L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v1.c7.s2.8
L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v1.c7.s2.8
- Language
- French
v1.c7.s2.8
Un autre témoignage de l’existence, peut-être même de la prévalence de l’ordre biographique nous est apporté par le système de composition des bas-reliefs. Entre les règles fort simples auxquelles ce dernier se laisse ramener, il en est une qu’il importe d’énoncer dès le début, en raison de son utilité pratique et immédiate. Le trait le plus général, et dont il faut toujours partir, est le caractère pittoresque et, pour ainsi dire, graphique de ces œuvres d’art : avant tout ce sont des récits sur pierre. Ce récit remplit tantôt le cadre entier d’un panneau rectangulaire, tantôt une succession de cadres distincts ménagés dans la hauteur ou la largeur d’une seule dalle. Quand ces tableaux se superposent, par exemple sur un revêtement de pilier ou un jambage de pignon, il est des cas où l’histoire se lit de haut en bas (cf. fig. 181), d’autres où elle se lit de bas en haut (cf. fig. 237-238); mais il arrivera également que les sujets s’étagent sans lien apparent entre eux au gré de la fantaisie du décorateur (cf. fig. 74). Au contraire, dans le cas des frises horizontales sculptées sur un même bloc de pierre, c'est une loi absolue que les scènes se succèdent chronologiquement en allant de droite à gauche; du moins, ne connaissons-nous d'exception à cette règle que dans le cas spécial des contre-marches d'escalier, dont les sculptures se développent alternativement de droite à gauche et de gauche à droite, en boustrophédon. Partout ailleurs, que les frises soient circulaires ou non, que les motifs s'alignent sans séparation marquée, ou qu'ils soient séparés par des petits arbres, ou enfin — comme c'est le plus fréquent — qu'ils soient encadrés de pilastres, toujours ils se déroulent, pourrait-on dire, dans la même direction que l'écriture de l'Inde du Nord. La vraie raison de cette disposition nous semble résider dans la coutume indienne, sinon universelle, de faire la pradakṣiṇā des édifices sacrés, c'est-à-dire d'en faire le tour en les tenant à sa droite et par suite en se déplaçant de la même façon que le soleil¹. Les épisodes se déroulaient tout naturellement dans le sens même de la marche du fidèle et l'ordre où son œil les rencontrait tour à tour pendant cette pieuse circumambulation. Cela est si vrai qu'à Amarâvatî les bas-reliefs sculptés sur la face intérieure de la balustrade se développent en ordre exactement inverse en vertu de la même loi. Le fidèle, suivant le chemin de ronde ménagé entre la balustrade et le stûpa, avait en effet celui-ci à sa droite et celle-là à sa gauche : il en résulte que les motifs de la balustrade lui apparaissaient en allant de gauche à droite, et l'ordre biographique marchait par suite en ce sens; nous en avons ici même des exemples dans les figures 146 à 148 qui se touchaient sur la rampe ou encore dans les trois scènes qui décorent le milieu du pilier de la figure 228. On devine toute l'importance que peut avoir une si fidèle observation d'une règle aussi rationnelle quand il s'agit de préciser le sens de certains bas-reliefs; dans plus d'un cas elle nous aidera à renouer l'unique fil conducteur qui nous guide au milieu de ce labyrinthe.