages destinés à former de véritables étangs¹, etc. Tout le mal qu'on s'est visiblement donné pour rendre ces sites habitables donne à penser que l'on avait eu des motifs bien forts pour les choisir. La cause déterminante n'était sûrement pas la commodité des moines : il reste que ce fut leur agrément, en raison du pittoresque du lieu et de la fraîcheur des brises, — peut-être aussi leur sécurité. On sait combien de hordes d'envahisseurs a vu passer cette grande route de l'Inde. Nous ne serions même pas surpris que plus d'un de ces sanghârâma des collines ait, à l'occasion, servi de place de refuge aux gens de la plaine. La tradition populaire établit toujours un rapprochement entre la « capitale »

v1.c6.s3.t2.32

¹ BELLEW dit (loc. laud., p. 135) que le puits de Takht-î-Bahai communique avec l'« Indus » : mais nos informateurs tenaient pour le Swât (cf. T. M., 1899, p. 546, ou Front. indo-afghane, p. 65 et suiv., et B. E. F. E.-O., I, p. 326). — L'inscription de Zeïda mentionne apparemment (cf. A.-M. BOYER, dans J. A., mai-juin 1904, p. 466 et suiv.) la donation d'une citerne (khanam... toyadalabhai) et celle de Kaldarra, près de Dargai (cf. E. SENART, dans J. A., mai-juin 1899, p. 530), d'un étang (pokhariṇī = puṣkariṇī), probablement formé par une digue de retenue jetée en travers de ce ravin.

v1.c6.s3.t2.33

imaginations macabres étaient jadis courantes. Dans un fragment très mutilé d'une scène analogue à celle de la figure 261, C. Bailey avait reconnu « indubitablement » un sacrifice humain! (J. A. S. B., 1852, pl. XXXIX et p. 621). Dans le catalogue cité p. 30, n. 1, les scènes analogues aux fig. 139-141 sont expliquées comme une intervention du Buddha pour sauver un jeune homme du dernier supplice, etc.

v1.c6.s3.t2.34

du Râja, à Shahr-i-Bahlol, et son «fort», sur les crêtes de Takht-i-Bahai. Les imposants bastions de Rânîgat et de Kaçmîr-Smats étaient assurément capables de soutenir un siège, si même ils n'avaient pas été bâtis à cette intention ¹. Sur le plan de Jamâl-Garhî, on peut suivre les lignes de murailles qui relient entre eux les divers bâtiments et semblent renforcer le côté le moins escarpé de la colline (fig. 65). Un observateur non averti se croirait en présence d'une place fortifiée et prendrait aisément le change sur la véritable nature de l'établissement. Mais ce sont là autant de points que nous ne pouvons qu'effleurer ici; comment toutefois s'empêcher de remarquer à quel point ces couvents, avec leur isolement, leurs réserves de provisions, leur position dominante dans le paysage et leurs facilités de défense, présentent déjà tous les traits caractéristiques que les voyageurs nous rapportent de ceux du Ladâkh et du Tibet?

v1.c6.s3.t2.35

¹ Voir les photographies dans *T. M.*, 1899, p. 474 et 487. — Les analogies indiennes ne manqueraient pas davantage ici : dans la *Râjataranginî* (VIII, 971-975) les habitants de Vijabrör se réfugient devant l'ennemi dans l'enceinte d'un temple bâti sur le plateau qui domine leur ville; d'autre part les fameuses citadelles de Gwalior et de Chittor sont pleines de sanctuaires, etc.

