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L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v1.c7.s1.t2.41

L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v1.c7.s1.t2.41

Language
French

v1.c7.s1.t2.41

D'autres tritons, d'un modèle tout différent, mais qui n'en sont pas moins pour nous des figures de connaissance, se présentent, rangés de face, sur une frise de Puṣkarāvatī (fig. 124), comme sur une monnaie du roi indo-grec Hippostratos². Chacune de leurs cuisses se prolonge par la triple spirale d'une queue de poisson. C'est le même personnage qui reparaît sur un panneau triangulaire de Calcutta (fig. 125), mais cette fois vu de dos et dans une action beaucoup plus mouvementée. Il lutte contre un jeune héros nu, qui l'a saisi par la tête et par l'une de ses queues, et contre lequel il soulève sa massue. La pose et le geste des deux combattants sont admirablement appropriés à l'espace qu'il s'agissait de remplir. La scène rappelle aussitôt maints épisodes de la Gigantomachie, telle justement qu'elle est représentée à Pergame. Mais là, les jambes tortes des Géants, fils de la Terre, se terminent en têtes de serpent, tandis qu'ici les trois anneaux s'achèvent par une nageoire caudale. Ce détail prouve bien que, dans l'esprit de l'auteur — à moins qu'on n'y préfère voir au contraire la preuve de son incompétence en matière de mythologie classique, — il ne s'agissait pas d'un titan, mais d'un triton à queue bifide, du genre de ceux de la figure 124. Le long de cette même frise se répètent encore des personnages de forme presque humaine, qui se retrouvent en un état de conservation meilleure et plus nettement caractérisés sur la figure 126. Ce sont de grands gaillards barbus, aux proportions athlétiques, tous pareils entre eux et debout dans des poses alternées. Le sculpteur, médiocre anatomiste, s'est donné un mal tout particulier pour mettre en saillie leurs muscles abdominaux. Leur pagne naturel, fait de nageoires élégamment découpées en feuilles de vigne, suffirait à établir leur qualité de divinités marines, alors même qu'ils n'auraient pas emprunté aux tritons classiques¹, en plus de ce singulier appendice, leur attribut le plus courant avec la conque et l'ancre, à savoir la pagaie. Il n'est donc pas surprenant que leur physionomie rappelle celle du sujet de la figure 123. Pour plus de précision encore, l'un d'eux tient sur le plat de la main et l'avant-bras un dauphin, tel Poseidon en personne, tandis qu'un autre, appuyé sur sa rame renversée, affecte la pose d'Héraklès se reposant sur sa massue².