Pramāṇa · Search · About · API

L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v1.c6.s3.t2.41

L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v1.c6.s3.t2.41

Language
French

v1.c6.s3.t2.41

Le processus à Jamâl-Gaṛhî a été sensiblement le même. Nous laissons de côté le stûpa entouré d’un petit quadrangle de chapelles qui se trouve sur le versant nord de la colline (fig. 65, n° 5). Ce peut être une simple succursale rajoutée; mais ce peut être aussi le sanctuaire d’un autre établissement, voire même d’une autre secte bouddhique; et nous ne voyons pas que rien puisse venir fixer nos incertitudes à ce sujet. Sur la crête et le versant sud nous avons, au contraire, un grand *sanghârâma* presque d'un seul tenant et dont la similitude avec celui de Takht-î-Bahai, sauf qu'ici le terrain n'est plus de plain-pied, est frappante. Ce rapport n'avait pas échappé à Fergusson¹ : seulement nous comprenons un peu autrement que lui la correspondance entre les diverses parties des deux couvents. Comme celui de Jamâl-Garhî possédait, outre les deux cours primitives et la fausse cour ouverte, une troisième cour quadrangulaire, il nous paraît être au total plus compliqué d'un degré que son pendant². Par ailleurs, que l'entourage du *stûpa* à base circulaire (n° 1, cf. fig. 66) soit polygonal au lieu d'être carré et d'une régularité bien moins évidente (l'évidence est même qu'on s'est repris à plusieurs fois pour le construire), il n'importe : nous avons encore ici un groupe de sanctuaires communiquant par un escalier magnifiquement orné avec ce qui dut être jadis un monastère (n° 2). Tel que les fouilles l'ont découvert, ce second enclos n'était déjà plus bordé, à l'instar du premier, que de chapelles et non de cellules. Quant aux moines, ils avaient émigré soit sur une troisième terrasse, également en contre-bas (n° 4), soit dans les habitations éparses aux alentours, sur les pentes. Déjà même, exactement comme dans la fausse cour ouverte de Takht-î-Bahai, les *stûpa* et les *vihâra* à statues avaient commencé à envahir l'espace libre (n° 3) entre les deux quadrilatères. Si l'on fait entrer en compte les petites chapelles qui servent de raccord entre les grandes, nous en trouvons à cette place au moins neuf, qu'il faut ajouter aux vingt-six et aux seize qui entourent les deux premières cours fermées. La nécessité traditionnelle de n'avoir en bordure que des *vihâra* arrive ainsi à faire monter le nombre de ces derniers à plus de cinquante en face de quatre ou cinq *stûpa* : mais nous n'avons pas loin à chercher la preuve que telle n'était pas, à conditions égales, la proportion normale des deux variétés de monuments sacrés. L’intérieur de la cour n° 2 avait été, en effet, meublé non plus par un édifice unique, mais par une sorte de plate-forme vaguement quadrangulaire et couverte d’un salmigondis d’édicules bâtis sans suite ni dessein, et, pour ainsi dire, à bâtons rompus (cf. p. 51) : or il est encore possible de distinguer parmi eux une dizaine de stûpa contre une douzaine de chapelles. Mais surtout le procédé vaut d’être retenu. Dans maintes ruines, à Kharkai, à Nathou, à Sanghao, etc., nous retrouvons cette même sorte de terrasse légèrement surélevée et laissant tout juste entre elle et les chapelles latérales un chemin assez large pour les processions (voir fig. 67). C’est là qu’on avait coutume de serrer côte à côte, au petit bonheur, mais sans perdre un pouce de ce précieux terrain, selon les ressources des donateurs éventuels et l’étendue des concessions disponibles, quantité de stûpa et de vihâra plus ou moins exigus et de décoration plus ou moins soignée. Il n’est pas difficile de deviner que ce sont ces pots-pourris architecturaux, véritables exutoires de la dévotion publique, qui ont fourni la plupart des statues et des bas-reliefs qui vont faire les principaux frais de notre étude.