v1.c6.s3.t2.36

LE DÉVELOPPEMENT DES LIEUX SAINTS. -- Si intéressant que puisse être un essai de reconstitution de la vie pratique de ces monastères, nous devons nous préoccuper davantage de l'extension prise par les édifices que l'on regardait comme sacrés. Cette préférence ne nous est pas dictée par une dévotion bouddhique particulière, mais par les exigences mêmes de notre sujet : c'étaient là, en effet, ainsi que nous allons voir, les parties de beaucoup les plus riches en sculptures et d'ailleurs les seules qui se prêtassent, sans restriction aucune, au luxe de la décoration. Une autre observation s'impose de prime abord : le développement -- non moins considérable -- des lieux saints, au lieu de se faire par voie d'éparpillement comme celui des habitations monacales, a procédé plus volontiers par voie d'entassement. La raison en est claire. Tandis que tout endroit plan était également propre à édifier une cellule, les donateurs successifs tendaient à grouper ensemble, à la place la plus sainte parce qu'elle était depuis le plus longtemps sanctifiée, les additions qu'ils apportaient à l'œuvre léguée par la piété de leurs pères. Ainsi leur effort, avant de se disperser sur les pentes environnantes, s'est toujours et partout concentré sur les approches immédiates du sanctuaire principal. C'est là, autour ou même à l'intérieur de la cour de chapelles, que nous voyons peu à peu se presser quantité de *stûpa* et de *vihâra* nouveaux, seulement tous de dimensions restreintes comme la place dont on disposait. Que les premiers aient parfois un caractère funéraire, le fait, avons-nous vu (p. 52), est certain, et leur multiplication ne s'en comprend que mieux. Quant aux statues que les seconds étaient avant tout destinés à abriter, leur caractère uniquement votif ne peut guère être mis en doute et les inscriptions conservées en font foi¹. Si disproportionné que fût le nombre initial des uns et des autres, — on se souvient que le plan traditionnel isole un unique *stûpa* au milieu de tout un cortège de chapelles, — leur accroissement marchait ensuite à peu près de pair : apparemment la dévotion des fidèles se dépensait avec impartialité, selon l'occasion, dans ces deux manifestations également pies et méritoires. Sur les sept ou huit siècles que le Bouddhisme a prospéré dans ces contrées, il ne nous en faut pas plus de deux ou trois pour expliquer l'extraordinaire encombrement que nous avons déjà signalé dans ces monastères et qui avait fini par en modifier singulièrement l'aspect primitif.

v1.c6.s3.t2.37

¹ Une statue de Jamâl-Garhî porte *saphala-danamukha* = don méritoire (E. SENART, *J. A.*, février-mars 1890, p. 132); un Buddha de Loriyân-Tangai au musée de Calcutta est le don d'un certain Buddhaghoṣa (E. SENART, *J. A.*, mai-juin 1899, p. 528); nous lisons sur le nimbe d'un Buddha du musée de Lahore, n° 25 : *Tosavarumasa da[nam]* = don de Toṣavarman, etc.

v1.c6.s3.t2.38

Revenons une dernière fois au plan du couvent de Takht-î-Bahai (fig. 64) : grâce au simple expédient dont nous avons usé, il devient aisé d'y suivre le progrès de ces agrandissements. Si même il faut en croire Wilcher, la cour du *stûpa* ne serait pas, elle non plus, d'une seule venue : « En raison du manque de cohésion entre la maçonnerie des petites niches et des grands édifices à dôme (cf. fig. 45-46), il semblerait, nous dit-il, que leur construction soit d'époques différentes. Les petites « maisons d'idoles » ont été évidemment construites entre les autres pour cacher la place à la vue du dehors. » Le fait est possible, bien que rien n'ait éveillé nos soupçons de ce côté; mais que l'érection des quatorze petites chapelles intermédiaires entre les quinze grandes ait été ou non une idée après coup, elles sont si heureusement fondues dans l'ensemble qu'elles en font à présent partie intégrante. Il n'en est pas de même de celles qui, au nombre d'une trentaine, bordent l'intervalle compris entre l'entourage du stûpa et le monastère. Bâties avec assez de régularité le long et à l'extérieur des murs respectivement nord et sud des deux quadrangles primitifs, elles essaient bien de former entre elles une cour rectangulaire nouvelle et l'ont même déjà à peu près enclose du côté de l'est; mais, sans parler de l'obligation où elles se sont trouvées de laisser le passage ouvert à l'ouest, sous peine de fermer tout accès au couvent, leurs largeurs, leurs hauteurs, leurs profondeurs diverses trahissent aussitôt, malgré qu'elles en aient, autant d'additions postérieures et successives. Jointes au mélange incohérent d'édicules — composés en majorité de petits stûpa et d'ailleurs insuffisamment déblayés — qui sont encore venus s'entasser au beau milieu, elles forment visiblement l'appoint apporté au noyau architectural originel par les générations postérieures; et vraiment l'on ne sait s'il faut être davantage touché de leur dissymétrie ou, au contraire, de leurs efforts pour s'accommoder au plan initial. Quand le terrain finit par manquer pour les constructions neuves, une douce opiniâtreté poussa les fidèles à exhausser plusieurs des anciennes : çà et là, dans la maçonnerie des murailles, des lignes de démarcation tranchées suffisent à le prouver. On ne pouvait songer ici, faute d'avoir dans le sens de la largeur les coudées assez franches, à emboîter un petit stûpa dans un plus grand (cf. p. 92) : mais telle des chapelles a été, par exemple, fortement surélevée, sans doute pour y installer une de ces gigantesques statues de chaux dont le nombre et la taille ont fait donner par Wilcher à toute cette partie des ruines les sobriquets de « Cour des colosses » et de « Panthéon ». L’ère de cette floraison artistique et religieuse n’était pas close, qu’il fallut renoncer à encombrer davantage le sacré promontoire. Les fondations pieuses, dont littéralement il regorgeait, se résignent à refluer et débordent enfin sur les contreforts du voisinage, où quelques

v1.c6.s3.t2.39

[Figure: FIG. 67. — RUINES D’UNE PLATE-FORME À STÛPA ET VIBÂRA. Vue prise du Nord-Est dans les fouilles du couvent de Kharkai. Dimensions de deux côtés visibles : (E.) 11 m. et (N.) 13 m.]

v1.c6.s3.t2.40

niches et chapelles se mêlent en dernier lieu à la cohue des maisons d’habitation.

v1.c6.s3.t2.41

Le processus à Jamâl-Gaṛhî a été sensiblement le même. Nous laissons de côté le stûpa entouré d’un petit quadrangle de chapelles qui se trouve sur le versant nord de la colline (fig. 65, n° 5). Ce peut être une simple succursale rajoutée; mais ce peut être aussi le sanctuaire d’un autre établissement, voire même d’une autre secte bouddhique; et nous ne voyons pas que rien puisse venir fixer nos incertitudes à ce sujet. Sur la crête et le versant sud nous avons, au contraire, un grand *sanghârâma* presque d'un seul tenant et dont la similitude avec celui de Takht-î-Bahai, sauf qu'ici le terrain n'est plus de plain-pied, est frappante. Ce rapport n'avait pas échappé à Fergusson¹ : seulement nous comprenons un peu autrement que lui la correspondance entre les diverses parties des deux couvents. Comme celui de Jamâl-Garhî possédait, outre les deux cours primitives et la fausse cour ouverte, une troisième cour quadrangulaire, il nous paraît être au total plus compliqué d'un degré que son pendant². Par ailleurs, que l'entourage du *stûpa* à base circulaire (n° 1, cf. fig. 66) soit polygonal au lieu d'être carré et d'une régularité bien moins évidente (l'évidence est même qu'on s'est repris à plusieurs fois pour le construire), il n'importe : nous avons encore ici un groupe de sanctuaires communiquant par un escalier magnifiquement orné avec ce qui dut être jadis un monastère (n° 2). Tel que les fouilles l'ont découvert, ce second enclos n'était déjà plus bordé, à l'instar du premier, que de chapelles et non de cellules. Quant aux moines, ils avaient émigré soit sur une troisième terrasse, également en contre-bas (n° 4), soit dans les habitations éparses aux alentours, sur les pentes. Déjà même, exactement comme dans la fausse cour ouverte de Takht-î-Bahai, les *stûpa* et les *vihâra* à statues avaient commencé à envahir l'espace libre (n° 3) entre les deux quadrilatères. Si l'on fait entrer en compte les petites chapelles qui servent de raccord entre les grandes, nous en trouvons à cette place au moins neuf, qu'il faut ajouter aux vingt-six et aux seize qui entourent les deux premières cours fermées. La nécessité traditionnelle de n'avoir en bordure que des *vihâra* arrive ainsi à faire monter le nombre de ces derniers à plus de cinquante en face de quatre ou cinq *stûpa* : mais nous n'avons pas loin à chercher la preuve que telle n'était pas, à conditions égales, la proportion normale des deux variétés de monuments sacrés. L’intérieur de la cour n° 2 avait été, en effet, meublé non plus par un édifice unique, mais par une sorte de plate-forme vaguement quadrangulaire et couverte d’un salmigondis d’édicules bâtis sans suite ni dessein, et, pour ainsi dire, à bâtons rompus (cf. p. 51) : or il est encore possible de distinguer parmi eux une dizaine de stûpa contre une douzaine de chapelles. Mais surtout le procédé vaut d’être retenu. Dans maintes ruines, à Kharkai, à Nathou, à Sanghao, etc., nous retrouvons cette même sorte de terrasse légèrement surélevée et laissant tout juste entre elle et les chapelles latérales un chemin assez large pour les processions (voir fig. 67). C’est là qu’on avait coutume de serrer côte à côte, au petit bonheur, mais sans perdre un pouce de ce précieux terrain, selon les ressources des donateurs éventuels et l’étendue des concessions disponibles, quantité de stûpa et de vihâra plus ou moins exigus et de décoration plus ou moins soignée. Il n’est pas difficile de deviner que ce sont ces pots-pourris architecturaux, véritables exutoires de la dévotion publique, qui ont fourni la plupart des statues et des bas-reliefs qui vont faire les principaux frais de notre étude.

v1.c6.s3.t2.42

¹ Voir *Hist.*, p. 171-172, où est instituée une comparaison en règle entre les deux plans.

v1.c6.s3.t2.43

² Pour des photographies des ruines de Jamâl-Garhî, voir *T. M.*, 1899, p. 481 (fig. 65, n° 1), et p. 542 (n° 2-4 et n° 5).

v1.c6.s3.t2.44

§ III. LA DÉCORATION DU SANGHÂRÂMA.

v1.c6.s3.t2.45

Le but dernier de la rapide étude que nous avons consacrée à l’architecture du Gandhâra était, en effet, de nous rendre un compte aussi exact que possible du genre d’édifices que décoraient nos sculptures et de la place qu’elles y occupaient. Le moment est venu d’aborder cette dernière question avec quelque détail. Déjà, à prendre les choses en gros, les rapports des premiers explorateurs nous renseignent sur elle : seulement, c’est à condition que la disposition de leurs lieux de fouilles nous soit devenue assez familière pour que leur bizarre phraséologie ne nous égare plus. « A Kharkai, nous dit le lieutenant S. Grant, les sculptures furent toutes retirées des passages autour du temple, sur la plate-forme et près du tope circulaire » : il entend par les deux premiers termes le quadrilatère irrégulier que nous signalions tout à l'heure comme supportant un fouillis de *stûpa* et de chapelles (fig. 67) ; quant au « tope circulaire », c'était un petit monument voisin, mais indépendant¹ : « Du monastère, ajoute-t-il, on n'exhuma rien, sauf quelques débris de poteries : » Le lieutenant A. Crompton fait, à propos de Jamâl-Garhî, la même remarque : « Les sculptures furent trouvées en plus ou moins grande quantité dans tous les temples », c'est-à-dire, ici encore, dans les cours de chapelles enfermant soit une plate-forme, soit un *stûpa*. Le meilleur « rendement », d'après lui, fut fourni par les n°s 2 et 3 de la figure 65, puis par le n° 5 ; le n° 1 ne recélait plus que des fragments, et les meilleurs morceaux auraient été découverts près de l'escalier qui fait communiquer les n°s 1 et 2. Au reste, « on ne rencontra pas, à une ou deux exceptions près, de sculptures dans les maisons d'habitation »². En d'autres termes, tandis que les cellules des moines ne contenaient en général ni images, ni ornements en relief³, les uns et les autres abondaient, au contraire, sur les murs ou à l'intérieur des édifices consacrés au culte. Les fouilles de Sikri et de Loriyân-Tangai n'ont fait que confirmer une loi si naturelle.

v1.c6.s3.t2.46

¹ C'est celui dont il est question plus bas, p. 190, n. 1, en raison de sa place exceptionnelle à l'intérieur d'un *vihâra*.

v1.c6.s3.t2.47

² *Loc. laud.* (cf. p. 17, n. 5, et p. 18, n° 2).

v1.c6.s3.t2.48

³ Le passage de Yi-tsing (*Rel. Emin.*, p. 87), déjà cité plus haut (p. 157, n. 1), expliquerait fort bien les quelques exceptions constatées à la règle générale que nous énonçons.

v1.c6.s3.t2.49

Ainsi donc, nous pouvons laisser désormais de côté cellules, salles et celliers, etc., pour ne nous occuper que des *stûpa* et des *vihâra* à statues. Malheureusement, au moment de serrer de plus près l'étude de leur décoration, il nous faut une fois de plus rappeler que la plupart de nos sculptures n'ont pas été trouvées *in situ*. La tâche que nous avons entreprise de les replacer dans leur cadre originel n'en est ainsi rendue que plus délicate. Le lieutenant C. Maxwell écrit, par exemple, à propos des ruines de Kotki, près d'Ouriya, sur la colline de Karamâr : « Il est évident que la totalité des bâtiments a été impitoyablement détruite; pas une seule pièce de sculpture ou d'ornementation n'a été trouvée en place : toutes

v1.c6.s3.t2.50

FIG. 68. — DALLE SCULPTÉE D'AMARÂVATÎ. Musée de Madras. Hauteur sans le cadre: 1 m. 75.

v1.c6.s3.t2.51

gisaient sous des monceaux de débris et étaient plus ou moins défigurées¹. » Les lieutenants Grant et Crompton sont également d'accord sur le point de savoir que les ruines par eux explorées avaient été dévastées et « détruites volontairement, et non par l'effet d'un délabrement naturel ». Les statues, notamment, étaient renversées la face contre terre, souvent brisées et leurs fragments dispersés à dessein. Toutes les sculptures de Jamâl-Garhî, sauf une seule série de bas-reliefs, avaient été ainsi « précipitées de leur position primitive » : et, comme pour démentir par un fait exprès la règle générale que nous venons à peine d'énoncer, il se trouve que cette unique série n'appartenait ni à un *stûpa*, ni à une chapelle! Elle décorait, en effet, les seize contre-marches de l'escalier¹ qui descendait du rond-point du sommet (fig. 65, n° 1) à la première cour quadrangulaire (n° 2). Ce hasard heureux prouve avec quelle prodigalité les décorateurs de ces monuments distribuaient les sculptures; il nous enseigne en même temps à nous interdire toute affirmation trop tranchante au sujet de cette distribution.

v1.c6.s3.t2.52

¹ Loc. laud. (cf. p. 20, n. 1).

v1.c6.s3.t2.53

¹ Cette série a été transportée presque out entière au British Museum. On en trouvera des spécimens dessinés sur les figures 143-144 et photogravés dans A. M. I., pl. 151, ou J. I. A. I., 1898, pl. 23 et 24. Voir encore p. 188, n. 2.

v1.c6.s3.t2.54

LA DÉCORATION DU STÛPA. — A Barhut et à Sânchi, toute la décoration est concentrée sur la balustrade ou ses portes monumentales ; à Mânikyâla, la balustrade elle-même n'est plus, comme nous avons vu, qu'un ornement figuré sur la base de la coupole (fig. 9), et la plupart des grands topes du Nord-Ouest se contentaient d'une ornementation purement architecturale, faite de moulures, de pilastres et, plus rarement, de niches (cf. fig. 16 et 17-18). En fait, ce sont les plus petits *stûpa* qui sont le plus richement décorés de sculptures. Aussi bien au Gandhâra que sur les modèles d'Amarâvatî (fig. 68), ils en étaient revêtus de la base au pinacle. Certains même — et ce ne sont pas les moins intéressants pour l'archéologue — étaient littéralement composés de bas-reliefs. On les construisait, en effet, avec des dalles d schiste sculptées et ajustées ensemble soit au moyen de crampons de fer, soit à l'aide de tenons et de mortaises, tout comme s'il se fût agi de panneaux de bois. On peut voir sur la figure 69 des exemples de ces procédés, notamment dans la double rainure creusée au dos d'un pilastre de coin pour encastrer à angle droit les tranches latérales de deux tablettes, et dans les entailles ménagées aux deux extrémités de la

v1.c6.s3.t2.55

[Figure: FIG. 69. — MARQUES ET PROCÉDÉS D'ASSEMBLAGE DES SCULPTEURS. a et b. Faces postérieures des nºs 66 (cf. fig. 113) et 67 du Musée du Louvre. c et d. Tranches supérieures des nºs 38 (cf. fig. 172) et 36 (cf. fig. 164).]

v1.c6.s3.t2.56

tranche supérieure d'une autre tablette pour recevoir les attaches de métal. Les marques que les maçons y ont encore laissées, fleurettes, signes conventionnels ou lettres de l'alphabet (sur la figure 69 d, on lit un i, etc.), achèveraient de prouver, s'il en était besoin, que les diverses pièces étaient préparées séparément et d'avance pour être ensuite montées d'après un plan préconçu. Nous avons ramassé sur les terrains de fouilles quantité de ces crampons qui servaient à consolider tout l'assemblage (1), et des spécimens caractéristiques d'édicules élevés sur ce système ne manquent pas. La figure 208 nous montrera de petites bases carrées qui ne sont faites, pour ainsi dire, qu'avec quatre scènes de la vie du Buddha. D'autres se composaient de huit scènes, comme celle de la figure 71 dont on retrouvera les deux grandes faces sur la figure 184, et l'une des faces intermédiaires (la quatrième est trop mutilée pour valoir la peine d'être reproduite) sur la figure 184. Plus compliqué, mais moins sûr, le petit stūpa de Gandhairi (fig. 72) compte, sous la forme qui lui a été prêtée par son dernier montage, plusieurs assises de bas-reliefs. Que le soubassement fût rond ou carré, on plaçait d'ordinaire par-dessus un ou plusieurs tambours circulaires, également ornés de sculptures. Sur les figures 70 à 72, ces tambours sont encore faits d'une seule pièce, ou simplement rapiécés : mais, entre les monuments de plus de dix mètres et ceux qui en ont moins de deux, il y avait place pour des édifices moyens et d'où ces mêmes frises décoratives n'étaient nullement bannies : seulement les nécessités techniques de leur exécution exigeaient qu'on les fractionnât, pourrait-on dire, en « métopes » de dimensions telles qu'il fût aisé de s'en procurer les matériaux et de les ouvrer. La plupart des bas-reliefs sont des morceaux détachés d'une ces suites horizontales et mesurent en hauteur de 0 m. 10 à 0 m. 25. Les treize panneaux qui encerclaient la base ronde de Sikri (fig. 73) ont 0 m. 33, et ceux qui s'alignaient sur la grande base carrée de Loriyân-Tangai (fig. 3-4), 0 m. 41 de haut, cadre non compris (2). Mais déjà nous approchons de la limite décorative usuelle, au moins pour ce qui est de la pierre : car nous verrons tout à l'heure que l'emploi de la chaux ne comportait pas les mêmes limitations. Toutefois la hauteur maxima des bas-reliefs de schiste à un seul [Figure: FIG. 70. — ÉLÉMENTS CONSTITUTIFS D'UN STŪPA. Base, dôme et couronnement (d'après une phot. prise à Mardān). Hauteur totale : 0 m. 33. Parasols (n°s 1118 et 1227-1230 du Musée de Lahore). Hauteur totale : 0 m. 40.]

v1.c6.s3.t2.57

¹ Pour des photographies de clous et de crochets de ce genre recueillis à Sanghao, voir les n°s 1137-1138 du General List. Mais le plus souvent on ne s'est pas donné la peine de les réunir.

v1.c6.s3.t2.58

² Les treize panneaux forment les figures 139, 145, 175, 194, 197, 210, 212, 242, 243, 245, 247, 252, 254; les figures 213, 220, 265, 277 appartenaient à la frise de Loriyân-Tangai.

v1.c6.s3.t2.59

compartiment, telle qu'elle est fixée expérimentalement par les nos 844-846 de Lahore, va jusqu'à 1 m. 10. Là où les sculptures ne faisaient pas corps avec le monument, elles étaient maintenues

v1.c6.s3.t2.60

FIG. 71. — STÛPA COMPOSÉ DE PIERRES SCULPTÉES ET ASSEMBLÉES. Musée de Calcutta. Provenant de Loriyân-Tangai. Hauteur : 1 m. 40. D'après une photogr. du Musée de Calcutta. Le pinacle est restauré.

v1.c6.s3.t2.61

contre la muraille par l'adhérence du mortier et, parfois aussi, par de gros clous de fer pour le passage desquels un trou était adroitement pratiqué dans quelque creux d'ombre ¹. Mais ce qu'il importe avant tout de retenir, c'est que la grande majorité de nos bas-reliefs provient des frises, droites ou courbes, qui revêtaient les bases rondes ou carrées des petits ou des moyens *stûpa* : et telle est, par suite, la provenance de la plupart de ceux qui sont figurés sur les pages qui vont suivre.

v1.c6.s3.t2.62

¹ On peut apercevoir de ces trous sur les figures 104-105, 174, 181, 196, etc.

v1.c6.s3.t2.63

[Figure: FIG. 72. — AUTRE STÛPA SCULPTÉ (cf. fig. 71). Musée de Calcutta. Provenant de Gandhairi. Hauteur : 1 m. 85.]

v1.c6.s3.t2.64

Ce point capital une fois mis en lumière, nous n'avons guère à nous occuper que de motifs d'ornementation, sinon exceptionnels, du moins beaucoup plus rares, ce qui ne veut pas dire qu'ils soient les moins curieux à noter. C'est ainsi que le soubassement de Gandhairi (fig. 72) comporte une frise d'atlantes flanquée de figurines saillantes, tant humaines qu'animales (cf. fig. 88 et 92).

v1.c6.s3.t2.65

Nous n'avons pas de doutes, pour notre part, au sujet de ce détail de la restitution, ayant pu en contrôler de nos yeux l'exactitude sur la base fraîchement déblayée d'un petit *stûpa* voisin de Shâh bâz-Garhî. C'est donc à tort, selon nous, que Cunningham a cru pouvoir tenter une restauration où quatre de ces avant-corps d'animaux (dans l'espèce, il s'agit d'éléphants) sont posés dos à dos sur le chapiteau d'un pilier, alors qu'il faut en réalité chercher leur place au ras de terre¹. Nous hésiterions davantage à assigner le même emplacement à une série de panneaux triangulaires (fig. 119-123, 125) qui, pourtant, ne doivent guère avoir servi à autre chose qu'à parer des coins de soubassements ou d'escaliers. Nous pouvons en revanche nous montrer tout à fait affirmatif sur l'usage de la bizarre console décorative de la figure 89, originaire de Takṣaçilâ et aujourd'hui au British Museum : elle servait très probablement de lampadaire et, autour du dôme de l'ancien *stûpa* de Chakpat (fig. 10-12), les fouilles en ont fait découvrir *in situ* de toutes pareilles, qui depuis ont été transportées à Calcutta. Dans les petits édicules, le dôme lui-même était composé d'une seule pierre intérieurement évidée, extérieurement ornée d'une rosace de pétales²; mais le trait le plus notable est qu'on s'était avisé de relever sa nudité en le flanquant de quatre fausses niches formant saillie, comme les lucarnes d'un toit (cf. fig. 70, 71 et 72, ces deux dernières incomplètes). C'est ce motif, où nous avons déjà reconnu la section d'une façade de chapelle (cf. fig. 47-48), que nous convenons d'appeler « pignon de *stûpa* ». Tous les spécimens déjà cités sont faits d'une seule pièce (cf. encore fig. 183, 192); mais il y en avait d'autres qui se montaient en plusieurs morceaux. Tel était le cas de ceux du grand *stūpa* de Loriyān-Tangai (fig. 3-4) qui, d’après les débris retrouvés, mesuraient presque exactement 3 mètres de hauteur. L’arche du sommet de deux d’entre eux est représentée sur les figures 233 et 271; la partie moyenne était subdivisée en trois fragments, et il devait en être de même de la partie inférieure, en suivant les lignes que marquent également sur la figure 225 de grosses guirlandes de feuillage. L’inspection de cette dernière image nous fait comprendre l’origine d’un assez grand nombre de dalles, de forme trapézoïdale ou rectangulaire, partagées en plusieurs compartiments superposés et d’ordinaire bordées de figurines. Celle,

v1.c6.s3.t2.66

¹ Il s'agit de l'un des petits *stûpa* marqués au bas du plan de la figure 69 dans B. E. F. E.-O., I, 1901. — L'essai de restauration de Cunningham est figuré A. S., V, pl. XLVIII, ou A. M. I., pl. 75. Notons toutefois que ces figurines d'animaux peuvent aussi s'intercaler entre deux assises du soubassement, comme par exemple les lions de la figure 81.

v1.c6.s3.t2.67

² Nous avons eu l'occasion de raconter l'odyssée d'un de ces petits dômes monolithes, actuellement transformé en vase à fleurs dans un jardin de Lahore (*Front. indo-afgh.*, p. 68).

v1.c6.s3.t2.68

FIG. 73. — FRISE DE STŪPA CIRCULAIRE. Musée de Lahore. Provenant de Sikri. Diamètre supérieur : 2 m. 25. Cf. J.-A., sept.-oct. 1903, pl. I.

v1.c6.s3.t2.69

par exemple, qu’on aperçoit au fond et à gauche de la figure 74 formait évidemment le pied-droit d’un pignon, et il en était de même du n° 1139 de Lahore, qui a 1 m. 18 de haut et six étages de bas-reliefs¹, etc. Mais celle qui se dresse au premier plan avait une destination bien différente : elle se raccordait en effet avec une autre dalle conservée, celle-ci encadrée de petits pilastres à sujets (n° 309), pour former deux des faces d’un pilier carré ou peut-être d’un piédestal de statue. La forme des nos 1155 (fig. 251) et 2088 (fig. 256) suggère la même attribution : mais, n’étaient les rainures qui sont ménagées au revers, on aurait aussi bien pu penser que ces hautes dalles revêtaient une façade ou une rampe d'escalier de stûpa¹, sinon un pilastre de chapelle.

First 69 of 110 passages. Read on

Linked texts (18)